"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

mercredi 30 octobre 2013

"Nue"
J.-P. Toussaint
Les éditions de Minuit


Impossible pour moi de manquer la sortie de ce quatrième roman de la facétieuse histoire de Marie et son compagnon, narrateur sous la plume de Jean-Philippe Toussaint. Je n'avais, en revanche, pas réalisé que la publication de cette tétralogie s'étalait déjà sur dix ans...

Une élégante présentation du roman sur le site de Telerama (ici), avec une allusion aux Fragments d'un discours amoureux de Barthes.

Puis un extrait de la quatrième de couverture, publiée sur le site de l'éditeur (sur lequel on trouvera également une courte vidéo d'une interview de l'auteur) :
Nue est le quatrième et dernier volet de l'ensemble romanesque MARIE MADELEINE MARGUERITE DE MONTALTE, qui retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur : Faire l’amour, hiver (2002) ; Fuir, été (2005) ; La Vérité sur Marie, printemps-été (2009) ; Nue, automne-hiver (2013).

Un extrait choisi, pp. 58--59 :

Accroupi sur le toit, penché sur le hublot, j'essayais de reconnaître Marie dans cette foule lointaine qui évoluait en dessous de moi. Le bruit des conversations me parvenait étouffé par l'épaisseur du vitrage, et je m'interrogeais sur la nature de la réalité que j'avais sous les yeux. Je ne savais quelle valeur accorder à ce réel ankylosé qui m'apparaissait comme à travers un voile cotonneux, cette réalité ouatée qui avait quelque chose d'une projection en trois dimensions d'une scène issue d'un passé aboli, comme une de ces scènes engourdies qui aurait été engendrée par la machine de Morel dans la nouvelle de Bioy Casares, un monde proche et inatteignable, sur lequel je n'avais aucune prise, avec lequel je ne pouvais pas interagir, les personnages semblant évoluer non pas dans le présent mais dans un passé déjà révolu, dans des sortes de limbes --- avant la naissance, après la mort. J'avais déjà éprouvé ce sentiment d'écartèlement pendant un rêve, ou une lecture, de me trouver à la fois ici physiquement, et là-bas en pensées, dans le souvenir ou la réactivation du passé, et parfois même dans un ailleurs imaginaire, non pas vécu et reconstitué, mais simplement inventé, dans un monde idéal, façonné à ma main, peuplé de chimères et parsemé de paysages mentaux éclairés par mes soins. (...)


Petites remarques personnelles :

Bien que replongée dans cet univers particulier dès la première ligne du roman grâce au style incisif de l'auteur et à la persistance des personnages dans ma mémoire, j'ai un peu moins apprécié le défilement de cette histoire : j'attendais un événement marquant concernant le rapport entre les deux protagonistes, d'autant que cet ouvrage est le dernier de la tétralogie. Alors j'ai lu patiemment... et finalement ai trouvé les dernières pages inattendues, tout aussi rebondissantes que les précédents tomes.

Pour plus d'information sur L'Invention de Morel, de Bioy Casares, que je ne connaissais pas, je conseille de se reporter ici...

mardi 3 septembre 2013

Le Château de Marly
par Pierre-Denis Martin en 1724,
illustration de l'article Wikipedia
Le Nôtre à Marly-le-Roi


Une nouvelle bibliographie de Le Nôtre ici ; le château de Marly-le-Roi (entièrement disparu aujourd'hui) a été une des dernières collaborations entre le paysagiste et Louis XIV.


Selon Wikipédia (ici) :
Le Nôtre entre en 1681 à l'Académie royale d'architecture. Il intervient dans l'aménagement des jardins du château de Meudon pour Louvois en 1679-1691 et participe aux aménagements du château de Marly-le-Roi, dernière résidence voulue par Louis XIV, en 1692. Il est cependant agacé par les velléités du Roi-Soleil à vouloir concevoir ses propres jardins. Il cesse donc de travailler pour ce dernier tout en lui offrant ses plus belles œuvres d'art en 1693.

