Virata
in Le chandelier enterré
Stefan Zweig
Extrait p. 194 Du haut de l'escalier couleur de rose, à l'ombre du palais, Virata rendit désormais la justice au nom du roi, du lever du soleil à son coucher. Sa parole était semblable à une balance qui oscille longtemps avant de mesurer un poids ; son regard incisif sondait l'âme du coupable et ses questions pénétraient avec persévérance dans la profondeur des crimes comme un blaireau fouille la profondeur de la terre. Sévère était sa sentence, mais il ne la rendait jamais dans la même journée, laissant toujours entre l'interrogatoire et la condamnation le froid intervalle de la nuit : pendant les longues heures qui vont jusqu'au lever du soleil les siens l'entendaient alors marcher, sans répit, sur la terrasse de sa maison, en train de méditer sur le juste et l'injuste, et, avant de rendre son jugement il plongeait dans l'eau les mains et le front, afin qu'il fût pur de la fièvre de la passion. Et toujours, lorsqu'il l'avait prononcé, il demandait au condamné ce qu'il en pensait ; mais il était très rare que quelqu'un y trouvât à redire ; le coupable baisait en silence le bas de l'escalier et, la tête inclinée, acceptait la peine, comme si elle venait de la divinité.

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