"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)
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dimanche 15 mars 2015

Musée Nissim de Camondo
63 rue de Monceau
Paris 8e

Découvert grâce à un superbe documentaire diffusé sur France 5, le jeudi 1er janvier 2015. Résumé de l'émission :
Du Marais aux Champs-Elysées, de l'île Saint-Louis à la Plaine-Monceau, de la butte Montmartre au faubourg Saint-Germain, les hôtels particuliers de Paris font partie des plus précieux trésors de la capitale française. En franchissant le seuil de lieux généralement jalousement fermés au grand public, ce documentaire, présenté par Sophie Jovillard, invite à découvrir les richesses cachées de splendides demeures, véritables merveilles de raffinement et d'architecture, fleurons souvent méconnus et inaccessibles du patrimoine.
L'hôtel particulier Nissim de Camondo, commandé par le comte Moïse de Camondo, élevé au début du XXe siècle (de 1912 à 1914), selon une inspiration du XVIIIe et le modèle du petit Trianon, fête actuellement son centenaire. Le souhait du propriétaire : reconstituer une demeure du XVIIIe siècle ; le  volume de certaines des pièces de la demeure (dont la bibliothèque) a été spécialement calculé pour mettre en valeur les pièces des collections du propriétaires (dont de magnifiques boiseries en chêne et des objets d'art). L'hôtel particulier a été dessiné par l'architecte René Sergent (les premiers plans sont présentés en ce moment dans le musée ainsi que les factures fournisseurs liées à la construction et l'aménagement intérieur). Le jardin « à la française » près des façades et « à l'anglaise » en lisière du parc Monceau a été conçu par le paysagiste Achille Duchêne.

Lien vers le site du musée : http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/nissim-de-camondo/

Photo du vestibule (trouvée ici)
Pour visiter, chacune des pièces des 4 niveaux, c'est ici (très nombreuses photos commentées) ! Mais l'idéal est quand même de se rendre sur place pour sentir l'atmosphère de la demeure (restée intacte conformément aux désirs du propriétaire) et profiter des objets d'art. Un petit film relate l'histoire de cette famille terriblement marquée par celle de la première moitié du XXe  siècle en Europe.

mardi 9 décembre 2014

Les derniers jours de Roland B.
Hervé Algalarrondo
Ed. Stock

Extrait de la quatrième de couverture :
A la fin des années 1970, Roland Barthes est internationalement reconnu. Professeur au Collège de France, auteur de best-sellers, il traîne derrière lui une foule de disciples. Journaux et magazines se disputent sa parole.
L'auteur, Hervé Algalarrondo est journaliste au Nouvel Observateur.

Mon avis est mitigé après la lecture de cet ouvrage paru en 2006 et que je découvre maintenant ; il contient beaucoup de détails intimes sur l'auteur des Fragments, mais ce n'est pas vraiment ce que je recherchais. Je reconnais cependant que cette lecture m'a été fort utile pour comprendre, dans un second temps, certains passages ou tournures de son ouvrage de référence auprès du grand public.
J'ai trouvé assez peu d'avis sur le Web : un article très négatif (mais la personne a avoué qu'elle n'avait pas lu le livre en question !) et un second qui, selon moi, exprime une opinion tout à fait objective sur cette biographie, je vous suggère donc la lecture de cet article publié sur le site parutions.com.

lundi 25 août 2014

L'usage de la photo
Annie Ernaux
Marc Marie
Gallimard


Quatrième de couverture :

Souvent, depuis le début de notre relation, j'étais restée fascinée en découvrant au réveil la table non desservie du dîner, les chaises déplacées, nos vêtements emmêlés, jetés par terre n'importe où la veille au soir en faisant l'amour. C'était un paysage à chaque fois différent.
Je me demande pourquoi l'idée de le photographier ne m'est pas venue plus tôt. Ni pourquoi je n'ai jamais proposé cela à aucun homme. Peut-être considérais-je qu'il y avait là quelque chose de vaguement honteux, ou d'indigne. En un sens, il était moins obscène pour moi de photographier le sexe de M. 
Peut-être aussi ne pouvais-je le faire qu'avec cet homme-là et qu'à cette période de ma vie.


