"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

lundi 7 janvier 2013

Virata
in Le chandelier enterré
Stefan Zweig


Extrait p. 194 Du haut de l'escalier couleur de rose, à l'ombre du palais, Virata rendit désormais la justice au nom du roi, du lever du soleil à son coucher. Sa parole était semblable à une balance qui oscille longtemps avant de mesurer un poids ; son regard incisif sondait l'âme du coupable et ses questions pénétraient avec persévérance dans la profondeur des crimes comme un blaireau fouille la profondeur de la terre. Sévère était sa sentence, mais il ne la rendait jamais dans la même journée, laissant toujours entre l'interrogatoire et la condamnation le froid intervalle de la nuit : pendant les longues heures qui vont jusqu'au lever du soleil les siens l'entendaient alors marcher, sans répit, sur la terrasse de sa maison, en train de méditer sur le juste et l'injuste, et, avant de rendre son jugement il plongeait dans l'eau les mains et le front, afin qu'il fût pur de la fièvre de la passion. Et toujours, lorsqu'il l'avait prononcé, il demandait au condamné ce qu'il en pensait ; mais il était très rare que quelqu'un y trouvât à redire ; le coupable baisait en silence le bas de l'escalier et, la tête inclinée, acceptait la peine, comme si elle venait de la divinité.

dimanche 6 janvier 2013

M'enfin ?!
Exposition Franquin
Paris 4e

Présentation de l'exposition (extraite du blog officiel) :

Plus d’une centaine de dessins invitent à (re)découvrir l’univers de Franquin, dessinateur de génie comptant parmi les plus grands auteurs de bande dessinée francophone.
L’exposition présente des dessins incontournables produits pour les séries Spirou et Fantasio, Gaston, Modeste et Pompon, Le Trombone illustré et les Idées noires. Elle révèle aussi des aspects moins connus de son œuvre, notamment à travers la présentation d’une sélection de croquis, d’autoportraits, de pastels et de fusains illustrant des recherches plus expérimentales.
Dans ce monde imaginaire, fortement imprégné par la modernité de son époque, évoluent Gaston, l’employé de bureau rebelle, décalé, oisif et créatif, Mademoiselle Jeanne, l’héroïque et languissante assistante, le fragile et conformiste Fantasio, Monsieur De Mesmaeker et ses contrats sans cesse déchirés…

Dossier de presse ici.





samedi 5 janvier 2013

Autres photos ici.
Le cauchemar de Darwin


Selon wikipedia (ici) :

En s'appuyant sur sa théorie de l'évolution, Charles Darwin ne comprenait pas l'existence des paons. En effet, d'après les théories de Darwin, un tel animal, très voyant, aux couleurs extravagantes, aux cris si aisément reconnaissables et perceptibles, et courant aussi lentement, aurait dû disparaître depuis longtemps parce qu'il était mal adapté à son environnement. Charles Darwin disait lui-même que les paons étaient son cauchemar.


N.B. : Personnellement, j'aime bien l'idée de la roue comme outil de séduction...

Photo du 31 décembre 2012, Paris.

Photo du 31 décembre 2012, Paris.

vendredi 4 janvier 2013

Physique des arcs-en-ciel, ici.
Rachel contre Dieu (légende)
in Le chandelier enterré
Stefan Zweig


Extrait

p. 182 Cependant les hommes, en bas, sur la terre, éternellement étrangers aux voies de Dieu, ne soupçonnaient rien de ce qui se déroulait là-haut. Enveloppés dans leurs suaires, ils inclinaient tristement le front vers le sol. Tout à coup, les uns après les autres, ils crurent sentir passer au-dessus de leurs têtes comme un vent printanier. Encore pleins d'incertitude, ils levèrent les yeux  et furent émerveillés. Sur la muraille lézardée des nuages venait  de se dessiner un magnifique arc-en-ciel qui allait porter à leur mère Rachel, dans les sept couleurs de sa lumière, l'annonce de leur réconciliation avec Dieu.

jeudi 3 janvier 2013

Le chandelier enterré
Stefan Zweig
Les cahiers rouges
Éditions Grasset


Quatrième de couverture :

Ce recueil de nouvelles permet d'appréhender le talent complexe de Stefan Zweig : on y trouve à la fois le conteur, l'historien et le penseur. Ces trois récits exhalent la même inspiration mystique, qu'ils soient tirés de la tradition juive ou de la légende des Indes mystérieuses. Les préoccupations humanistes du grand écrivain autrichien sont au cœur de ces contes, sans rien ôter de leur merveilleux ni de leur séduction.


Une consultation partielle ici.


Extrait, p. 65--66   :

Benjamin ne comprenait pas les paroles qu'il entendait. Mais il ressentait jusqu'au fond du cœur la souffrance des autres et il devinait qu'il se commettait là une injustice. Une colère enfantine s'empara de lui. Sans savoir ce qu'il faisait, il se libéra de l'étreinte du rabbin et s'élança à la poursuite du noir qui s'engageait précisément sur la passerelle en chancelant sous sa pesante charge. Non, il ne fallait pas que cet étranger emportât le chandelier ! Sans réfléchir, il se rua sur le colosse pour lui arracher sa proie.
L’esclave, lourdement chargé, vacilla sous ce choc inattendu. Ce n'était qu'un enfant qui s'accrochait à lui, certes, mais comme il avait déjà de la peine à garder son équilibre sur cette planche étroite et oscillante il bascula dans le vide et tomba en entraînant Benjamin avec lui. En même temps le candélabre lui échappa et s'abattit pesamment sur le bras du jeune assaillant qui éprouva une douleur atroce (...)

***

Ma petite bibliographie personnelle (cliquer sur chaque couverture permet d'ouvrir le post concerné).

















mercredi 2 janvier 2013

Marionnettiste


Mais dis-moi tout
Marionnettiste
J'ai des ficelles à mon destin
Tu me fais faire des tours de piste
Mais où je vais je n'en sais rien

Mais dis-moi tout
Marionnettiste
Mon cœur de bois soudain s'inquiète
Que fais-tu donc de tes artistes
Après la fête?

Paroles et chanson de Pierre Bachelet (ici)








mardi 1 janvier 2013











Qu'est-ce que ça veut dire, « penser à quelqu'un » ? Ça veut dire : l'oublier (sans oubli, pas de vie possible) et se réveiller souvent de cet oubli. Beaucoup de choses, par association, te ramènent dans mon discours. « Penser à toi » ne veut rien dire d'autre que cette métonymie. Car, en soi, cette pensée est vide : je ne te pense pas, simplement, je te fais revenir (à proportion même que je t'oublie). C'est cette forme (ce rythme) que j'appelle « pensée » : je n'ai rien à te dire, sinon que ce rien, c'est à toi que je le dis :
« Pourquoi j'ai de nouveau recours à l'écriture ?
Il ne faut pas, chérie, poser de question si nette,
Car, en vérité, je n'ai rien à te dire ;
Tes chères mains toutefois recevront ce billet. »
 Fragments d'un discours amoureux
La lettre d'amour
Roland Barthes