"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

mercredi 23 avril 2014

Regarde les lumières mon amour
Annie Ernaux
Coll. Raconter la vie
Ed. Seuil


Comme promis, je vous livre mon sentiment sur la lecture du journal qu'a tenu Annie Ernaux au cours de ses visites dans un centre commercial et ce, pendant un an. L'idée de départ m'a beaucoup plu, je voulais savoir ce qu'un écrivain souhaitait partager de cette expérience assez commune et en plus, j'aimais l'idée d'obtenir des informations sur ce centre que j'ai beaucoup fréquenté il y a des années...

L'ouvrage est assez court, et très récent, donc je ne me sens pas trop autorisée à recopier de longs extraits comme je le fais habituellement. Ce que l'auteure raconte de manière drôle ou cynique parfois, je l'ai aussi ressenti dans ce même centre commercial. C'était l'idée de la réponse que j'avais faite à Saravati il y a quelques jours : on se sent moins seul(e) ou désœuvré(e) au milieu d'un ensemble de personnes dans le même état. Dans Paris, je connais peu d'endroits comparables à ce lieu, mais j'ai reproduit cette sensation --- avec le même effet placebo --- dans une rue commerçante sans beaucoup de charme encombrée de passants et/ou acheteurs. En revanche, une balade dans un parc ou un grand espace vert le week-end ou pendant les vacances est à déconseiller : on obtiendrait l'effet inverse de celui recherché.

 Extrait p. 12
L'hypermarché comme grand rendez-vous humain, comme spectacle, je l'ai éprouvé à plusieurs reprises. La première fois, de façon aigüe, avec une vague honte. Pour écrire, je m'étais isolée hors saison dans un village de la Nièvre et je n'y arrivais pas. Aller « au Leclerc » à 5 km était un soulagement. Celui, en me mêlant à des inconnus, en « voyant du monde », de retrouver, justement, le monde. La présence nécessaire du monde. Découvrant par là, que j'étais pareille à tous ceux qui vont faire un tour au centre commercial pour se distraire ou échapper à la solitude.
Du coup, pour aller faire les vraies courses alimentaires, ce n'est pas l'endroit que je privilégierais... j'ai tenté une piqure de rappel ce samedi après-midi (celui précédent Pâques) dans un autre centre commercial (encore plus grand, j'en suis sure et surtout plus proche de Paris) et les palettes de chocolats à perte de vue et d'une hauteur gigantesque m'ont carrément rebutée. Le rayon suivant, avalanche de biscuits secs, semi-frais, en vrac, dans des boîtes en plastique translucide, m'a décidée à faire demi-tour sans rien acheter. D'autant que :

Extrait p. 55
Oeufs de Pâques à gogo. Déjà. J'avais oublié. Les grandes surfaces n'oublient rien. Les maillots de bain sont sans doute dans des caisses, prêts à être déballés, comme les cadeaux pour la fête des Mères. Les instances commerciales raccourcissent l'avenir et font tomber le passé de la semaine dernière aux oubliettes.

Et la cerise sur le gâteau ; extrait p. 58 :
Près du tiers des caisses sont maintenant automatiques, groupées par quatre ou six et ne nécessitant la présence que d'un employé chargé de la surveillance et du bon fonctionnement de la machine. Dans la journée, les caisses traditionnelles  sont deux fois moins nombreuses que celles-ci à fonctionner. La disparition des caissières avance.

En conclusion, j'ai adoré lire ce témoignage. J'y ai retrouvé ce que j'aime dans l'écriture de cette auteure, l'observation, le vécu, le partage, la vie simplement.

Pour aller plus loin, ma petite bibliographie personnelle (cliquer sur chaque couverture ou photo permet d'ouvrir le post concerné).













4 commentaires:

  1. Le titre semble un leurre (pas les lumières mais l'amour).

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    1. Bonjour Tania,
      Vous avez tout à fait raison : il n'y a pas une once de chaleur ou d'humanité dans l'univers décrit par l'auteure. Juste un amoncellement de lumières ou de victuailles sensées symboliser la fête.
      Dans son livre, elle indique le contexte de la citation qu'elle utilise comme titre du journal. Elle l'explique également dans une interview que je publierai demain.

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  2. Je me demande si on trouve les livres d'Annie Ernaux chez Leclerc... (peut-être un ou deux "poches" ? Et son dernier ?

    J'ai lu "Les Années", vraiment très bien.

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    1. Bonjour Dominique,
      Je ne sais répondre à cette question ;-)
      Merci pour cette suggestion de lecture ; j'aime beaucoup son style et ses thèmes d'écriture.

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