"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

dimanche 30 septembre 2012

"Amour, Prozac et autres curiosités"
Lucia Etxebarria


Je n'ai pas trouvé beaucoup d'avis sur ce roman, sur Internet. Il faut dire que le texte est assez brutal, et qu'il a été plus ou moins bien apprécié (cf. ce blog).

Il n'y a que l'introduction du roman que j'ai trouvée vraiment amusante (je la reproduis là, censurée juste d'une phrase...) La conclusion (bien que poignante) m'a laissée sur ma faim, vu que je l'avais devinée depuis longtemps.


Début du roman

Tu vivras de nombreuses passions, disait ma carte astrale, me plaçant sous l'ascendant d'amours intenses et fugaces. Un rosaire de noms reliés par des baisers, certains sobres, d'autres plus tendres. Ils sont plus ou moins grands, châtains ou bruns, il y en a de toutes sortes. (...)

Certaines s'affirment, hautes, orgueilleuses. Fermes et obstinées, dressées comme des mâts. Puissantes et astucieuses, sûres d'elles, bonne raisonneuses, mûres, décidées, elles envahissent tout. Elles entrent, s'approprient les lieux et, une fois introduites, solidement encastrées, elles savent qu'elles sont à leur place, connaissent leur rôle. Elles entrent, sortent, s'émeuvent, accélèrent le mouvement, conscientes de leur empire. Empires d'une nuit, monarchies d'un baiser.

Il en est d'autres plus petites, inquiètes et espiègles. Turbulentes, curieuses, elles ne manquent jamais d'espace pour jouer, chercher et se perdre. Douces exploratrices, elles vous échappent parfois, glissantes comme des couleuvres, comme le savon dans la baignoire. Elles patinent, surprises, sur les cuisses mouillées, et repartent à l'escalade, anxieuses et impatientes, bondissant avec vivacité, vers le refuge humide et chaud qui les attend, elles le savent. Petits poissons qui sautent dans votre courant interne, heureux et trempés, peu importe comment et où. Jeunes d'esprit, c'est tout juste si elles se prennent elles-mêmes au sérieux.

Tu pourras les aimer beaucoup sans jamais les posséder. Elles pourront t'aimer encore plus sans que tu ne leur appartiennes jamais. Farouches et rieuses, fugaces, bruyantes, elles n'auront laissé ni sillage ni empreintes derrière elles. A peine le souvenir, flou et nostalgique, des heures heureuses, les seules qui comptent, celles qui ont été véritablement vécues.

6 commentaires:

  1. Je ne dirai pas "amusante introduction", on pourrait mal le prendre.
    :D

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    1. D'où mon intertitre "début du roman" un peu bateau...

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  2. (En plus, tu l'as déjà dit. Rhô, il est tard, scusi.)

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    1. Pas grave, du coup c'est encore plus drôle ;-)
      Merci pour ton commentaire, nous avons été au-moins deux à sourire à cette lecture !

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  3. La langue française est décidément pleine de ressources.

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