"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

samedi 8 septembre 2012


"Pensées --- Extraits"
Blaise Pascal
Richard Lempereur
Éditions alternatives
ISBN 2-86227-440-2




Un élément de biographie

p. 78 Né en 1957, Richard Lempereur découvre la calligraphie en 1977 aux arts décoratifs de Strasbourg. Directeur artistique pendant vingt ans dans la publicité, la presse et l'édition, il s'installe comme calligraphe en Bretagne à Bécherel* en 1998. Il partage son temps entre l'enseignement de la calligraphie et son travail personnel qu'il expose en France et à l'étranger. Il a souhaité illustrer les Pensées pour rendre compte à sa façon, des perpétuels tiraillements et contradictions qui fondent, selon Pascal, la nature de l'homme.


Extrait :

p.31 La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme, qu'un goujat, un marmiton, un crocheteur se vante, et veut avoir ses admirateurs. Et les philosophes même en veulent. Ceux qui écrivent contre la gloire, veulent la gloire d'avoir bien écrit ; et ceux qui le lisent, veulent avoir la gloire de l'avoir lu ; et moi qui écris ceci, j'ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le liront l'auront aussi.

***

*Pour plus d'infos sur la ville, voir ici et là aussi. Ce petit livre étant richement illustré, j'aurais pu présenter chacune des pages ; mais je me contenterai d'une seule pensée et de quelques photos (floues mais je m'en suis rendue compte trop tard !)




vendredi 7 septembre 2012

Comme une carte postale mais il lui manquait juste le timbre

Le tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte Célérier.
Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir d’accueillir ici Dominique Hasselmann, tandis qu’il me reçoit sur son blog Le Tourne-à-gauche.

***

S’envoyer chacun une photo et « broder » à partir d’elle : à moi de jouer avec celle de la rue de la Gaité à Paris (14e) que j’ai reçue samedi dernier de votre part, chère Claire – comme une carte postale mais il lui manquait juste le timbre.

La Comédie italienne, je n’y suis jamais entré, dans ce petit théâtre, je me méfiais toujours de Goldoni, qui tenait ici l’affiche depuis des années (un peu l’équivalent de Ionesco avec sa Cantatrice chauve au Quartier latin). A chaque fois, je pensais à la Comedia de l’Arte mais immédiatement je voyais la chaîne de télé franco-allemande et un autre genre de culture.

Pourtant, les acteurs italiens ont un sacré répondant – même s’il est difficile d’atteindre le talent d’un Berlusconi, dont on regrette le retrait sur la scène politique ! – et nombre de films de la péninsule  nous restent en mémoire : ceux de Monicelli, Comencini, Dino Risi, les acteurs Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, Sophia Loren, Stefania Sandrelli, Laura Antonelli…

Quand même pas tous « Affreux, sales et méchants »…

Mais je préfère de loin les films de Nanni Moretti, j’avoue, dans lesquels il sait mixer la joie, la tristesse et la politique.

Je me suis demandé, en regardant sur votre photo ces sortes d’assiettes collées au mur de cette Comédie italienne, si elles pouvaient servir de tir au pigeon (Trintignant s’y était collé avec Le Fanfaron…), et si les Japonais qui passaient devant cette devanture savaient ce qui était concocté de l’autre côté du mur. Ou bien se dirigeaient-ils peut-être vers un lieu plus spécialisé, l’Odyssex, qui tient vitrine au numéro 28 ?

La rue de la Gaité possède sans doute une certaine réputation touristique : il est vrai qu’elle est proche de la gare Montparnasse, carrefour de rencontres, de désirs, aboutissement ou départ de déplacements réels ou imaginaires. 

La comédie est forcément un art, et rire ou pleurer c’est faire venir le soleil ou la pluie.

Cliquer pour visualiser et/ou agrandir...


Texte : Dominique Hasselmann 
Photo : Claire

jeudi 6 septembre 2012

"A tout jamais"
Graham Swift
Gallimard


Une belle présentation du roman ici. Une intéressante interrogation sur le miroir dans cette analyse du roman, et une petite bio .


