"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

dimanche 10 novembre 2013

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Source : bullies.centerblog.net sur centerblog.

"Enfants de manipulateurs.
Comment les protéger ?"
Christel Petitcollin
Guy Trédaniel éditeur


Suite du partage de quelques passages du recueil.

Extrait du chapitre 5 : Le profil du parent victime (p. 94--96) :

Nous sommes tous concernés. Souvent, les victimes cherchant de l'aide testent timidement notre disponibilité et se heurtent au déni, au manque d'enthousiasme et à la lâcheté ambiante. On n'a pas envie qu'elles nous attirent des ennuis. Trop rares sont les bonnes âmes courageuses à leur dire vigoureusement : « Si ça tourne au vinaigre, n'hésite pas. Viens te réfugier chez moi, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. »

C'est ainsi que toute la société cautionne la violence conjugale, en ne mesurant pas réalistement l'ampleur du danger et en refusant aux victimes l'aide énergique dont elles auraient besoin.

Mais ces victimes sont tellement ambigües : on sent bien qu'elles ne disent pas tout. Elles se plaignent mais défendent leur agresseur, le quittent puis retournent vivre avec lui. Elles dénoncent la maltraitance sur les enfants, mais sont d'accord pour la garde alternée... Qui peut y comprendre quelque chose dans ces contradictions ? Qui peut comprendre que la victime, sachant que la garde alternée est non négociable pour son manipulateur sous peine de féroces représailles, n'a même pas envisagé une seconde de pouvoir faire autrement ? Qui connait suffisamment les mécanismes de l'emprise psychologique pour comprendre que ce n'est pas de son plein gré et en toute conscience que la victime retourne se jeter dans la gueule du loup ? De plus, ces victimes ne sont pas angéliques pour autant. Elles ont leurs défauts et leur part d'ombre, comme tout le monde. Or, dans l'inconscient collectif, quand on est victime, on doit l'être à 100 %. Si vous voulez qu'on vous accorde le statut de victime vous devez être blanc comme un lys (ou comme une oie blanche). Pas le droit d'être un peu mesquin, un peu intéressé, un peu idiot, un peu lâche (en plus d'être terrorisé...) Pas le droit aux gaffes ou à l'erreur. Bref, vous n'avez plus droit à votre imperfection humaine. Pour être pris au sérieux, il vous faut une auréole.

A l'instar de la plupart des gens, les victimes ne soupçonnent pas le quart de la réalité de la situation, malgré les preuves flagrantes qu'elles ont au quotidien sous le nez.

« Non, je débloque ! (Ou Christel Petitcollin débloque !) J'ai honte d'avoir de telles pensées. Il (elle) ne peut pas le faire exprès. Ce n'est pas possible qu'un père (qu'une mère) n'aime pas ses enfants. »

Comme je vous l'ai dit plus haut, le manipulateur choisit sa victime parmi les gens ouverts, capables de se remettre en cause, gentils et bienveillants. Bloquée dans ses valeurs humanistes, la victime cherche toujours à restaurer le dialogue, à trouver un terrain d'entente et culpabilise de ne pas y arriver. Dénigrée en permanence, elle a perdu toute confiance en elle et toute estime de soi. Sa préoccupation essentielle : essayer de maintenir une illusion de cohérence familiale. Elle croit qu'en mystifiant ses enfants, elle les protège. Parfois c'est vrai : jusqu'au divorce ou jusqu'à l'adolescence, les enfants ont cru vivre dans une famille normale et unie. Parfois, la victime est la seule dupe. Les enfants voient leur parent victime se leurrer et hochent la tête avec consternation.

Malgré ses difficultés à se protéger ainsi que ses enfants, le parent victime est en général un bon parent, mais il est néanmoins conditionné à être un meilleur parent de son conjoint que de ses enfants. (...)

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