L'usage de la photo
Annie Ernaux
Marc Marie
Gallimard
Quatrième de couverture :
Souvent, depuis le début de notre relation, j'étais restée fascinée en découvrant au réveil la table non desservie du dîner, les chaises déplacées, nos vêtements emmêlés, jetés par terre n'importe où la veille au soir en faisant l'amour. C'était un paysage à chaque fois différent.
Je me demande pourquoi l'idée de le photographier ne m'est pas venue plus tôt. Ni pourquoi je n'ai jamais proposé cela à aucun homme. Peut-être considérais-je qu'il y avait là quelque chose de vaguement honteux, ou d'indigne. En un sens, il était moins obscène pour moi de photographier le sexe de M.
Peut-être aussi ne pouvais-je le faire qu'avec cet homme-là et qu'à cette période de ma vie.
Pour plus d'information sur la construction de cet ouvrage, je vous conseille cet entretien paru en 2005 ici. C'est un des ouvrages biographiques les plus durs que j'ai eu à lire jusqu'à présent. La charge émotionnelle étant un peu atténuée par l'exercice de duettiste qui nous est offert.
"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)
lundi 25 août 2014
lundi 18 août 2014
Se perdre
Annie Ernaux
Folio
Article 2/2
Extrait p. 211--212
Samedi 8
Je ne sais pas ce que je vais commencer d'écrire, ni si même j'écrirai. De toute façon, une fois de plus, je l'aurai payé très cher. Nuit où le désir de mort était si fort, la souffrance morale si vive, que je comprenais le recours à n'importe quoi, tranquillisants, drogue. Heureusement, je n'avais sous la main qu'un malheureux Spasfon-Lyoc.. La raison n'en est pas vraiment S. --- la lucidité étant maintenant un peu plus acquise sur notre relation --- mais la nécessité absolue d'écrire, que je distingue mal de la douleur de vivre apparue depuis la fin avril. C'est-à-dire que je suis dans le creux où fusionnent mort, écriture, sexe, voyant leur relation mais ne pouvant la surmonter. La dévider en un livre.
Et c'est toujours le même silence de l'été. Autrefois c'était l'attente (qu'il arrive quelque chose, une rencontre évidemment). Maintenant, je sais que l'attente ne débouche jamais sur autre chose que la catastrophe (C.G. --- Philippe, S.) et je ne peux compter que sur les mots pour remplir ce vide.
Dimanche 9
Cette souffrance --- un peu mieux surmontée aujourd'hui --- est due à la conjonction de deux faits : la nécessité d'écrire et la lucidité sur l'absence d'amour de S. Les deux sont liés. Il fallait que la vérité se fasse pour que j'écrive. Mais il n'y a pas plus de vérité qu'avant, simplement un changement de croyances. Je renonce seulement à la passion pour écrire. Mais le passage de l'un à l'autre est atroce, très ambigu aussi : j'attends tout de même un appel de S. avant son départ pour Moscou.
Annie Ernaux
Folio
Article 2/2
Extrait p. 211--212
Samedi 8
Je ne sais pas ce que je vais commencer d'écrire, ni si même j'écrirai. De toute façon, une fois de plus, je l'aurai payé très cher. Nuit où le désir de mort était si fort, la souffrance morale si vive, que je comprenais le recours à n'importe quoi, tranquillisants, drogue. Heureusement, je n'avais sous la main qu'un malheureux Spasfon-Lyoc.. La raison n'en est pas vraiment S. --- la lucidité étant maintenant un peu plus acquise sur notre relation --- mais la nécessité absolue d'écrire, que je distingue mal de la douleur de vivre apparue depuis la fin avril. C'est-à-dire que je suis dans le creux où fusionnent mort, écriture, sexe, voyant leur relation mais ne pouvant la surmonter. La dévider en un livre.
Et c'est toujours le même silence de l'été. Autrefois c'était l'attente (qu'il arrive quelque chose, une rencontre évidemment). Maintenant, je sais que l'attente ne débouche jamais sur autre chose que la catastrophe (C.G. --- Philippe, S.) et je ne peux compter que sur les mots pour remplir ce vide.