Je n'ai souhaité conserver qu'un seul paragraphe :

p. 33 Ce fut Paris qui, pour la première fois, fit germer en moi l'idée que le but le plus élevé de la civilisation est l'amour accompli de l'inutile : ballerines, bavardages de cafés, opéras de Puccini, sonnets élisabéthains, sous-vêtements de soie, parfumerie, pâtisserie, chandeliers, le silence magique lorsque les lumières s'éteignent dans une salle de concert...

Mimi ! Mimi ! Mimi !

... et L'amour romantique.

mercredi 5 septembre 2012

"Ce qu'ils disent ou rien"
Annie Ernaux 
Folio



Cette lecture a été très impressionnante, mais, je n'ai pas trouvé beaucoup de blogs qui en parlent comme je le souhaiterais (un seul, donc, ici). Pas d'extrait, n'ayant pas réussi à sélectionner de passages...

C'est très bizarre : il me semble que c'est un modèle d'adolescence. Sa narration apparaît si naturelle, ses questionnements si simples et si sincères. Ça a l'air tellement commun que l'on pourrait imaginer sans peine que ça se passe à peu près de cette manière pour tout le monde...

J'ai aimé le style : tournures de phrases et syntaxe à la manière d'une adolescente, pas de guillemets, on passe de la narration aux questionnements intérieurs sans s'en rendre compte. La relation aux parents (qui ne veulent que son bien, qui semblent surveiller qu'elle privilégie bien les études au reste) est très bien décrite : alternance de complicité et de rejet. Les questionnements très égoïstes autour de sa personne sont touchants également.


Extrait de la quatrième de couverture :

Avoir quinze ans, habiter un mesquin pavillon de banlieue près de parents ouvriers qu'on adore et déteste à la fois, posséder son B.E.P.C. qui permettra plus tard de "faire institutrice", se trouver au seuil des vacances d'été sans savoir traiter ni son "âme" ni son corps, être attentive et violente, aspirer à la vie en la redoutant, désirer l'amour en le refusant, telle est la situation d'Anne la petite narratrice. Dans une langue drue et vive, elle raconte d'un trait le passage de l'enfance à la féminité.


mardi 4 septembre 2012

"Un été au bord du lac"
Alberto Vigevani
Traduction Claude Bonnafont
Editions Liana Levi




Quelques informations sur l'auteur (ici) ; je n'ai trouvé que peu d'avis de lecteurs concernant ce roman (un blog, cependant). Et une courte analyse () qui me convient parfaitement.

Illustration de couverture : "Jeunes Femmes" de Bonnard (lien vers le musée, ici)

p. 111 Quand il répondit au sourire d'Andrew, il se sentit vraiment heureux, en mesure de comprendre l'harmonie que les choses composaient autour d'eux, et qui semblait devoir s'écrouler sous les coups secs et rapides de l'eau contre la rive. Il aurait voulu se pencher, entourer de son bras le cou de son ami et rester ainsi serrés, tous deux appuyés à la ballustrade. Il était penché au-dessus d'Andrew, plus petit que lui ; il voyait ses cheveux collés aux tempes par la sueur, ses épaules étroites. Il pensait que c'était Andrew qui lui avait appris le sentiment de l'instant qui se consume : sans laisser de regrets mais en offrant au contraire le plaisir de le sentir s'évanouir, comme l'on regarde un beau feu qui flambe sur un pré. Tout pouvait être dit en silence et tout se dissolvait en contemplation : il aurait voulu lui faire savoir qu'il lui avait arraché son secret, dont il ne se rendait peut-être même pas compte.

***

En fait le titre exact du tableau n'est pas tout à fait celui indiqué sur la couverture du roman...


Trouvée ici.

lundi 3 septembre 2012

Jeu de piste au coeur du Marais
www.musesetmusees.com



Déjà le nom du site m'interpelle et me fait rêver : Muses et Musées, tout un programme ! Et si facile à retenir...