Pour plus d'information sur la construction de cet ouvrage, je vous conseille cet entretien paru en 2005 ici. C'est un des ouvrages biographiques les plus durs que j'ai eu à lire jusqu'à présent.  La charge émotionnelle étant un peu atténuée par l'exercice de duettiste qui nous est offert.

lundi 18 août 2014

Se perdre
Annie Ernaux
Folio
Article 2/2


Extrait p. 211--212

Samedi 8

Je ne sais pas ce que je vais commencer d'écrire, ni si même j'écrirai. De toute façon, une fois de plus, je l'aurai payé très cher. Nuit où le désir de mort était si fort, la souffrance morale si vive, que je comprenais le recours à n'importe quoi, tranquillisants, drogue. Heureusement, je n'avais sous la main qu'un malheureux Spasfon-Lyoc.. La raison n'en est pas vraiment S. --- la lucidité étant maintenant un peu plus acquise sur notre relation --- mais la nécessité absolue d'écrire, que je distingue mal de la douleur de vivre apparue depuis la fin avril.  C'est-à-dire que je suis dans le creux où fusionnent mort, écriture, sexe, voyant leur relation mais ne pouvant la surmonter. La dévider en un livre.
Et c'est toujours le même silence de l'été. Autrefois c'était l'attente  (qu'il arrive quelque chose, une rencontre évidemment). Maintenant, je sais que l'attente ne débouche jamais sur autre chose que la catastrophe (C.G. --- Philippe, S.) et je ne peux compter que sur les mots pour remplir ce vide.

Dimanche 9

Cette souffrance --- un peu mieux surmontée aujourd'hui --- est due à la conjonction de deux faits : la nécessité d'écrire et la lucidité sur l'absence d'amour de S. Les deux sont liés. Il fallait que la vérité se fasse pour que j'écrive. Mais il n'y a pas plus de vérité qu'avant, simplement un changement de croyances. Je renonce seulement à la passion pour écrire. Mais le passage de l'un à l'autre est atroce, très ambigu aussi : j'attends tout de même un appel de S. avant son départ pour Moscou.

lundi 4 août 2014

Massage thaï traditionnel
Ma parenthèse Thaï...


J'ai rêvé que je recevais une invitation gratuite pour un soin découverte dans un institut Thaï. J'avais la possibilité de prendre un soin de 45 mn pour moi seule, ou un soin de 30 mn en duo. Qu'ai-je sélectionné ?

Après avoir imposé mon choix à mon (mal)chanceux amoureux... j'ai commencé à me renseigner sur la chose. Mais je me suis égarée : j'ai cherché massage traditionnel thaï. J'ai trouvé l'idée fort sympathique et me suis instruite sur Internet ; j'ai découvert des massages avec étirements façon hatha-yoga, et des avis d'internautes curieux (réels ou inventés ?) Enfin, d'après ce que j'ai lu : rien de mieux pour se détendre après une journée de travail (ou une journée de vacances, c'est égal...) Mon compagnon d'infortune étant novice en termes d'institut de ce genre, je trouvais adéquat de commencer par un massage habillé. Mais quand même, en relisant l'invitation, le terme « aux huiles essentielles » me laissait perplexe sur ce point.

Un extrait trouvé sur Internet (ici) :
Vieux de plus de 2500 ans, Le massage thai Nuad Bo-Rarn, puise ses origines du shiatsu, du massage indien et du yoga. Les pressions manuelles profondes de ce massage s’exercent avec les paumes sur des zones larges ou les pouces sur les points et lignes d’énergie.
 
Le massage thai utilise néanmoins d’autres ressources telles que : les coudes, les genoux ou les pieds. Cette technique permet d’atteindre tous les tissus de l’organisme, de l’épiderme, des muscles aux ligaments, ainsi que les vaisseaux sanguins.
 
Le massage thaï est un massage rythmé et chorégraphié, dans lequel se succèdent de manière naturelle un grand nombre de séquences, telle une danse. Chaque toucher s’accomplit dans une posture juste, et les nombreux changements de position se réalisent élégamment.

Découvrez le massage Thai en DUO ou en SOLO, le plaisir de partager un moment de détente à deux ou en amoureux dans une cabine double ou vous serez massés en même temps. C'est un voyage unique.
J'étais très fière de ma trouvaille, j'en parlais à mon correspondant, visiblement ému de ce futur partage d'expérience...

Le jour dit, à un quart d'heure du rendez-vous, nous étions sur place. Waouh ! Quel quartier... l'extérieur de la boutique ne payait vraiment pas de mine : un des volets métalliques était tout brinquebalant, de grandes affiches roses empêchaient toute vision de l'intérieur. Un tantinet décontenancés, nous avons failli faire demi-tour. Après avoir longuement hésité (un petit tour de cinq minutes dans le quartier nous a décidés à opter pour l'intérieur d'une boutique plutôt que de trainer plus avant) nous avons courageusement franchi le pas. L'hôtesse d'accueil, qui nous avait repérés de loin, nous a ouvert la porte avant que je ne m'y attende. Le hall d'accueil était pimpant, joliment meublé et rempli d'orchidées. Après les questions d'usage, on nous a demandé de nous asseoir dans un confortable canapé. Puis on nous a apporté des chaussures (sorte de tongs blanches et mal fichues) à usage unique. La galère commençait pour mon binôme...