Dimanche 9
Cette souffrance --- un peu mieux surmontée aujourd'hui --- est due à la conjonction de deux faits : la nécessité d'écrire et la lucidité sur l'absence d'amour de S. Les deux sont liés. Il fallait que la vérité se fasse pour que j'écrive. Mais il n'y a pas plus de vérité qu'avant, simplement un changement de croyances. Je renonce seulement à la passion pour écrire. Mais le passage de l'un à l'autre est atroce, très ambigu aussi : j'attends tout de même un appel de S. avant son départ pour Moscou.
lundi 11 août 2014
Le tour du monde en 80 jours
9e saison
Théâtre du Splendid
rue du Fg Saint-Martin
75010 Paris
Désormais, cette pièce adaptée en 2006 par Sébastien Azzopardi d'après l’œuvre de Jules Verne a été jouée plus de 2700 fois et en est à sa 9e saison. Et on comprend pourquoi ! Je vous conseille vraiment d'aller voir une des représentations de cette comédie (respectueuse du roman tout en le pimentant d'allusions contemporaines). Rires garantis.
Distribution de samedi dernier :
Dans le rôle de Phileas Fogg : Pierre Hélié
Pour Passe-partout : Guillaume Beaujolais
Pour princesse Aouda : Margaux Maillet
Dans le rôle d'un des consuls... : David Talbot
Pour l'inspecteur Fix : Frédéric Imberty
La carte du voyage (merci Wiki !) :
Un extrait datant de 2012, ici :
9e saison
Théâtre du Splendid
rue du Fg Saint-Martin
75010 Paris
Désormais, cette pièce adaptée en 2006 par Sébastien Azzopardi d'après l’œuvre de Jules Verne a été jouée plus de 2700 fois et en est à sa 9e saison. Et on comprend pourquoi ! Je vous conseille vraiment d'aller voir une des représentations de cette comédie (respectueuse du roman tout en le pimentant d'allusions contemporaines). Rires garantis.
Distribution de samedi dernier :
Dans le rôle de Phileas Fogg : Pierre Hélié
Pour Passe-partout : Guillaume Beaujolais
Pour princesse Aouda : Margaux Maillet
Dans le rôle d'un des consuls... : David Talbot
Pour l'inspecteur Fix : Frédéric Imberty
La carte du voyage (merci Wiki !) :
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| Carte du voyage de Phileas Fogg, illustration originale d'Alphonse de Neuville et de Léon Benett |
Un extrait datant de 2012, ici :
lundi 4 août 2014
| Massage thaï traditionnel |
J'ai rêvé que je recevais une invitation gratuite pour un soin découverte dans un institut Thaï. J'avais la possibilité de prendre un soin de 45 mn pour moi seule, ou un soin de 30 mn en duo. Qu'ai-je sélectionné ?
Après avoir imposé mon choix à mon (mal)chanceux amoureux... j'ai commencé à me renseigner sur la chose. Mais je me suis égarée : j'ai cherché massage traditionnel thaï. J'ai trouvé l'idée fort sympathique et me suis instruite sur Internet ; j'ai découvert des massages avec étirements façon hatha-yoga, et des avis d'internautes curieux (réels ou inventés ?) Enfin, d'après ce que j'ai lu : rien de mieux pour se détendre après une journée de travail (ou une journée de vacances, c'est égal...) Mon compagnon d'infortune étant novice en termes d'institut de ce genre, je trouvais adéquat de commencer par un massage habillé. Mais quand même, en relisant l'invitation, le terme « aux huiles essentielles » me laissait perplexe sur ce point.
Un extrait trouvé sur Internet (ici) :
Vieux de plus de 2500 ans, Le massage thai Nuad Bo-Rarn, puise ses origines du shiatsu, du massage indien et du yoga. Les pressions manuelles profondes de ce massage s’exercent avec les paumes sur des zones larges ou les pouces sur les points et lignes d’énergie.J'étais très fière de ma trouvaille, j'en parlais à mon correspondant, visiblement ému de ce futur partage d'expérience...
