"Une passion
Entre ciel et chair"
Christiane Singer
Collection Espaces libres
Albin Michel
Un avis sur ce roman (ici) et la biographie d'Héloïse d'Argenteuil sur Wikipédia (ici). Un bel éloge pour la pièce de théâtre éponyme (ici).
Extrait de la 4e de couverture
Pour dire la passion éprouvée au plus profond de l'âme et du corps, Christiane Singer revit celle d'Héloïse, quintessence de l'amante et de la mystique. Elle nous donne à travers cette confession tout à la fois païenne et spirituelle, ce bréviaire fou, cette exaltation unique du plaisir et de l'extase, un texte qui restera parmi les plus intenses jamais écrits sur l'amour.
Extraits du premier chapitre "Laudes"
p. 10 Ce n'est pas une quelconque lâcheté qui me fait choisir le secret --- je t'ai toujours aimé à la face du ciel et de la terre d'un amour sans borne --- mais les cheminements intérieurs que je veux décrire ici ne sont concevables que pour ceux sur terre que la passion ont consumés. Ils apparaîtraient aux autres --- dont les chemins vers Dieu suivent d'autres méandres --- fantasques, voire provocants. J'ai choisi de chuchoter dans un siècle qui fait tant de bruit.
p. 11 Je veux parler d'amour dans toutes ces pages par honnêteté --- car rien jamais --- jamais --- en toutes ces longues années n'a su m'en distraire --- ni la solitude, ni le désespoir, ni les épreuves, ni les impitoyables duretés de notre siècle, ni la faim, ni la poussière des routes, ni le spectacle déchirant des errances humaines, ni la mortelle torpeur qui saisit parfois les âmes. Mêmes les admonestations que j'ai reçues de toi --- et savoir si tes paroles m'étaient sacrées ! --- n'ont pu me détourner de ma passion.
p. 13-14 Je suis dans un étrange état de calme profond : oser dire ces choses que j'écris là --- oser croire à ce que je ressens si impérieusement --- oser me dresser contre tes interdits, oser te dire : Abélard, j'ai appris moi dans tes bras ce qui me vaut aujourd’hui la grâce d'avoir charge d'âmes, d'en guider d'autres vers la Foi et la Délivrance ! Comprends-moi bien. Je ne prétends pas avoir d'abord traversé l’opprobre et m'en être ensuite repentie : j'ose dire que TOUT dans ma vie s'est trouvé taillé dans la même étoffe. J'ose dire que tout ce qui m'a valu l'estime de nos maîtres spirituels, l'amitié de Pierre le Vénérable et de bien d'autres, l'énergie qui m'a portée toutes ces années, qui a fait vivre le Pataclet sur cette terre infestée de brigands et de loups, TOUT puise son eau à la même source : mon amour pour toi --- mon amour de femme. L'abjection n'eût pu produire pareille récolte.
p. 16 Toujours à neuf --- tant d'années plus tard --- cette fulgurance qui m'ouvre les entrailles quand tu t'approches ! Je pourrais écrire bien sûr : quand j'imagine que tu approches ou quand je me souviens que tu approchais, mais, vois-tu, mon corps, lui, ne fait pas la différence !
p. 19-20 Il y a longtemps que je n'ai pas senti mon cœur avec cette intensité. Un cristal que le frôlement le plus ténu fait chanter. Le moindre mouvement, la moindre irruption du dehors m'arracheraient un cri ou me briseraient en mille éclats. J'ai le sentiment de changer lentement de nature chimique. Tout tinte en moi. Des espaces de résonance s'ouvrent, d'autres s'éboulent silencieusement sans que j'ose un geste. La matière qui me compose se transmue. Tout devient d'une indicible transparence.
Nos vies sont devant mes yeux, Abélard, et ces instants de bonheur suffocants, ces intolérables souffrances, ces errances et ces trahisons, tout s'ordonne de neuf.

L'avis de Lamartine :
RépondreSupprimer- "On n’écrit pas cette histoire, on la chante. On ne craint pas de la chanter dans un livre historique destiné à reproduire les plus grandes choses de la pensée et du cœur qui ont influé sur le sort des nations : car l’amour est aussi une des grandeurs de notre nature ; et quand ce sentiment est porté jusqu’à l’héroïsme de la femme, le dévouement ; quand il est allumé par la beauté, excusé par la faiblesse, expié par le malheur, transformé par le repentir, sanctifié par la religion, popularisé dans toute une époque par le génie, éternisé par la constance sur la terre et par ses aspirations à l’immortalité dans le ciel, cet amour se confond presque avec la vertu, il fait de’ deux amants deux héros et deux saints dont les aventures deviennent l’entretien, et dont les larmes deviennent les larmes d’un siècle.
Telle est l’histoire ou le poème d’Héloïse et d’Abélard. Aucune histoire, aucun poème, n’ont touché plus profondément le cœur des hommes depuis huit siècles. Ce qui émeut si profondément et si longtemps les hommes fait partie dé leur histoire ; car l’humanité n’est pas seulement esprit, elle est sentiment : ce qui l’attendrit l’améliore. L’admiration et la pitié amollissent son cœur ; et le cœur, dans l’humanité comme dans l’homme, est l’organe le plus sûr et le plus fort de la vertu."
Grâce à votre citation, je suis allée rechercher un historique plus large de ce récit, ici sur le Web, donc.
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