Puis, nous avons traversé un long et étroit couloir, couvert de boiseries sombres et faiblement éclairé de rouge et attendu devant une large cabine double (sorte de chambre, devrais-je plutôt dire), fermée par des portes coulissantes et toute éclairée de bleu. Lumière tamisée, tentures séparant ou non la chambre en deux, fleurs, tables de massage. Une des masseuses dispose sur chaque table un petit paquet clos par un élastique, mais je ne comprends que la fin de sa phrase : «  un pour Madame, un pour Monsieur ». On nous laisse seuls dix minutes pour se préparer. Deuxième coup de stress pour mon binôme : la découverte du petit truc emballé à son attention...

Finalement, la porte coulisse dans notre dos, je me retourne avec peine et vois deux masseuses, entièrement habillées de noir qui parlent une langue que je ne connais pas ; je pense aux Yamakasi de Luc Besson ! En fait, nous avons bénéficié d'un modelage Thaï aux huiles essentielles (et non un massage traditionnel comme je le pensais initialement). Et je ne m'étais pas préparée à cela (aucune lecture sur le Web, aucun témoignage repéré au préalable). Mon binôme ne mouftait pas, je n'entendais aucun souffle m'indiquant si nous bénéficiions du même traitement. Après coup, il m'a avoué avoir failli éclater de rire, en pensant à une femme, une inconnue, qu'il aurait éconduite dans la journée sans y prendre garde et qui serait venue se venger en piétinant son corps dans la soirée !

Ce modelage en couple à l'huile délicatement parfumée,
consiste en une succession de frictions et de pétrissages
sur tout le corps pour assouplir, raffermir, et apaiser.
Photo trouvée ici.
Tout ce dont je me souviens, c'est que les masseuses étaient très musclées, qu'à un moment elles sont montées sur les tables de massage, qu'elles ont traité chaque partie très fermement (de la pointe des pieds au somment du crâne). Pour moi,  le moins plaisant ayant été le massage pas franchement doux du cuir chevelu... et le plus surprenant, pour nous deux, la compresse bouillante sur les yeux. A la fin, une douce impression de flotter. Une légère fatigue, mais absolument pas désagréable, comme après de doux exercices ayant fait travailler chacun de nos muscles, un à un...

Une fois rhabillés, après avoir parcouru dans l'autre sens le long couloir et croisé un autre couplé également affublé de ces inconfortables chausses en plastique, et de retour dans le salon d'accueil, une tasse de thé nous a été offerte. Nous sommes repartis, mi-surpris, mi-tourneboulés par cette aventure. Un peu étourdis, nous sommes cependant restés très sérieux jusqu'à la fin.

Mon rêve se terminait par un dîner au cours duquel une bouteille de vin rouge d'Alsace grignotait notre réserve habituelle et nous permettait de partager toutes nos impressions et nos ressentis entre deux fous rire à peine retenus dans le restaurant. Et comme c'était une expérience simplement spirituelle, nul besoin de s'inquiéter de l'apparition d'éventuelles douleurs ou courbatures dès le lendemain. N'est-ce pas ?

A recommencer, en vrai cette fois ! Et pourquoi pas, avec un vrai traditionnel thaï ?!

jeudi 31 juillet 2014

Se perdre
Annie Ernaux
Folio

J'aurais dû me méfier. Lire plus attentivement la quatrième de couverture. Être à l'écoute du titre. Au lieu d'être alertée par tous ces indices, j'ai préféré me fier à ma mémoire (ô combien sélective...) Je lis rarement les critiques avant d'aborder un ouvrage. Mais après, oui. J'avais adoré « Passion simple » et l'idée d'approcher la même histoire sous un autre angle, avec un autre style d'écriture m'avait complètement séduite. Je n'avais voulu garder de ma première lecture que les belles impressions, que l'élan positif, le côté magique de ce que je comprenais ou interprétais. C'était sans compter sur le romantisme de la passion, vous savez, ce balancement, ce questionnement perpétuel si bien décrit par Roland Barthes.

