"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

lundi 24 septembre 2012

"Une passion
Entre ciel et chair"
Christiane Singer
Collection Espaces libres
Albin Michel


(Suite)

Extraits du chapitre "Prémices"

p. 25 Le visible n'est que de l'invisible hissé au niveau de nos yeux, le tangible de l'intangible offert à nos caresses. La matière est ce message d'amour que la création nous donne tant à déchiffrer qu'à composer jour après jour.

p. 32-33 Me revoilà devant mon écritoire. Je ne suis même pas fâchée ; je connais tant d'autres moyens de prendre la poudre d'escampette tout en restant assise à ma table ! Après tout, le corps visible n'est pas le seul dont je dispose pour me déplacer dans l'espace ! Il est le seul que mon oncle Fulbert puisse arrêter dans l'escalier. Voilà tout ! C'est bien simple : tout a pour moi une coloration de jeu. Même l'apprentissage du latin. Le latin m'est un anneau magique qui, glissé à mon doigt, fait parler les saint rouleaux de manuscrits que je déroule avec des précautions d'amante. Tenir un livre entre les mains ! Ce privilège exorbitant que connaissent quelques uns dans l'heureuse cité de Paris ! Un privilège que je goûte avec un ravissement qui ne se décrit pas. Chaque parchemin est unique. La qualité du ponçage et du polissage fait varier son odeur, sa teinte, son toucher, son émanation.  Il en est de soyeux comme des peaux de femme, d'autres, palimpsestes usés que le grattage a rendus rugueux, mâles sous mes doigts. Les lettres, les mots qui les recouvrent semblent y être éclos, avoir poussé là, végétation drue, secrète. Oh oui, j'ai vraiment là matière à bonheur !

4 commentaires:

  1. A chacun(e) de se perdre ou non dans son latin, Brel :
    - "C'est le tango des forts en thème
    Boutonneux jusqu'à l'extrême
    Et qui recouvrent de laine
    Leur coeur qui est déjà froid
    C'est le tango des forts en rien
    Qui déclinent de chagrin
    Et qui seront pharmaciens
    Parce que papa ne l'était pas
    C'est le temps où j'étais dernier
    Car ce tango rosa rosae
    J'inclinais à lui préférer
    Déjà ma cousine Rosa

    Rosa rosa rosam
    Rosae rosae rosa
    Rosae rosae rosas
    Rosarum rosis rosis..."

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    1. C'est amusant ; quand je pense aux cours de latin, j'oublie complètement les déclinaisons et les traductions que l'on devait faire de La Guerre des Gaules. Je ne pense qu'au lycée quand on avait eu la possibilité de choisir les thèmes pour l'année à venir. Nous avions donc étudié des textes sur le quotidien à Rome, dont les jeux de société (parmi lesquels l'ancêtre du jeu de Dames) et sur le mythe de Psyché. C'était beaucoup plus attrayant !

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  2. En latin, j'ai toujours aimé l'ami Gaffiot qui nous aidait, lors des épreuves de version en classe, à traduire des passages entiers de Cicéron !

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    1. Je me souviens maintenant que, ces jours là, le poids de mon cartable doublait. J'ai revu récemment ce dictionnaire dans ma bibliothèque, imaginez-vous que je l'avais recouvert d'un film plastique avec de tout petits cœurs rouges (et il est resté à l'identique) !

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