"Ce qu'ils disent ou rien"
Annie Ernaux
Folio
Cette lecture a été très impressionnante, mais, je n'ai pas trouvé beaucoup de blogs qui en parlent comme je le souhaiterais (un seul, donc, ici). Pas d'extrait, n'ayant pas réussi à sélectionner de passages...
C'est très bizarre : il me semble que c'est un modèle d'adolescence. Sa narration apparaît si naturelle, ses questionnements si simples et si sincères. Ça a l'air tellement commun que l'on pourrait imaginer sans peine que ça se passe à peu près de cette manière pour tout le monde...
J'ai aimé le style : tournures de phrases et syntaxe à la manière d'une adolescente, pas de guillemets, on passe de la narration aux questionnements intérieurs sans s'en rendre compte. La relation aux parents (qui ne veulent que son bien, qui semblent surveiller qu'elle privilégie bien les études au reste) est très bien décrite : alternance de complicité et de rejet. Les questionnements très égoïstes autour de sa personne sont touchants également.
Extrait de la quatrième de couverture :
Avoir quinze ans, habiter un mesquin pavillon de banlieue près de parents ouvriers qu'on adore et déteste à la fois, posséder son B.E.P.C. qui permettra plus tard de "faire institutrice", se trouver au seuil des vacances d'été sans savoir traiter ni son "âme" ni son corps, être attentive et violente, aspirer à la vie en la redoutant, désirer l'amour en le refusant, telle est la situation d'Anne la petite narratrice. Dans une langue drue et vive, elle raconte d'un trait le passage de l'enfance à la féminité.

Évoquer l'adolescence (la sienne ne se déroula-t-elle pas à Yvetot ?) pour, selon ses propres mots : "sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus..."
RépondreSupprimerPour Yvetot, la réponse est oui.
SupprimerPour le reste, c'est assez complexe. Le personnage décrit n'a pas l'insouciance à laquelle on aurait pu s'attendre pour son âge. D'autre part, je ne me souviens pas avoir décelé la moindre nostalgie dans ce récit, qui n'est pas non plus très tendre (ni pour elle, ni pour sa famille).
Donc cette citation de l'auteure m'interpelle : j'y vois bien la volonté du témoignage mais pourquoi utilise-t-elle le terme, très fort, "sauver" à propos d'une période qu'elle a voulu, d'après ce que j'ai compris, vivre en accéléré et d'un milieu dont elle voulait à tout prix s'extraire ?
peut-être, peut-être parce que pour sortir de son passé, pour tenter de le cicatriser, importe-il de ne pas l'enterrer une nuit sans lune ?
SupprimerCette hypothèse est tout à fait séduisante.
SupprimerInterview d'Annie Ernoux, Rue 89, 10 décembre 2011 :
RépondreSupprimer- "Est-ce qu’on s’échappe un jour du dimanche d’Yvetot, des dimanches d’une enfance ?
Annie Ernoux : Le dimanche, c’est sans doute... Le dimanche ça dépasse le lieu, l’ennui, l’attente. C’est un trou le dimanche, c’est métaphysique le dimanche, c’est un leitmotiv de ce que j’écris. J’aimais beaucoup le mot dimanche quand j’étais petite fille et en même temps, ça a été très lié à des jours sombres, d’avoir l’impression de saisir le cœur du temps de la vie. J’ai commencé d’écrire un dimanche plusieurs fois."
Aïe ! Cette histoire se complique. Mais elle est tendrement humaine en même temps. Ou peut-être est-ce juste un avis normand ?
SupprimerUne dizaine de liens :
RépondreSupprimer- http://www.lemonde.fr/idees/ensemble/2012/09/21/les-lecons-de-l-affaire-millet_1763779_3232.html
Merci JEA pour ces nouvelles informations que je suis en train de parcourir. Le moins qu'on puisse dire est que vendredi 21 a vu se déclencher une longues série d'attaques d'ad hominem.
SupprimerJe crois que la réaction que je préfère est celle de Pierre Jourde que vous aviez précédemment envoyée (ici). Lui au-moins me semble rentrer concrètement dans un des problèmes de fonds soulevés par cette "affaire". Il appelle bien un chat, un chat !
Et aussi quelle bonne idée d'avoir posté votre commentaire de ce jour sous cet ancien post "ce qu'ils en disent ou rien" ;-)