Avec une analyse critique, de froides interrogations, l'auteure nous fait revivre l'année qu'elle a déjà écrite une fois. Mais désormais, nous parcourrons avec elle ses longs moments de solitude entrecoupés de purs bonheurs. Que se passe-t-il entre deux rendez-vous avec son amant ? Que signifient ses silences à durée variable ? Faut-il chercher à les interpréter ? Pourquoi le laisse-t-elle décider la date de chacun de leur rendez-vous ? A-telle simplement l'envie ou le courage d'en tirer des conséquences ? Leurs différences (ils ont 12 ans d'écart, mais pas que...) sont-elles un point positif ou bien... On ne sait presque rien de lui, il est Slave. Elle, elle écrit, voyage et corrige des copies. Pourquoi aime-t-elle tant l'attente de le croiser à nouveau ? Que lui apporte cette vie entrecoupée de  montagnes russes ?

L'auteure avait prévenu : A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »...

Ma lecture de ce journal n'a pu se faire que lentement, histoire de ne pas trop m'attacher à ces mots qui résonnent. Il m'a fallu un prendre un certain recul, pour ne lire qu'en spectatrice. Ce texte, en tout cas, ne laisse pas indifférent : voir cet article de 2001 paru dans l'Express ! Une autre critique, parue dans le Parisien à la même époque, est fort éloquente... J'omets volontairement d'autres critiques trop virulentes.

Un document exceptionnel, fascinant et accablant. (Josyane Savigneau, Le Monde,  01/01/2007)

jeudi 24 juillet 2014

Mimmo Rotella, La malicieuse (détail)
L'écriture comme un couteau
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
2/2


Deux autres critiques de ce livre de correspondances avec un journaliste, durant environ une année : la première , et l'autre ici.

Évidemment, j'ai eu très envie, moi aussi, de comparer Se perdre et Passion simple. Je vous dirai, enfin, dès que...


Extrait p. 38

De ces deux circonstances --- le délai de dix ans et l'existence d'un livre --- la seconde est principale, c'est elle qui motive la publication. Sans doute, le délai est important : c'est lui qui me permet de jeter sur le journal un regard objectif, froid, de considérer le « je » comme un autre, une autre, et, surtout, de voir au-delà du contexte de ce temps là, au-delà des sentiments exprimés, de voir, sentir devrais-je dire, l'écriture, la vérité produite par l'écriture.  Mais la publication du journal me permet de faire « jouer » le premier texte, de lui donner un autre éclairage, au risque de déstabiliser le lecteur qui se trouve devant ces deux "versions" de la passion, par exemple avec Se perdre et Passion simple. Une version longue, écrite au jour le jour, dans l'opacité du présent, l'autre, brève, épurée, tournée vers la description de la réalité de la passion. A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »... Démystifier aussi la clôture de l’œuvre.

jeudi 17 juillet 2014

L'écriture comme un couteau
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
1/2


Pour lire une version intégrale d'un entretien paru dans « le Nouvel Observateur » du 8 décembre 2011, c'est ici.

Pour trouver une analyse fine de « l'écriture plate » d'Annie Ernaux, cliquer ici.

Extrait p. 98

C'est un fait, d'abord insidieusement, à la publication de La place, puis ouvertement à la parution de Passion simple, des critiques en majorité parisiens et masculins, occupant des positions de pouvoir dans les médias, se sont déchaînés contre ce que j'écris. Contre le contenu et contre l'écriture. Ce qu'on me reproche, c'est une double obscénité, sociale et sexuelle. Sociale, parce que, dans des livres comme La place, Une femme, La honte, mais aussi Journal du dehors, je fais de l'inégalité des conditions, des cultures, la matière du texte, en évitant le populisme, qui serait tellement rassurant, acceptable... Sexuelle, parce que dans Passion simple, qui a mis le feu aux poudres, j'ai décrit tranquillement et précisément la passion d'une femme mûre --- vécue sur le mode adolescent et celui de la « romance », mais aussi très physique --- sans les marques affectives, la déploration, sans cette « romance » qu'on attend dans les écrits des femmes. De plus, une transgression des genres : il s'agit d'un récit autobiographique, mais portant sur un moment très court, rédigé de façon clinique.

vendredi 25 avril 2014

Regarde les lumières mon amour
Annie Ernaux  
Coll. Raconter la vie  
Ed. Seuil
(suite)


Aujourd'hui, je reproduis une interview de Annie Ernaux parue dans A nous Paris de cette semaine.