Selon la brochure L'été Le Nôtre en Ile-de-France, 9 jardins revisités, voici les 9 grands chantiers de Le Nôtre :
  • 1645-1646, 1660-1664 puis 1684-1685, chantier de Fontainebleau (commanditaire : Louis XIV)
  • 1652-1661, chantier de Vaux-le-Vicomte (commanditaire : Nicolas Fouquet)
  • 1662-1689, chantier de Chantilly (commanditaire : Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé)
  • 1663-1674, chantier de Saint-Germain-en-Laye (commanditaire : Louis XIV)
  • 1663-1693, chantier de Versailles (commanditaire : Louis XIV)
  • 1665-1698, chantier de Saint-Cloud (commanditaire : Monsieur, frère du roi)
  • 1666-1679, chantier des Tuileries et des Champs-Élysées (commanditaire : Louis XIV)
  • 1670-1690, chantier de Sceaux (commanditaires Jean-Baptiste Colbert puis le marquis de Seigneley)
  • à partir de 1680, chantier de Meudon (commanditaires : Louvois puis le Grand Dauphin) 


Petit résumé des posts sur le sujet (cliquer sur chaque couverture permet d'ouvrir l'article concerné).



Domaine de Sceaux
Domaine de Sceaux
Domaine de Versailles


Domaine de Chantilly
Domaine de Fontainebleau


Domaine de Meudon
Domaine de Saint-Cloud


Domaine de Vaux-le-Vicomte
Domaine de Maintenon

samedi 31 août 2013

La grande cascade (ici)
Le Nôtre 
et le Domaine national de Saint-Cloud


Lien vers le PDF consacré au quatre centième anniversaire de Le Nôtre ici. Le jardin, de 460 ha, clos de murs et de grilles, est classé comme Monument Historique (durée de la visite environ 1h30 en accès libre). Sa configuration très pentue et accidentée permettra à Le Nôtre d'y concevoir de très belles perspectives.

Prochaines manifestations cette année (ici) :

Le grand feu – 7 septembre : Le plus grand feu d’Europe est un spectacle unique au monde où le feu d’artifice est la seule et unique vedette en scène pendant plus de 100 minutes. Après quatre années de succès sans cesse grandissant, cette cinquième édition raconte l’histoire de Le Nôtre au domaine et présente à cette occasion des pièces artistiques inédites dignes des fêtes royales des XVIIe et XVIIIe siècles.

les journées européennes du patrimoine – 14 et 15 septembre : Visites, ateliers et démonstrations sont proposés dans les jardins du domaine national de Saint-Cloud pendant tout le week-end sur la thématique nationale :1913-2013, cent ans de protection.

Vidéo datant de 2000 (tricentenaire de la mort de Le Nôtre) sur le site de l'INA :



Gravure trouvée sur Wikipédia :

Le château de Saint-Cloud au XVIIe s. (ici)

mercredi 28 août 2013

La violence morale au quotidien
Des maux sans bleus
Des mots qui tuent
Association AJC
Éditions J. Lyon (via Guy Trédaniel)



Le texte de la 4e de couverture se trouve ici.
Lien facebook vers l'association AJC ici. Leur objet :
L'association ajc lutte contre la violence morale intrafamiliale. Elle assure accueil et accompagnement des victimes de cette forme de violence familiale insidieuse, invisible et d'autant plus dangereuse.L'association milite aussi !
Interview de la présidente de l'association ici ou dans la vidéo ci-dessous :



Comme je n'ai pas trouvé d'avis d'internautes, et que je n'ai pas encore eu le temps de lire entièrement cet ouvrage, je recopie dans un premier temps la préface qui m'apparait tout à fait concise, scientifique, pas du tout moralisatrice ni paternaliste comme certains autres textes sur le sujet :

Invisible et puissante, la violence morale parfume la vie quotidienne des familles qui en souffrent. Toute maltraitance prend racine dans un contexte de violence psychologique, laquelle favorise des passages à l'acte plus spectaculaires et donc repérables pour l'extérieur.

Les malveillances « visibles » n'apparaissent pas un jour dans des familles bien traitantes ; elles prennent forme dans des contextes préalables de dénigrements, de dévalorisations, d'isolement affectif, d'inversions des responsabilités et d'abus de pouvoir.
Ainsi, la violence morale est la colonne vertébrale des autres formes de violences intrafamiliales.
C'est souvent cette forme de violence qui reste imprégnée dans la mémoire des victimes. Nombreuses sont celles qui confient que ce qui faisait le plus mal n'était pas les coups, mais plutôt les insultes, les dévalorisations et les dénigrements qui les accompagnaient.