Le massage thai utilise néanmoins d’autres ressources telles que : les coudes, les genoux ou les pieds. Cette technique permet d’atteindre tous les tissus de l’organisme, de l’épiderme, des muscles aux ligaments, ainsi que les vaisseaux sanguins.
Le massage thaï est un massage rythmé et chorégraphié, dans lequel se succèdent de manière naturelle un grand nombre de séquences, telle une danse. Chaque toucher s’accomplit dans une posture juste, et les nombreux changements de position se réalisent élégamment.
Découvrez le massage Thai en DUO ou en SOLO, le plaisir de partager un moment de détente à deux ou en amoureux dans une cabine double ou vous serez massés en même temps. C'est un voyage unique.
Le jour dit, à un quart d'heure du rendez-vous, nous étions sur place. Waouh ! Quel quartier... l'extérieur de la boutique ne payait vraiment pas de mine : un des volets métalliques était tout brinquebalant, de grandes affiches roses empêchaient toute vision de l'intérieur. Un tantinet décontenancés, nous avons failli faire demi-tour. Après avoir longuement hésité (un petit tour de cinq minutes dans le quartier nous a décidés à opter pour l'intérieur d'une boutique plutôt que de trainer plus avant) nous avons courageusement franchi le pas. L'hôtesse d'accueil, qui nous avait repérés de loin, nous a ouvert la porte avant que je ne m'y attende. Le hall d'accueil était pimpant, joliment meublé et rempli d'orchidées. Après les questions d'usage, on nous a demandé de nous asseoir dans un confortable canapé. Puis on nous a apporté des chaussures (sorte de tongs blanches et mal fichues) à usage unique. La galère commençait pour mon binôme...
Puis, nous avons traversé un long et étroit couloir, couvert de boiseries sombres et faiblement éclairé de rouge et attendu devant une large cabine double (sorte de chambre, devrais-je plutôt dire), fermée par des portes coulissantes et toute éclairée de bleu. Lumière tamisée, tentures séparant ou non la chambre en deux, fleurs, tables de massage. Une des masseuses dispose sur chaque table un petit paquet clos par un élastique, mais je ne comprends que la fin de sa phrase : « un pour Madame, un pour Monsieur ». On nous laisse seuls dix minutes pour se préparer. Deuxième coup de stress pour mon binôme : la découverte du petit truc emballé à son attention...
Finalement, la porte coulisse dans notre dos, je me retourne avec peine et vois deux masseuses, entièrement habillées de noir qui parlent une langue que je ne connais pas ; je pense aux Yamakasi de Luc Besson ! En fait, nous avons bénéficié d'un modelage Thaï aux huiles essentielles (et non un massage traditionnel comme je le pensais initialement). Et je ne m'étais pas préparée à cela (aucune lecture sur le Web, aucun témoignage repéré au préalable). Mon binôme ne mouftait pas, je n'entendais aucun souffle m'indiquant si nous bénéficiions du même traitement. Après coup, il m'a avoué avoir failli éclater de rire, en pensant à une femme, une inconnue, qu'il aurait éconduite dans la journée sans y prendre garde et qui serait venue se venger en piétinant son corps dans la soirée !
![]() |
| Ce modelage en couple à l'huile délicatement parfumée, consiste en une succession de frictions et de pétrissages sur tout le corps pour assouplir, raffermir, et apaiser. Photo trouvée ici. |
Une fois rhabillés, après avoir parcouru dans l'autre sens le long couloir et croisé un autre couplé également affublé de ces inconfortables chausses en plastique, et de retour dans le salon d'accueil, une tasse de thé nous a été offerte. Nous sommes repartis, mi-surpris, mi-tourneboulés par cette aventure. Un peu étourdis, nous sommes cependant restés très sérieux jusqu'à la fin.
Mon rêve se terminait par un dîner au cours duquel une bouteille de vin rouge d'Alsace grignotait notre réserve habituelle et nous permettait de partager toutes nos impressions et nos ressentis entre deux fous rire à peine retenus dans le restaurant. Et comme c'était une expérience simplement spirituelle, nul besoin de s'inquiéter de l'apparition d'éventuelles douleurs ou courbatures dès le lendemain. N'est-ce pas ?