Cliquer pour agrandir et lire...



mercredi 23 avril 2014

Regarde les lumières mon amour
Annie Ernaux
Coll. Raconter la vie
Ed. Seuil


Comme promis, je vous livre mon sentiment sur la lecture du journal qu'a tenu Annie Ernaux au cours de ses visites dans un centre commercial et ce, pendant un an. L'idée de départ m'a beaucoup plu, je voulais savoir ce qu'un écrivain souhaitait partager de cette expérience assez commune et en plus, j'aimais l'idée d'obtenir des informations sur ce centre que j'ai beaucoup fréquenté il y a des années...

L'ouvrage est assez court, et très récent, donc je ne me sens pas trop autorisée à recopier de longs extraits comme je le fais habituellement. Ce que l'auteure raconte de manière drôle ou cynique parfois, je l'ai aussi ressenti dans ce même centre commercial. C'était l'idée de la réponse que j'avais faite à Saravati il y a quelques jours : on se sent moins seul(e) ou désœuvré(e) au milieu d'un ensemble de personnes dans le même état. Dans Paris, je connais peu d'endroits comparables à ce lieu, mais j'ai reproduit cette sensation --- avec le même effet placebo --- dans une rue commerçante sans beaucoup de charme encombrée de passants et/ou acheteurs. En revanche, une balade dans un parc ou un grand espace vert le week-end ou pendant les vacances est à déconseiller : on obtiendrait l'effet inverse de celui recherché.

 Extrait p. 12
L'hypermarché comme grand rendez-vous humain, comme spectacle, je l'ai éprouvé à plusieurs reprises. La première fois, de façon aigüe, avec une vague honte. Pour écrire, je m'étais isolée hors saison dans un village de la Nièvre et je n'y arrivais pas. Aller « au Leclerc » à 5 km était un soulagement. Celui, en me mêlant à des inconnus, en « voyant du monde », de retrouver, justement, le monde. La présence nécessaire du monde. Découvrant par là, que j'étais pareille à tous ceux qui vont faire un tour au centre commercial pour se distraire ou échapper à la solitude.
Du coup, pour aller faire les vraies courses alimentaires, ce n'est pas l'endroit que je privilégierais... j'ai tenté une piqure de rappel ce samedi après-midi (celui précédent Pâques) dans un autre centre commercial (encore plus grand, j'en suis sure et surtout plus proche de Paris) et les palettes de chocolats à perte de vue et d'une hauteur gigantesque m'ont carrément rebutée. Le rayon suivant, avalanche de biscuits secs, semi-frais, en vrac, dans des boîtes en plastique translucide, m'a décidée à faire demi-tour sans rien acheter. D'autant que :

Extrait p. 55
Oeufs de Pâques à gogo. Déjà. J'avais oublié. Les grandes surfaces n'oublient rien. Les maillots de bain sont sans doute dans des caisses, prêts à être déballés, comme les cadeaux pour la fête des Mères. Les instances commerciales raccourcissent l'avenir et font tomber le passé de la semaine dernière aux oubliettes.

Et la cerise sur le gâteau ; extrait p. 58 :
Près du tiers des caisses sont maintenant automatiques, groupées par quatre ou six et ne nécessitant la présence que d'un employé chargé de la surveillance et du bon fonctionnement de la machine. Dans la journée, les caisses traditionnelles  sont deux fois moins nombreuses que celles-ci à fonctionner. La disparition des caissières avance.

En conclusion, j'ai adoré lire ce témoignage. J'y ai retrouvé ce que j'aime dans l'écriture de cette auteure, l'observation, le vécu, le partage, la vie simplement.

Pour aller plus loin, ma petite bibliographie personnelle (cliquer sur chaque couverture ou photo permet d'ouvrir le post concerné).













mercredi 16 avril 2014

Regarde les lumières mon amour
Annie Ernaux


Je l'ai commandé et en attendant impatiemment sa réception et sa lecture, je vous propose une amusante chronique de François Reynaert parue dans le Nouvel Obs de cette semaine « Mon hyper, ce héros » :

Paru dans Le Nouvel Observateur, du 10 au 16 avril 2014.

La vidéo d'un débat sur le sujet (cliquez ici), dont sont extraites les deux citations suivantes, excite encore plus mon intérêt...

«  Elle ne se contente pas de raconter ses courses au supermarché, c’est une nouvelle manière de réfléchir aux mécanismes de notre société de consommation, et au pouvoir exercé par la grande distribution sur nos vies (…) Annie Arnaux est imprégnée de sociologie, d’ethnologie, et c’est en ça que son écriture ne ressemble à aucune autre », considère Grégoire Leménager, du Nouvel Observateur-BibliObs.

