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| Lettre de Sarah Bernhard (ici). |
Éditions Belfond
Stefan Zweig
(partie 2/2)
Extrait
1919. Novembre et décembre 1918 arrivèrent, puis janvier 1919. Elle se concentrait sur sa lettre. Elle avait pensé à tout ce qu'elle devait écrire. En tout cas au fond d'elle-même. Elle se demandait : « M'a-t-il oubliée ? Vit-il à nouveau avec sa femme ? Est-il tombé à la guerre ? » Elle n'avait pas le courage de répondre à ces questions. Elle écrivit une ligne. Elle se sentait seule. Elle rédigea une carte postale qui resta sans réponse : Brancoric avait disparu. En Turquie, où il traitait des affaires quelconques. Il demeurait introuvable. Elle était vraiment seule. Les soirées commencèrent à lui sembler longues. Il ne lui restait plus que son fils. Il fallait que cet enfant représentât désormais tout à ses yeux, même s'il lui en coûtait. Quelle joie elle aurait si elle pouvait voir Léonard embrasser son enfant ! Les nuits d'hiver étaient froides. Il n'y avait pas de charbon, pas d'éclairage dans les rues. Elle ne pouvait pas aller voir son père. Il y avait bien de l'argent, mais on ne pouvait plus rien acheter. L'enfant avait besoin de manger ; d'une façon ou d'une autre, elle parvenait toujours à lui trouver quelque chose. Le pire, c'était la solitude.

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