"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

mercredi 9 janvier 2013

Lettre de Sarah Bernhard (ici).
Clarissa
Éditions Belfond
Stefan Zweig
(partie 2/2)


Extrait 

1919. Novembre et décembre 1918 arrivèrent, puis janvier 1919. Elle se concentrait sur sa lettre. Elle avait pensé à tout ce qu'elle devait écrire. En tout cas au fond d'elle-même. Elle se demandait : « M'a-t-il oubliée ? Vit-il à nouveau avec sa femme ? Est-il tombé à la guerre ? » Elle n'avait pas le courage de répondre à ces questions. Elle écrivit une ligne. Elle se sentait seule. Elle rédigea une carte postale qui resta sans réponse : Brancoric avait disparu. En Turquie, où il traitait des affaires quelconques. Il demeurait introuvable. Elle était vraiment seule. Les soirées commencèrent à lui sembler longues. Il ne lui restait plus que son fils. Il fallait que cet enfant représentât désormais tout à ses yeux, même s'il lui en coûtait. Quelle joie elle aurait si elle pouvait voir Léonard embrasser son enfant ! Les nuits d'hiver étaient froides. Il n'y avait pas de charbon, pas d'éclairage dans les rues. Elle ne pouvait pas aller voir son père. Il y avait bien de l'argent, mais on ne pouvait plus rien acheter. L'enfant avait besoin de manger ; d'une façon ou d'une autre, elle parvenait toujours à lui trouver quelque chose. Le pire, c'était la solitude.


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