« C’est peut-être intéressant pour un sociologue, mais pas pour un écrivain. Elle estime que comme elle est écrivain, tout ce qu’elle peut décrire a une valeur littéraire. Quel intérêt de restituer quelque chose que tout le monde vit ? C’est le degré zéro de l’écriture. », estime Jean-Christophe Buisson, du Figaro Magazine.

dimanche 10 novembre 2013

Image du Blog bullies.centerblog.net
Source : bullies.centerblog.net sur centerblog.

"Enfants de manipulateurs.
Comment les protéger ?"
Christel Petitcollin
Guy Trédaniel éditeur


Suite du partage de quelques passages du recueil.

Extrait du chapitre 5 : Le profil du parent victime (p. 94--96) :

Nous sommes tous concernés. Souvent, les victimes cherchant de l'aide testent timidement notre disponibilité et se heurtent au déni, au manque d'enthousiasme et à la lâcheté ambiante. On n'a pas envie qu'elles nous attirent des ennuis. Trop rares sont les bonnes âmes courageuses à leur dire vigoureusement : « Si ça tourne au vinaigre, n'hésite pas. Viens te réfugier chez moi, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. »

C'est ainsi que toute la société cautionne la violence conjugale, en ne mesurant pas réalistement l'ampleur du danger et en refusant aux victimes l'aide énergique dont elles auraient besoin.

Mais ces victimes sont tellement ambigües : on sent bien qu'elles ne disent pas tout. Elles se plaignent mais défendent leur agresseur, le quittent puis retournent vivre avec lui. Elles dénoncent la maltraitance sur les enfants, mais sont d'accord pour la garde alternée... Qui peut y comprendre quelque chose dans ces contradictions ? Qui peut comprendre que la victime, sachant que la garde alternée est non négociable pour son manipulateur sous peine de féroces représailles, n'a même pas envisagé une seconde de pouvoir faire autrement ? Qui connait suffisamment les mécanismes de l'emprise psychologique pour comprendre que ce n'est pas de son plein gré et en toute conscience que la victime retourne se jeter dans la gueule du loup ? De plus, ces victimes ne sont pas angéliques pour autant. Elles ont leurs défauts et leur part d'ombre, comme tout le monde. Or, dans l'inconscient collectif, quand on est victime, on doit l'être à 100 %. Si vous voulez qu'on vous accorde le statut de victime vous devez être blanc comme un lys (ou comme une oie blanche). Pas le droit d'être un peu mesquin, un peu intéressé, un peu idiot, un peu lâche (en plus d'être terrorisé...) Pas le droit aux gaffes ou à l'erreur. Bref, vous n'avez plus droit à votre imperfection humaine. Pour être pris au sérieux, il vous faut une auréole.

A l'instar de la plupart des gens, les victimes ne soupçonnent pas le quart de la réalité de la situation, malgré les preuves flagrantes qu'elles ont au quotidien sous le nez.

« Non, je débloque ! (Ou Christel Petitcollin débloque !) J'ai honte d'avoir de telles pensées. Il (elle) ne peut pas le faire exprès. Ce n'est pas possible qu'un père (qu'une mère) n'aime pas ses enfants. »

Comme je vous l'ai dit plus haut, le manipulateur choisit sa victime parmi les gens ouverts, capables de se remettre en cause, gentils et bienveillants. Bloquée dans ses valeurs humanistes, la victime cherche toujours à restaurer le dialogue, à trouver un terrain d'entente et culpabilise de ne pas y arriver. Dénigrée en permanence, elle a perdu toute confiance en elle et toute estime de soi. Sa préoccupation essentielle : essayer de maintenir une illusion de cohérence familiale. Elle croit qu'en mystifiant ses enfants, elle les protège. Parfois c'est vrai : jusqu'au divorce ou jusqu'à l'adolescence, les enfants ont cru vivre dans une famille normale et unie. Parfois, la victime est la seule dupe. Les enfants voient leur parent victime se leurrer et hochent la tête avec consternation.

Malgré ses difficultés à se protéger ainsi que ses enfants, le parent victime est en général un bon parent, mais il est néanmoins conditionné à être un meilleur parent de son conjoint que de ses enfants. (...)

mercredi 6 novembre 2013

"Enfants de manipulateurs. 
Comment les protéger ?"
Christel Petitcollin
Éditions Trédaniel


Présentation de l'ouvrage sur le site de l'éditeur (ici). Comme d'habitude pour ce sujet, ce recueil est illustré de nombreux exemples réels rencontrés au cours de l'exercice professionnel de l'auteur.


