"Le joueur d'échec"
Stefan Zweig
Livre de Poche
(partie 2/2)
Extrait p. 60--61 Mes yeux buvaient tous ces détails stupides et insignifiants, ils s'en repaissaient et s'en délectaient avec une passion que je ne puis exprimer par des mots. Et soudain, ils s'arrêtèrent net. J'avais découvert quelque chose qui gonflait sur le côté de la poche de l'un des manteaux. Je m'approchai et crus reconnaître, à travers l'étoffe tendue, le format rectangulaire d'un livre. Un livre ! Mes genoux se mirent à trembler : un livre ! Il y avait quatre mois que je n'en avais pas tenu un dans ma main, et sa simple représentation m'éblouissait. Un livre dans lequel je verrais des mots alignés les uns à côté des autres, des lignes, des pages, des feuillets que je pourrais tourner. Un livre où je pourrais suivre d'autres pensées, des pensées neuves qui me détourneraient de la mienne, et que je pourrais garder dans ma tête, quelle trouvaille enivrante et calmante à la fois ! Mes regards se fixaient, hypnotisés, sur cette poche gonflée où se dessinait la forme du livre, ils étaient aussi brûlants en regardant cet endroit banal, que s'ils voulaient faire un trou dans le manteau. Je n'y tins plus, et sans le vouloir, je m'approchai encore. A la seule idée de palper un livre, fût-ce à travers une étoffe, les doigts me brûlaient jusqu'au bout des ongles. Presque sans le savoir, je me rapprochais toujours davantage (...)

Linn Ullmann :
RépondreSupprimer- "Les livres sont ma maison..."
Merci pour cette citation (elle m'a permis de retrouver la mappemonde, sur vos pages : très belle illustration).
SupprimerAh, si seulement tous les hommes avaient une telle passion pour les livres, le monde serait sauvé (et j'ouvrirais une librairie).
RépondreSupprimerEt oui : trop beau pour être vrai !
Supprimer(J'aurais bien aimé tenir une papeterie ; mais ce ne sont plus des métiers vraiment "porteurs" comme on dit.)