Dominique Rollin
Gallimard
Je vous invite à consulter cette page, mi-biographique, mi-bibliographique sur ce couple célèbre. Vous y retrouverez, à la fin, l'extrait que j'avais choisi de publier ci-dessous en préambule de ce roman que je viens tout juste de commencer et qui me plaît déjà beaucoup, beaucoup...
La citation ci-contre, présente sur la 4e de couverture :
« Écrire, c'est aimer.
Écrire, c'est être aimé. »
Extrait p. 13--14
Celui que je nommerai beaucoup plus tard Jim (à cause de Joyce) m'a écrit : notre rencontre l'a rendu heureux, il souhaite me revoir, il précise qu'il n'aime pas les choses inabouties. Je lui plais. Il me plaît. Après tout, pourquoi pas ? Plaire est le tout premier mot codé d'une certaine clé d'ouverture : rien n'est possible sans elle. Premier rendez-vous fixé la semaine suivante dans un vieux café célèbre de Saint-Germain-des-Prés, proche du petit hôtel où j'ai mes habitudes. Heure creuse d'après-midi (« heure creuse », inexplicable merveille du langage) ; première stupeur de nous trouver face à face dans la grande salle vide et miroitante ; premier déclic mental : ce jeune homme dont je ne sais presque rien est un génie de la rapidité, ce que confirme le contenu ailé de son livre. Il lui suffit de trois minutes pour balayer l'immédiat, pour précéder les sauts de sa pensée, et peut-être aussi la mienne. Où s'est caché le monde ? On s'en fout, il n'y a plus de monde, simple constat d'une fausse réalité rieuse, fiable. Nous n'avons rien de spécial à dire, tout est à faire. Pour donner le change et sur un ton d'impatience amusée il m'offre deux ou trois morceaux choisis de sa ville d'enfance, un fleuve, l'océan, des vignes, ah oui, d'immenses champs de vignes, une île de vacances aussi, et je lui renvoie aussitôt un peu de mes anciens « moi ». Notre double récit ressemble aux rushes d'un film que nous chercherons, qui le sait, à monter par la suite. Et voilà que Jim le jeune consulte sa montre, se lève d'un coup, il doit se dépêcher, un autre rendez-vous l'attend chez son éditeur, il aime la ponctualité, vite il me raccompagne jusqu'au carrefour voisin. Alors il descend la marche du trottoir pour que nos visages se trouvent au même niveau, proches à se toucher, sans se toucher pourtant, il me scrute simplement avant d'articuler vite, vite mais avec précision :
— Vous savez, je suis quelqu'un de très bien.
Phrase d'une prétention inouïe ? Nullement. Ce jeune écrivain ne cherche rien de plus qu'à m'enseigner le goût de l'instantané, le temps est une valeur à massacrer sans cesse.

Un journal que j'ai lu aussi dans l'enthousiasme, je suivais Dominique Rolin depuis longtemps et la révélation de l'identité de Jim chez Pivot m'avait fort émue. Quelle allégresse à vivre chez Dominique Rolin !
RépondreSupprimerDans ma bibliothèque, ce "Journal amoureux" est tout contre "Passion fixe" - forcément.
Je n'ai pas lu encore le second. Que de titres en attente...
Supprimer