A recommencer, en vrai cette fois ! Et pourquoi pas, avec un vrai traditionnel thaï ?!
jeudi 31 juillet 2014
Se perdre
Annie Ernaux
Folio
J'aurais dû me méfier. Lire plus attentivement la quatrième de couverture. Être à l'écoute du titre. Au lieu d'être alertée par tous ces indices, j'ai préféré me fier à ma mémoire (ô combien sélective...) Je lis rarement les critiques avant d'aborder un ouvrage. Mais après, oui. J'avais adoré « Passion simple » et l'idée d'approcher la même histoire sous un autre angle, avec un autre style d'écriture m'avait complètement séduite. Je n'avais voulu garder de ma première lecture que les belles impressions, que l'élan positif, le côté magique de ce que je comprenais ou interprétais. C'était sans compter sur le romantisme de la passion, vous savez, ce balancement, ce questionnement perpétuel si bien décrit par Roland Barthes.
Avec une analyse critique, de froides interrogations, l'auteure nous fait revivre l'année qu'elle a déjà écrite une fois. Mais désormais, nous parcourrons avec elle ses longs moments de solitude entrecoupés de purs bonheurs. Que se passe-t-il entre deux rendez-vous avec son amant ? Que signifient ses silences à durée variable ? Faut-il chercher à les interpréter ? Pourquoi le laisse-t-elle décider la date de chacun de leur rendez-vous ? A-telle simplement l'envie ou le courage d'en tirer des conséquences ? Leurs différences (ils ont 12 ans d'écart, mais pas que...) sont-elles un point positif ou bien... On ne sait presque rien de lui, il est Slave. Elle, elle écrit, voyage et corrige des copies. Pourquoi aime-t-elle tant l'attente de le croiser à nouveau ? Que lui apporte cette vie entrecoupée de montagnes russes ?
L'auteure avait prévenu : A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »...
Ma lecture de ce journal n'a pu se faire que lentement, histoire de ne pas trop m'attacher à ces mots qui résonnent. Il m'a fallu un prendre un certain recul, pour ne lire qu'en spectatrice. Ce texte, en tout cas, ne laisse pas indifférent : voir cet article de 2001 paru dans l'Express ! Une autre critique, parue dans le Parisien à la même époque, est fort éloquente... J'omets volontairement d'autres critiques trop virulentes.
Un document exceptionnel, fascinant et accablant. (Josyane Savigneau, Le Monde, 01/01/2007)
Annie Ernaux
Folio
J'aurais dû me méfier. Lire plus attentivement la quatrième de couverture. Être à l'écoute du titre. Au lieu d'être alertée par tous ces indices, j'ai préféré me fier à ma mémoire (ô combien sélective...) Je lis rarement les critiques avant d'aborder un ouvrage. Mais après, oui. J'avais adoré « Passion simple » et l'idée d'approcher la même histoire sous un autre angle, avec un autre style d'écriture m'avait complètement séduite. Je n'avais voulu garder de ma première lecture que les belles impressions, que l'élan positif, le côté magique de ce que je comprenais ou interprétais. C'était sans compter sur le romantisme de la passion, vous savez, ce balancement, ce questionnement perpétuel si bien décrit par Roland Barthes.
Avec une analyse critique, de froides interrogations, l'auteure nous fait revivre l'année qu'elle a déjà écrite une fois. Mais désormais, nous parcourrons avec elle ses longs moments de solitude entrecoupés de purs bonheurs. Que se passe-t-il entre deux rendez-vous avec son amant ? Que signifient ses silences à durée variable ? Faut-il chercher à les interpréter ? Pourquoi le laisse-t-elle décider la date de chacun de leur rendez-vous ? A-telle simplement l'envie ou le courage d'en tirer des conséquences ? Leurs différences (ils ont 12 ans d'écart, mais pas que...) sont-elles un point positif ou bien... On ne sait presque rien de lui, il est Slave. Elle, elle écrit, voyage et corrige des copies. Pourquoi aime-t-elle tant l'attente de le croiser à nouveau ? Que lui apporte cette vie entrecoupée de montagnes russes ?