La violence morale érode la confiance en soi. Elle attaque les ressources d'amour propre. De cette façon, elle fragilise encore ces victimes à subir de nouvelles violences.
Car quand on a été amené à croire qu'on ne vaut pas mieux, on accepte la violence comme normale.
Quand on est convaincu qu'on ne mérite pas plus, on arrive à croire qu'on a provoqué l'autre à nous maltraiter.
Quand on est démoli et fragilisé, on donne une image de soi négative qui amplifie les violences de nouveau : plus le sujet est fragile, plus facile il devient de le sadiser... Nous nous souvenons tous de ce principe bien appris dans la cour de l'école.
Mais à la différence de la cour de récréation où les enfants peuvent faire appel à un tiers pour les protéger, la violence morale intrafamiliale crée un fossé autour de ses victimes.
Isolées par les violences, souffrant de la honte, convaincues par l'auteur des violences qu'elles sont en faute, appeler un tiers pour venir en aide devient impensable chez la victime. La société scelle cette dynamique en pointant la victime du doigt : elle aurait participé à la construction de ces violences, elle serait une provocatrice passive, elle a une faille narcissique qui s'exprime de façon masochiste... Autant de constructions théoriques qui oublient l'aspect central  de la violence psychologique : le double lien.

Le double lien, concept développé par Bateson dans ses observations de familles dysfonctionnelles il y a 50 ans, offre un outil d'analyse des dynamiques opaques qui caractérisent les rapports maltraitants. Une relation devient paradoxale quand les communications concernant des aspects relationnels primordiaux sont simultanément contradictoires.
La violence psychologique est un phénomène paradoxal car la personne censée être un pôle de sécurité et de stabilité affective pour l'autre se trouve être la même personne qui lui infuse un sentiment de mal-être et de souffrance. Ce lien relationnel, qui peut être défini comme un attachement pathologique, laisse la victime assoiffée d'affection. Ainsi, la violence morale emprisonne les victimes dans une dépendance psychique sur la même personne qui les a affamées d'un point de vue affectif. Cette emprise ne peut être rompue qu'en puisant des ressources ailleurs, dans des relations qui sont « bien traitantes ».

Et voilà pourquoi le travail des professionnels et des associations ainsi que l'attitude de la société dont ils sont les représentants devient si important : sans le soutien d'autrui, sans validation que ce qui est vécu est une manifestation de la violence, sans un début de réparation de l'estime de soi, rompre l'emprise qui caractérise la violence morale devient une tâche immense, tâche très lourde sur les épaules de quelqu'un déjà affaibli par la violence à l'intérieur d'une cellule familiale défaillante dans sa fonction de bienveillance et de protection.
Le positionnement éclairé et valorisant des personnes capables de porter leur soutien se révèle vital pour rompre le cycle de la violence.


Karen Sadlier
Docteur en psychologie clinique et psychopathologie


dimanche 25 août 2013

Le château de Fontainebleau (copyright ici)
Le Nôtre à Fontainebleau

Un reportage diffusé sur TF1 sur les jardins du domaine de Fontainebleau (ici) : le jardin de Diane, le jardin anglais (tous deux modifiés au XIXe s.) et le Grand Parterre, créé entre 1660 et 1664 par Le Nôtre et Louis le Vau. Un très élégant blog consacré au jardinier de Louis XIV (ici).


Dessin des jardins de Fontainebleau (copyright ici)




jeudi 22 août 2013

En Vie alive
Aux frontières du design
Exposition (entrée libre)
Fondation EDF
6 rue Récamier, Paris 7e
26 avril -- 1er septembre 2013