Un extrait de l'introduction p. 18--19 :

Je refuse d'être pro-mères et je refuse d'être pro-pères. Pourtant, je suis chaque jour aux premières loges pour accueillir la détresse de ces parents sains, assistant impuissants à la destruction de leur enfant par le parent pervers. Alors, loin de moi l'idée de nier ou de minimiser leur douleur. Mais ces souffrances des mères et des pères qui se disent « désenfantés » aussi intenses soient-elles, sont des chagrins d'adultes. Ce qui me bouleverse avant tout, c'est la souffrance des enfants.

A part les quelques associations exclusivement centrées sur les droits des enfants, comme par exemple « l'Enfant d'abord », auxquelles je rends hommage, nul dans cette société qui use et abuse du concept de « l'intérêt supérieur de l'enfant » ne semble aujourd'hui être capable d'entendre le vécu atroce de ces petits. Alors, à travers ces pages, je veux être exclusivement pro-enfants, de la façon la plus neutre, la plus objective possible, en faisant appel au bon sens le plus élémentaire.


Un extrait du chapitre 3 : Les relations du parent manipulateur avec ses enfants (p. 57--58) :

Mais comme ce parent normal ne devine pas la malveillance délibérée du manipulateur, il pense à de la maladresse, pas à de la maltraitance. Il a bien remarqué l'immaturité de son conjoint et repéré avec étonnement que celui-ci est jaloux de ses propres enfants. Chaque jour, il peut constater que le manipulateur est en rivalité féroce avec sa progéniture, dans la quête de son attention. Un mari crie à sa femme : « Mais tu ne vois pas que ce gosse (6 mois) cherche à nous faire divorcer ! C'est dingue, il a plus de droits que moi, ici ! » Exclusif, possessif et jaloux, le manipulateur exige d'être le fils chéri (ou la fille unique) de son conjoint et refuse toute limite et toute contrainte. Il regarde d'un œil mauvais tous les moments de tendresse qui peuvent exister entre l'autre parent et ses enfants, cherche à les interrompre et exerce de telles représailles que peu à peu, les enfants et ce parent prennent l'habitude de s'abstenir de toute démonstration de joie ou de tendresse en la présence du manipulateur. De même, tout ce qui fait la joie de l'enfance : les jeux, les peluches, les histoires, les câlins, le doudou, la sucette, attisent sa rage. Le parent manipulateur cherche à priver ses enfants de toute douceur et à effacer toute trace d'enfance. Au plus vite, il faut supprimer les biberons, la poussette, la sucette, le doudou, l'ours en peluche, etc. En sa présence, il est quasiment impossible à l'autre parent de se montrer aimant avec son enfant, de lui lire une histoire au moment du coucher, de le rassurer quand il a peur, de le consoler quand il s'est fait mal ou de l'écouter quand il veut raconter sa journée d'école.

Le parent sain essaie de son mieux de valoriser et d'investir l'autre parent dans l'éducation des enfants. Mais en vain. Le vieil enfant qui sommeille en tout manipulateur ricane et se régale de faire enrager son conjoint. Il se fera un plaisir de transgresser lui-même les règles que l'autre parent essaye d'inculquer aux enfants, d'inciter les enfants à désobéir et de saboter tout système éducatif cohérent. Pire, les manipulateurs prennent les enfants à témoin de la bêtise de l'autre parent , le dénigre et se moque de lui devant eux : « Regarde ta mère... » ou « Décidément, ton père... »


jeudi 8 août 2013

Pour lire l'article, cliquer puis zoomer ici
Auriez-vous aimé être volontaire pour l'étude de Mme Hill ?

Trouvé ici par hasard (p. 21), un article amusant dans lequel est évoquée une étude de la professeure Wendy Hill, datée de 2009  qui a recruté des volontaires pour mesurer, dans certaines conditions, leur niveau de cortisol... La suite dans la vidéo ci-dessous ou encore dans une expérimentation ici entre deux étudiants du Lafayette College d'Easton, où Mme Hill enseigne.


lundi 18 mars 2013

Manipulateurs


Suite à une demande récente de Cédric, je me donne l'occasion de faire un joli (?) puzzle d'avec d'autres couvertures que celles de Stefan Zweig. En effet, le thème qui vient est un autre des sujets récurrents de ce blog. Alors, évidemment, j'aurais aimé tourner la page, arrêter d'en parler, de partager autour de ce sujet. Mais en fait, c'est l'inverse qui m'apparaît le plus utile : plus on en parlera, plus on aura de chance de toucher et protéger d'éventuelles victimes. Et puis, actualité oblige (je suggère d'aller voir le post de Zoé) je ne peux pas ne pas écouter la petite voix en moi qui me dit le de faire exactement maintenant.

