"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

lundi 10 septembre 2012

"Sous ma peau.
Le manège du désir"
De et avec Geneviève de Kermabon
Le théâtre Lucernaire
Mai--Juin 2012


En mai dernier, suite à la parution d'un article dans TLC concernant cette pièce, et à mes recherches sur le Web (site du Lucernaire, et revue de presse ici), j'ai décidé, que moi aussi, je voulais savoir ce que cette artiste avait à nous confier, dans l'obscurité intime d'une petite salle de spectacle sur le désir, le plaisir et les mécanismes internes qui gèrent cela. J'ai réservé ma place.

Au préalable je m'étais interrogée sur le public que j'y rencontrerai et sur le contenu de la pièce...  Mais non... pas de regrets. L'intégralité du vocabulaire est sobre, doux, ni agressif, ni cru, ni violent. Pourtant sur le flyer il est écrit : "Confidence brutale du plaisir et de la frustration" je n'ai rien vu de brutal. Confidences, oui, évidemment. Frustration, également, on la comprend en écoutant certains de ses personnages (surtout quand on connaît la source de son inspiration). Mais il y a plus de bonheur que de frustration ! L'artiste fait tout pour nous pousser dans le monde de la poésie et de la suggestion...

Elle est époustouflante : elle a tout fait dans cette pièce (sauf la musique, le compositeur était dans la salle), elle maîtrise son corps de manière tout à fait libre et décomplexée. Elle se balade la moitié du temps en juste-au-corps couleur chair plutôt impudique, mais ça passe très bien (j'aurais cependant apprécié plus de raffinement dans les costumes, mais je suppose que c'était tout à fait volontaire). Elle joue, minaude et danse avec des masques, des marionnettes, des cordes, toute sorte de tenues, elle utilise tout l'espace de la scène, et invente des positions que je n'avais encore jamais vues au théâtre (mais en danse ou au cirque, oui). Elle mime des dialogues avec différents types d'interlocuteurs, elle nous met à l'aise avec des discours tout à fait naturels et parle sans détours de choses qu'on tait habituellement. Il y a une remarquable inventivité.

En bref, elle excelle à nous faire partager son bonheur de la chose, elle pose des mots prouvant sa gourmandise devant le plaisir, la force et la beauté de ce que l'on recherche tous (je crois bien, non ?) Souvent ce qu'elle déclame pousse à nous interroger sur notre propre vécu (histoire de comparer !) Je ne sais plus si elle a utilisé le mot "vertige" mais elle aurait pu. Elle n'a pas utilisé le fameux "lâcher prise" mais plusieurs synonymes. Elle nous a offert quelques instants délirants et hilarants sur la religion, représentée par un hideux personnage (une femme très âgée, toute ridée, qui préconisait qu'on n'avait pas le droit au plaisir, que ce n'était pas bien) ce qui m'a évidemment interpelée.

Sa conclusion est grandiose (non, je ne la dévoilerai pas...) Elle aborde énormément de questions, mais se garde bien de nous apporter la moindre réponse (trop facile, sinon !)

C'est pétillant, revigorant, optimiste, rassurant. En revanche... je n'utiliserais pas les mêmes termes que ceux que j'avais lus dans les critiques : je n'ai pas eu de frissons, et je n'irais pas non plus jusqu'à écrire une jouissance irrésistible. Cependant, je veux bien confirmer les mots du flyer "Pièce intime et spectaculaire". Plusieurs fois elle a utilisé le mot "fragment" alors évidemment, j'ai pensé à Barthes. Mais c'est totalement différent : cette pièce est construite sous forme de dialogues et n'aborde pas le thème des sentiments.

En puis, à la fin du mois de juin, j'ai lu un article sur cette artiste dans le journal Libération.

Et à nouveau, j'ai eu cette impression bizarre de ne pas avoir assisté à la même pièce que ces deux journalistes. Ou alors est-elle indescriptible ? Interprétable à l'infini par les spectateurs ? Ou pas assez "politiquement correcte" pour qu'on en parle précisément ? La seule chose qui est dite de la pièce est "ses quidams, elle les incarne avec une virtuosité sensuelle, exempte de vulgarité. Et si la pièce parle de sexe en long et en large, l'interprète est plutôt dans la retenue."

C'était un peu vague, pour susciter l'envie d'y aller, ne trouvez-vous pas ?

4 commentaires:

  1. L'affiche est un peu bizarre, elle fait penser à une araignée. Mais si l'interprète sait tisser sa toile...

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    1. C'est un peu ça le problème : techniquement l'exécution est parfaite, mais les costumes (ou leur manque, ou un choix délibéré minimal : un juste au corps, un film plastique) m'ont quelque peu surprise.

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  2. une femme orchestre, théâtre, ballet, cinéma, écrivain, mime, elle doit être aussi son propre public...

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    1. Oui, elle montre bien sa volonté de contrôler tout le spectacle, jusque dans le texte : des dialogues avec elle comme interlocutrice ou même utilisation de la première personne (dès la scène du début). J'avoue que je ne suis pas allée lire les impressions que d'autres spectateurs auraient laissé sur le Web.

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