Anna Karénine
film de Joe Wright
5 décembre 2012
Hypnotisée par l'affiche de ce film depuis que je l'ai vue dans un journal (
cf. une
précédente page) j'ai enfin trouvé le temps d'aller le voir. Même si je connaissais plus ou moins l'intrigue, je me suis laissée portée par l'étude des caractères, les costumes, les décors... et la mise en scène. Quoiqu'en disent certaines critiques, la reconstitution de scènes (bals, courses hippiques, réceptions) dans un théâtre sans limites définies est à couper le souffle.
J'ai donc cherché --- pour m'amuser --- un article très sérieux sur le sujet que j'ai censuré afin de ne garder que mon avis. Voici ce que cela donne :
Source : Le Nouvel Obs, critique cinéma rédigée par Nathalie Epoque (
ici)
CINEMA. Keira Knightley dans "Anna Karénine" : des épaules un peu trop frêles
LE PLUS. Fort de ses quatre millions de dollars
de recettes depuis sa sortie le 16 novembre aux États-Unis, le film de
Joe Wright, "Anna Karénine", est arrivé dans les salles de l’hexagone
mercredi 5 décembre. Une adaptation osée du roman éponyme de Léon
Tolstoï qui ne plaît pas à tout le monde. Nathalie Epoque nous livre ses
impressions.
L'actrice Keira Knightley dans une scène du film Anna Karénine, réalisé par Joe Wright (Interfoto/Sipa)
Le sublime chef d’œuvre de la littérature russe, Anna Karénine n’en est pas à sa première adaptation.
Le livre de Léon Tolstoï,
dont la philosophie est : "Tout raisonnement sur l’amour le détruit"
raconte plus qu’une intrigue romanesque. C’est une analyse des
sentiments, de la monotonie de la vie conjugale, des déboires de la
passion et des bienfaits de l’amour sincère.
Anna, l’héroïne, flamboyante femme du monde affublée d’un mari
ennuyeux au possible, connait ses véritables premières joies amoureuses
avec le jeune Alexis Vronski, ce qui la conduira à sa perte. La jeune
mondaine admirée de tous perdra son fils, sa distinction et sa foi en
l’amour.
La bande annonce du film "Anna Karénine", dans le salles depuis le 5 décembre 2012
Le cinéma vu sous un angle théâtral : une affaire qui marche
Joe Wright, le cinéaste a choisi ici un parti pris "théâtral" : la
plupart des scènes sont tournées en huis clos dans un vieux théâtre
habillé pour l’occasion.
Si ce choix esthétique parvient à dérouter le
spectateur dans les premières minutes, on finit par s’y habituer.
Parfois nous en sommes charmés, d'autres fois beaucoup moins.
Lorsqu’une petite troupe de bureaucrates ou de serveurs effectue une
chorégraphie collective et millimétrée, le burlesque reprend ses droits,
même très efficacement.
De même, lorsque l’hippodrome pénètre le théâtre, que les chevaux
envahissent la scène et que le public mondain devient le véritable
spectacle, cela parvient à produire quelques étincelles.
Malheureusement, quand l’amour spirituel du jeune et réfléchi
Constantin Dmitriévitch Lévine pour Kitty, sa femme, se métaphorise dans
un décor kitchissime en carton-pâte de nuages et d’anges dans ciel,
on
frôle le ridicule.
Heureusement, les échappées de la mise en scène à l’extérieur, dans
la campagne enneigée ou ensoleillée, permettent d’aérer le cadre,
qui
est parfois un peu étouffant.
Une héroïne évanescente pour un casting mitigé
Pour ce qui est du casting, il convient de rappeler que de nombreuses
actrices se sont frottées au personnage mythique d’Anna Karénine :
Greta Garbo à deux reprises,
Vivian Leigh,
Jacqueline Bisset ou encore
Sophie Marceau.
Joe Wright, le réalisateur de l’assez poétique
"Orgueil et Préjugés" et du très nominé
"Reviens-moi" (
6 nominations aux Oscars, 6 aux Golden-Globes …) a choisi ici de confier le rôle à
Keira Knightley.
Un choix qui semblait assez risqué : dans l’œuvre de Tolstoï, Anna
Karénine est grande, voluptueuse, charismatique… Du coup il était
difficile d’imaginer les traits fins de la frêle et pâle Anglaise pour
l’incarner.
Mais passées les premières minutes
où la jeune comédienne nous
inflige ses simagrées épileptiques, elle
se reprend et parvient à
modérer son jeu, sans jamais transcender le rôle pour autant. Sa
présence, aidée par les costumes d’époque, devient plus évidente au fil
des scènes, mais n’est jamais réellement époustouflante. Les scènes
d’intimité avec le jeune Vronski sont souvent peu convaincantes,
elles
prêtent même parfois à sourire.
Pour lui donner la réplique, en jeune séducteur chevronné,
Aaron Johnson joue de son charme avec aisance, mais s’avère un peu faiblard dans les moments d’émotion.
Jude Law,
qui incarne le mari d’Anna, joue parfaitement le rôle de cet homme
dépassé par les évènements cherchant à tout prix à maintenir sa rigueur
morale irréprochable.
Le couple Kitty et Levine, symbole de pureté et d’amour sincère, est interprété avec grâce par
Alexia Vikander (que l’on a vue dans
Royal Affair) et
Domhnall Gleeson (connu pour son rôle de Bill Weasley dans les films "Harry Potter").
Dans l’ensemble, la distribution est convaincante,
seule Keira
Knightley ne semble pas avoir les épaules pour incarner cette femme
fatale.
Bon sur le fond, à travailler sur la forme
La superficialité grisante de la haute société russe de l’époque parvient parfois jusqu’à nous, dans ce sillage de robes tourbillonnantes, de bulles de champagnes effervescentes, et de légèreté assumée. Mais sous le vernis brillant, se cache l’ennui conjugal, la force des sentiments, et la solitude liée à la pression conformiste, décrits brillamment par l’auteur, mais traités souvent sans grande profondeur dans cette adaptation.
Le film "Anna Karénine" se joue dans un théâtre où tous les artifices se mêlent pour dénoncer la mascarade des mondanités et le fard de l’amour passionnel.
Une adaptation qui, sous couvert d’audace, s’écarte parfois
vers des sentiers un peu douteux. L’ambition d’innovation esthétique est à saluer, malgré quelques maladresses. Cela donne un pot-pourri des plus troublants,
souvent trop odorant et sirupeux à mon goût, parfois léger et fleuri, et, à quelques rares instants, profond et envoûtant.