L'autre objet de ce post est de remercier publiquement tous mes lecteurs et amis qui m'ont aidée, directement ou non ; ils sont nombreux, à des degrés divers, consciemment ou non de l'avoir fait... Je ne l'avais encore jamais dit comme cela, à tout le monde en même temps. Je n'oublie pas tout ce que nos échanges m'ont appris.


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Ma petite bibliographie personnelle (cliquer sur chaque couverture permet d'ouvrir le post concerné).






mardi 12 mars 2013

La nouvelle ère d'un écrivain
20 minutes
Vendredi 1er mars 2013





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Ma petite bibliographie personnelle (cliquer sur chaque couverture permet d'ouvrir le post concerné).





















vendredi 1 mars 2013

Chacun épie son voisin
Direct Matin
Mercredi 6 février 2013


Et hop ! un autre sondage un peu audacieux. Je dois avouer que mes statistiques de lecture se sont littéralement envolées ces derniers jours, donc, pour remercier mes lecteurs, je réitère le genre. Cette étude-là n'a pas l'air sponsorisée par un site de rencontres, mais on pourrait presque l'imaginer. Alors, choisit-on ses voisins par hasard ou par nécessité ?
Et pour vous, dîtes-moi, quel serait votre péché capital du voisinage ?


jeudi 28 février 2013

Le monde d'hier, souvenirs d'un Européen
Stefan Zweig
Éditions Belfond


En cherchant des avis de lecteurs sur le Web, je suis tombée (hum... via Google...) sur un article dont je vous suggère la lecture : « Stefan Zweig, un intellectuel juif devant l’idée d’Europe » par Raïssa Mézières, du 2 septembre 2000.


Extrait de la préface par Stefan Zweig lui-même :

Je suis conscient des conditions défavorables, mais très caractéristiques de notre époque, dans lesquelles j'entreprends de donner forme à mes souvenirs. Je les rédige en pleine guerre, je les rédige à l'étranger sans la moindre pièce d'archives qui puisse secourir ma mémoire. Je ne dispose dans ma chambre d'hôtel ni d'un exemplaire de mes livres, ni d'une note, ni d'une lettre d'ami. Nulle part je ne puis me procurer de renseignements, car dans le monde entier les relations postales de pays à pays sont rompues ou entravées par la censure. Nous vivons aussi isolés les uns des autres qu'il y a des centaines d'années, alors qu'on avait inventé ni les bateaux à vapeur, ni les chemins de fer, ni l'avion, ni la poste. De tout mon passé, je n'ai donc rien d'autre par-devers moi que ce que je porte sous mon front. En cet instant, tout le reste est pour moi inaccessible. Mais notre génération a appris à fond l'excellent art de faire son deuil de ce qu'on a perdu, et peut-être ce défaut de documents et de détails tournera-t-il au profit de mon ouvrage. Car je considère que si notre mémoire retient tel élément et laisse tel autre lui échapper, ce n'est pas par hasard : je la tiens pour une puissance qui ordonne sa matière en connaissance de cause et la trie avec sagesse. Tout ce qu'on oublie de sa propre vie, un secret instinct l'avait en fait depuis longtemps déjà condamné à l'oubli. Seul ce que je veux moi-même conserver a quelque droit d'être conservé pour autrui. Parlez donc et choisissez, ô mes souvenirs, vous et non moi, et rendez au moins un reflet de ma vie, avant qu'elle ne sombre dans les ténèbres.


mardi 18 décembre 2012

The New Yorker
L'humour au bureau
Jean-Loup Chiflet


Une présentation (ici) très alléchante, quelques extraits (ici). Le résumé (copié d'ici, parce que je ne l'ai pas encore lu !)
300 dessins inédits sur la vie de bureau
Les meilleurs dessinateurs de presse au monde jonglent avec le politiquement incorrect, l’insolence, l’immoralité mais aussi la délicatesse, le « nonsense » et la sensibilité.

Un livre d’humour chic et décalé
Les dessinateurs et les dessinatrices du New Yorker épinglent avec malice les travers de la vie au bureau : les départs difficiles au travail, les standardistes, les employés modèles et les autres, les patrons, les héritiers, les responsables marketing, les comptables, les réunions, les pauses déjeuner, la machine à café, les conflits sociaux, les entretiens d’évaluation, les demandes d’augmentation, les licenciements… Un livre qui ose parler de la vie de bureau en mettant souvent le doigt là où ça fait mal. C’est drôle et ça défoule !