"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

dimanche 7 avril 2013

Black city parade (ici)
Journal amoureux
Dominique Rolin
Gallimard


Extrait pp. 20--21

Vagabonder tard dans la nuit à côté d'un homme dont on ignorait l'existence deux mois plus tôt a l'étrangeté d'un voyage intérieur. Voilà : la ville est un corps et une âme à visiter, à explorer, et cela fait peur. Apprendre le corps et l'âme du jeune Jim au long des boulevards, des avenues, des places, en m'arrêtant ici ou là, quelle aventure, même s'il m'a dit tout haut et très nettement qu'il m'aime. Je le suis partout malgré mes stupeurs et mes inquiétudes, et tous les quartiers inconnus que nous traversons se transforment à mesure en porteurs de joie, pour le moment c'est cela seul qui compte. Être aimée, aimée vraiment comme je l'étais à l'époque de Martin, on verra ça plus tard. Les enjambées de Jim sont d'une fermeté, d'une envergure et j'oserai même dire d'une intelligence qui m'épatent. Je trotte. Il galope. Il est né meneur de jeu, les jeux de l'amour et du hasard. Il est né pour la synthèse, tout est là. Il dit aussi : « Je n'aime pas les sentiments que j'inspire. »


12 commentaires:

  1. Quand j'aime vraiment (mais peut-on aimer autrement en l'instant ?) j'oublie tous les détails de la route, des parages, la couleur des vêtements. Je ne retiens que l'ardeur du regard et le tracé feutré des paroles ...
    S'il n'aime pas les sentiments qu'il inspire, peut-être n'a-t-il pas confiance en lui ou en l'autre et qu'il se réserve le droit de fuir sans crier gare ? Les hommes sont ainsi faits, paraît-il, mais hélas les femmes ont si courte mémoire :-)

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    1. En effet, difficile de s'attacher aux détails dans ces conditions si particulières...

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  2. Beau passage tout en mouvement - celui du transport amoureux. Et cette allusion émouvante à l'amour de Bernard Milleret, Martin dans le si beau et douloureux récit de sa mort (Le lit).

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  3. Les "transports immobiles" sont-ils à l'arrêt ?

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    1. Oui, on peut dire cela : petite pause de printemps ; je cultive mon jardin...

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    2. Je me disais bien que tu finirais par prendre le même rythme que nous tous, hahaha ! Publier tous les jours, ou un jour sur deux, on le fait au début, dans l'élan enthousiaste de la découverte !
      Pis après, on se rend compte qu'on est bouffé, haché menu, tout ça quoi... :)
      (Moi, j'ai réalisé qu'un billet par semaine suffit amplement, finalement...)
      Bonne cure de nature, chère Claire !

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    3. Ça s'appelle une grève des transports immobiles ! ;-)

      Moi, Sophie, j'écris au moins une phrase par jour depuis plus de 600 jours ! ;-) (mais bon c'est vrai qu'une phrase c'est pas grand-chose ! :-) ) (mais peut-être que je n'en suis encore qu'au début de mon blog tout compte fait.)

      D'ailleurs je me souviens très bien de nos quelques commentaires échangés sur nos blogs respectifs au tout début du mien, avant qu'on se "perde de vue de blog" ;-)

      Bonne suite d'aventures bloguesques à vous deux ! :-)

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    4. Bonjour Sophie,
      Oui, c'est assez plaisant cette petite cure de repos. Mais je garde toujours ces pages dans un coin de ma tête. J'ai quelques pistes et images pour redémarrer (enfin, dès que...)

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    5. @Cédric : merci de ton passage ; non, non, pas une grève, une petite retraite temporaire, juste ;-)

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