L'extrait ci-dessous du dossier de presse est, à mon sens, une bonne présentation des diverses expériences à observer dans cette exposition très riche. On y trouve des applications de la biotechnologie dans le domaine de la santé (détection de maladies, hygiène), de l'industrie textile (nouveaux tissus et dentelles), du bâtiment (nouveaux outils, matériaux de construction), de la mode (bijoux, décoration et chaussures). Une partie est consacrée aux dérives et dangers possibles. Quelques courts métrages sont présentés au sous-sol, ils reprennent de manière plus ou moins plaisante des expériences en cours ou projetées (ou fantasmées) pour 2050 ou 2080.
S’inspirer de la nature n’a rien de nouveau. Mais il y a deux façons de le faire. La première est motivée par des préoccupations esthétiques. Nombreux sont les artistes et designers qui célèbrent les formes de la nature, ses couleurs et ses textures en l’abordant par sa plastique. Une autre approche, plus méthodique, consiste à se tourner vers la nature pour y trouver des solutions d’ingénierie. Les projets présentés ici sont concernés par cette dernière. Ils tentent d’imiter la nature pour résoudre des problèmes spécifiques, ou pour développer de nouveaux modèles de production et d’interaction inspirés par le monde naturel et ses mécaniques.
Que pouvons-nous apprendre de la façon dont une pomme de pin s’ouvre et se referme lorsque le taux d’humidité change ? Comment pouvons-nous développer de nouveaux outils numériques pour l’architecture en s’inspirant de la pousse d’une feuille qui grandit, cellule par cellule, avec un minimum de matière et d’énergie ? C’est ce que nous appelons le biomimétisme ou la bionique : déchiffrer les solutions trouvées par la nature qui, elle, bénéficie de 3,8 milliards d’années d’évolution et de ‘recherche’, afin de les adapter à des problèmes d’ingénierie contemporains.

Quelques illustrations de ce qu'on peut y voir.

Philip Beesley, radiant soil, 2013 : Cette installation spectaculaire est constituée de capteurs tactiles, qui déclenchent des mouvements de respiration, de caresse et de déglutition en fonction de la présence des visiteurs (cf. dossier de presse).


Imiter le comportement réactif d'une pomme de pin : Les textiles et surfaces intelligentes d’Elaine NgYan Ling imitent les mouvements de la pomme de pin : des grappes de fleurs en tissu bougent, des panneaux de bois délicatement sculptés se dilatent et se contractent en fonction des taux d’humidité et des variations de température (cf. dossier de presse).


Concilier la science et l’architecture pour développer des habitats durables et organiques, c’est la vision de Mitchell Joachim qui  propose de laisser tomber la construction traditionnelle et de faire pousser la maison du futur. Une structure préfabriquée et  customisée serait greffée sur un arbre pour qu’elle pousse avec lui (cf. dossier de presse).


Récolter l'énergie : l'énergie renouvelable produite grâce à la photosynthèse de ces mousses ou algues présentes sur une table permet d'alimenter une lampe de chevet ou un réveil numérique. Biophotovoltaic Moss Table, Carlos Peralta, Paolo Bombelli and Alex Driver, 2011.

lundi 19 août 2013

Le parterre de l'Orangerie aujourd'hui
(Julien Berkovitch/Ville de Meudon)
Le Nôtre à Meudon

A Meudon, outre la maison de Rodin (ici et ici), subsistent quelques vestiges des jardins d'André Le Nôtre.

Lu sur le site officiel de la ville (ici) :
La perspective que nous connaissons aujourd’hui n’est encore alors qu’à l’état d’ébauche. Cette fois, Le Nôtre pourra terminer ce qu’il a commencé. Meudon devient son laboratoire. Là, le jardinier teste, expérimente, joue avec les règles d’optique et nos sens. De loin tel bassin paraît carré alors qu’il est en fait rectangulaire par quelque miracle de perspective. Le résultat est saisissant et les visiteurs s’y laisseront surprendre : tel un axe de symétrie qu’on aurait tracé à la règle, la grande allée centrale vient délimiter deux jardins, l’un haut, au niveau de l’actuel Observatoire, l’autre sur le terrain de l’ONERA. Fidèle à sa marque de fabrique, le jardinier s’adapte au terrain, et non le contraire.

Manière de montrer Meudon : quatre pages manuscrites du Roi soleil à l'attention du Dauphin (ici).

Lu sur le même site (ici) :
A 80 ans, Le Nôtre se retire. Son immortalité, il l’a gagné avec ses jardins. S’il a travaillé avec les plus grands, ils ne sont jamais montré aussi généreux que lui en n’honorant pas leurs créances. Ses derniers jours sont consacrés à la marche, à la prière et au calcul. Son immense fortune ira à son neveu Claude Desgots mais il ne laisse aux historiens ni journal, ni mémoires que ses jardins.

Pour plus d'information sur les domaines de Sceaux, Saint-Cloud et Meudon, vous pouvez consulter ici la revue Vallée de la culture n°7, pp. 12--32  (et aussi à partir de la page 36, un article sur Rodin à Meudon). Bonne lecture (mais il faut, de préférence, un grand écran) !


Vue perspective de la grotte du château de Meudon
(C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles)
trouvée ici