Pour une fois, pas question de rester sur place à musarder. Il faut bien voyager un peu (prendre le métro pour atteindre le point de départ puis circuler d'un point à l'autre, le nez en l'air le plus souvent et un crayon à la main) ; pas besoin d'avoir un plan de Paris dans la poche, tout est suffisamment bien détaillé dans le guide. Nous avons testé l'itinéraire reproduit ci-contre et le recommandons sans réserve. Ludique et instructif. Il en existe beaucoup d'autres, ici, donc.


Présentation de cet itinéraire :

Départ Métro Saint-Paul (Paris 4e), rue du Prévôt, muraille de Philippe Auguste, rue Eginhard, rue Saint Antoine, place du marché Sainte Catherine, rue de Sévigné, rue des Francs Bourgeois, rue Pavée, rue Payenne, musée Carnavalet, Place des Vosges, Hôtel de Sully.

Idéal pour réviser quelques classiques en cette veille de rentrée... en une demi-journée, seulement si le temps s'y prête !

dimanche 2 septembre 2012

"Le voyage dans le passé"
Stefan Zweig
Traduction de Baptiste Touverey
Grasset



Avant-propos du traducteur

On retrouve dans Le voyage dans le passé beaucoup des thèmes de prédilection du grand écrivain autrichien : l'amour bien sûr, la passion exclusive, le dévouement, le traumatisme de la Grande Guerre. On y retrouve aussi ce savoir-faire unique de Zweig, son génie de la psychologie, son art de suggérer dans un geste, un regard, les tourments intérieurs, les arrière-pensées, les abîmes de l'inconscient.


Quelques extraits :

p. 28 Dès leur première rencontre, il l'avait aimée, mais ce sentiment, qui le submergeait jusque dans ses rêves, avait beau être une passion absolue, il lui manquait néanmoins l'événement décisif qui viendrait l'ébranler, c'est-à-dire la claire prise de conscience que ce qu'il recouvrait, se dupant lui-même, du nom d'admiration, de respect et d'attachement, était déjà pleinement de l'amour, un amour fanatique, une passion effrénée, absolue. Mais une espèce de servilité en lui réprimait violemment cette prise de conscience : elle lui semblait si lointaine, trop haute, trop distante, cette femme radieuse, ceinte d'un halo d'étoiles, cuirassée de richesses, de tout ce qu'il avait expérimenté de féminité jusqu'ici.


p. 29-30 Cependant l'amour ne devient vraiment lui-même qu'à partir du moment où il cesse de flotter, douloureux et sombre, comme un embryon, à l'intérieur du corps, et qu'il ose se nommer, s'avouer du souffle et des lèvres. Un tel sentiment a tant de mal à sortir de sa chrysalide, qu'une heure défait toujours d'un coup le cocon emmêlé et qu'ensuite, tombant de tout son haut dans les plus profonds abîmes, il s'abat, avec une force décuplée, sur un cœur terrorisé. C'est ce qui se produisit, assez tard, plus d'un an après son installation dans cette maison.


p. 58-59 Et pourtant : alors qu'il s'imaginait encore n'en jamais pouvoir aimer qu'une, les rets de sa passion se défirent peu à peu en lui. Il n'est pas dans la nature humaine de vivre, solitaire, de souvenirs et, de même que les plantes, et tous les produits de la terre, ont besoin de la force nutritive du sol et de la lumière du ciel, qu'ils filtrent sans relâche, afin que leurs couleurs ne pâlissent pas et que leur corolle ne perde pas ses pétales en fanant, ainsi, les rêves aux-mêmes, même ceux qui semblent éthérés, doivent se nourrir un peu de sensualité, être soutenus par de la tendresse et des images, sans quoi leur sang se fige et leur luminosité pâlit. C'est ce qui arriva aussi à cet être passionné, sans qu'il s'en aperçût --- quand les semaines, les mois et finalement une année, puis une deuxième, s'écoulèrent sans que lui parvinssent un mot, un signe d'elle ; alors son image commença peu à peu à s'estomper. Chaque jour
consumé dans le travail déposait quelques petites poussières de cendre sur son souvenir ; il rougeoyait encore, comme des braises sous le gril, mais finalement, la couche grise ne cessait de s'épaissir.