"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

lundi 28 janvier 2013

Les arbres du songe, Davood Emdadian (ici)
(impossible de retrouver l'illustration de la couverture)
Aloïs ou la nuit devant nous
Louise L. Lambrichs


Extrait p. 68--69. Misère. Pourquoi cet homme vient-il systématiquement toucher en moi les points les plus sensibles ? Y aurait-il en chacun de nous une carte de la douleur comme les précieuses avaient imaginé une carte du Tendre ? un dédale intérieur semé de calvaires et d'impasses, un tracé des chemins de souffrance ? Ce n'est pas de cela pourtant que je voudrais parler maintenant, ce que j'aimerais lui faire partager n'est pas de la souffrance mais du plaisir, ce plaisir précis qu'évoquait Héloïse jusque dans les pires moments et que je comprenais si bien, cette infinie douceur de se sentir avec un autre en pleine harmonie, partageant les mêmes vues les mêmes goûts, cette volupté tendre et ravageuse, à la fois excitante et vertigineuse qui fait qu'on tremble de se perdre et qu'à se trouver, unis et pourtant différents, on se sent défaillir. Car c'est ce plaisir là que j'avais entendu dans ses paroles et dont elle m'avait peu à peu contaminé, ce plaisir dont, Louise perdue, Aloïs était devenu pour moi l'objet ou le prétexte, je ne sais trop, mais que j'avais reconnu comme une expérience intime, tissant ma chair depuis toujours.

2 commentaires:

  1. Interview de l'auteur à propos de ce roman :
    - "L'écrivain a-t-il une place à part?
    - Je ne sais pas. J'ai varié sur ce plan. Beaucoup pourraient écrire ou créer s'ils avaient été autorisés à le faire. D'après ce que l'on sait, l'homme est un animal qui n'est pas fini, ce qui lui donne la possibilité de créer. Non seulement une possibilité, mais je pense que c'est vital. Il y a une grande souffrance pour les gens chez qui on étouffe cela - et il y a beaucoup de stratégies pour y parvenir. Alors, on s'arrange plus ou moins. Mais de temps en temps, la prison éclate."
    (La Libre Belgique, 19 mars 2002).

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    1. J'ai beaucoup aimé ce roman, il relate une sorte de quête intérieure, une rencontre providentielle, une histoire de lâcher prise inquiétante mais bénéfique. Je l'ai trouvé très instructif.

      A la fin du livre, l'auteure intervient pour se justifier sur un certain nombre de points et elle écrit :

      Cette "exquise inquiétude", qui persiste tout le temps de l'écriture, m'est toujours apparue comme le signe de la légitimité de mon travail. Parce qu'un roman auquel je m'attellerais par devoir ou volontarisme, qui ne mobiliserait pas en moi cette curiosité anxieuse et passionnée, cette insatiable curiosité que l'on éprouve à élaborer et mettre en forme quelque chose qui à la fois vous obsède, vous habite et vous échappe (mise en forme qui s'accompagne d'autant de pannes et de fausses routes que de petits bonheurs et découvertes partielles infiniment réjouissantes), n'aurait à mes yeux aucune raison d'être.

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