"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

jeudi 25 juillet 2013

Trois maîtres
Stefan Zweig
Livre de poche

4e de couverture :

Du Joueur d'échecs à Combat avec le démon, l’œuvre entière de Stefan Zweig montre sa fascination pour les grandes aventures de l'esprit humain. C'est de la création romanesque que nous parle ici le célèbre écrivain autrichien, à travers trois « géants » du XIXe siècle, qui ont su forger un univers autonome, à l'image de leur puissante personnalité, avec ses types humains, ses lois morales, sa métaphysique. Chez Balzac, l'élan créateur exprime une volonté de puissance par rapport à la société ; chez Dostoïevski, l'affirmation d'un destin tendu entre extase et anéantissement ; chez Dickens, l'accord entre un génie individuel et les traditions d'une époque, chacun incarnant ainsi un « type » d'artiste exemplaire. Pénétration psychologique, admiration passionnée, intime complicité d'un romancier avec ses modèles font de Trois maîtres un chef d’œuvre critique inégalé.


Extrait de la partie Balzac, p. 47

La mission du poète, à qui --- ne serait-ce que parce que lui-même est simplement un produit, une créature de son temps --- il est interdit d'extraire de ces choses changeantes ce qu'elles ont de permanent, ne peut être que de décrire la pression atmosphérique, l'état intellectuel de son époque, le jeu réciproque des forces collectives qui ont animé, groupé et de nouveau séparé des millions de molécules. Être le météorologiste des courants atmosphériques de la société, le mathématicien de la volonté, le chimiste des passions, le géologue des formes primitives des nations --- en somme, un savant multiple qui sonde et ausculte avec toutes sortes d'appareils le corps de son époque et en même temps un collectionneur de tous les faits, un peintre des paysages contemporains et un soldat des idées contemporaines, telle est l'ambition de Balzac. Voilà pourquoi il était si infatigable dans l'enregistrement des choses infinitésimales aussi bien que des plus grandioses. Et c'est ainsi que son œuvre, dans le mot profond de Taine, est devenue le plus grand magasin de documents humains qu'il y ait eu depuis Shakespeare.

2 commentaires:

  1. Si les écrivains sont des décrypteurs des courants atmosphériques de la société, ils le font chacun à leur manière, plus ou moins habilement selon leurs admirateurs ou détracteurs.
    Zweig le fait bien comme il le démontre une fois de plus dans ce livre et avec humilité puisqu’il épingle avec beaucoup de finesse les qualités des autres écrivains.
    Un peu hors sujet, mais pas vraiment, je viens de finir une première lecture de Proust. En pénétrant dans son monde où l’analyse des sentiments à elle seule peut remplir des centaines de pages (je m’y suis parfois profondément ennuyée !) j’ai pensé à l’écriture de Zweig, claire, directe, pas narcissique …même si les deux écrivains ont été influencés par la psychanalyse de l’époque, l’approche en est très différente. Inutile de dire où va ma préférence :-)

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    1. Je suis tout à fait d'accord avec vous en ce qui concerne l'écriture de Zweig et votre commentaire me permet de faire une transition avec le post prévu pour demain : un article paru dans Le Point du 4 avril, écrit par sa "biographe officielle". Lors de cette lecture, j'ai été très étonnée d'apprendre que ses plus fervents admirateurs étaient majoritairement des lectrices.

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