"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

samedi 29 décembre 2012

Le Journal de Radegonde
in La pénombre des âmes
Arthur Schnitzler


Deuxième extrait (p. 102) :

"Je ne feuilletai pas : je lus ce journal pendant une heure au moins, appuyé à mon bureau, tandis que le capitaine se tenait assis, immobile, sur ma chaise longue ; je lus l'histoire de nos amours --- cette charmante et merveilleuse histoire --- dans tous ses détails. Elle commençait par notre rencontre dans la forêt, un beau jour d'automne, où j'avais pour la première fois adressé la parole à Radegonde ; j'appris par elle l'ivresse de nos premiers baisers,  la joie de nos interminables promenades à pied et en voiture. Elle parlait des heures de volupté enchanteresse passées dans ma chambre toute fleurie, de nos projets de fuite et de suicide, de notre bonheur, de notre désespoir. Tout était consigné dans ces pages --- tout ce qui n'avait jamais existé... --- et tout s'y trouvait conforme à mon propre rêve. Et je n'étais pas comme vous, cher ami, je ne trouvai la chose nullement extraordinaire. J'eus subitement l'intuition que Radegonde m'avait aimé d'un amour égal au mien, et qu'elle avait eu ainsi le pouvoir mystérieux de vivre à l'unisson de mon âme. Elle était femme, et par là même plus près que moi des vérités fondamentales de la vie, comme placée à la source où le désir et la réalisation d'une chose sont identiques. Voilà pourquoi elle n'a pas douté un instant de la vérité de faits qu'elle n'a jamais vécus, tandis qu'elle les consignait dans son livre violet (...)

2 commentaires:

  1. Après Zweig, Schnitzler... vous aimez les "z" (et Nietzsche ?) !

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    1. J'allais vous répondre que je préférais le PS (de Psychologie) au PH (de philosophie). Mais en fait, vous avez raison, depuis le collège et Zola, j'aime surtout les Z !

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