L'auteure avait prévenu : A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »...
Ma lecture de ce journal n'a pu se faire que lentement, histoire de ne pas trop m'attacher à ces mots qui résonnent. Il m'a fallu un prendre un certain recul, pour ne lire qu'en spectatrice. Ce texte, en tout cas, ne laisse pas indifférent : voir cet article de 2001 paru dans l'Express ! Une autre critique, parue dans le Parisien à la même époque, est fort éloquente... J'omets volontairement d'autres critiques trop virulentes.
Un document exceptionnel, fascinant et accablant. (Josyane Savigneau, Le Monde, 01/01/2007)
jeudi 24 juillet 2014
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| Mimmo Rotella, La malicieuse (détail) |
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
2/2
Deux autres critiques de ce livre de correspondances avec un journaliste, durant environ une année : la première là, et l'autre ici.
Évidemment, j'ai eu très envie, moi aussi, de comparer Se perdre et Passion simple. Je vous dirai, enfin, dès que...
Extrait p. 38
De ces deux circonstances --- le délai de dix ans et l'existence d'un livre --- la seconde est principale, c'est elle qui motive la publication. Sans doute, le délai est important : c'est lui qui me permet de jeter sur le journal un regard objectif, froid, de considérer le « je » comme un autre, une autre, et, surtout, de voir au-delà du contexte de ce temps là, au-delà des sentiments exprimés, de voir, sentir devrais-je dire, l'écriture, la vérité produite par l'écriture. Mais la publication du journal me permet de faire « jouer » le premier texte, de lui donner un autre éclairage, au risque de déstabiliser le lecteur qui se trouve devant ces deux "versions" de la passion, par exemple avec Se perdre et Passion simple. Une version longue, écrite au jour le jour, dans l'opacité du présent, l'autre, brève, épurée, tournée vers la description de la réalité de la passion. A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »... Démystifier aussi la clôture de l’œuvre.
jeudi 17 juillet 2014
L'écriture comme un couteau
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
1/2
Pour lire une version intégrale d'un entretien paru dans « le Nouvel Observateur » du 8 décembre 2011, c'est ici.
Pour trouver une analyse fine de « l'écriture plate » d'Annie Ernaux, cliquer ici.
Extrait p. 98
C'est un fait, d'abord insidieusement, à la publication de La place, puis ouvertement à la parution de Passion simple, des critiques en majorité parisiens et masculins, occupant des positions de pouvoir dans les médias, se sont déchaînés contre ce que j'écris. Contre le contenu et contre l'écriture. Ce qu'on me reproche, c'est une double obscénité, sociale et sexuelle. Sociale, parce que, dans des livres comme La place, Une femme, La honte, mais aussi Journal du dehors, je fais de l'inégalité des conditions, des cultures, la matière du texte, en évitant le populisme, qui serait tellement rassurant, acceptable... Sexuelle, parce que dans Passion simple, qui a mis le feu aux poudres, j'ai décrit tranquillement et précisément la passion d'une femme mûre --- vécue sur le mode adolescent et celui de la « romance », mais aussi très physique --- sans les marques affectives, la déploration, sans cette « romance » qu'on attend dans les écrits des femmes. De plus, une transgression des genres : il s'agit d'un récit autobiographique, mais portant sur un moment très court, rédigé de façon clinique.
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
1/2
Pour lire une version intégrale d'un entretien paru dans « le Nouvel Observateur » du 8 décembre 2011, c'est ici.
Pour trouver une analyse fine de « l'écriture plate » d'Annie Ernaux, cliquer ici.
Extrait p. 98
C'est un fait, d'abord insidieusement, à la publication de La place, puis ouvertement à la parution de Passion simple, des critiques en majorité parisiens et masculins, occupant des positions de pouvoir dans les médias, se sont déchaînés contre ce que j'écris. Contre le contenu et contre l'écriture. Ce qu'on me reproche, c'est une double obscénité, sociale et sexuelle. Sociale, parce que, dans des livres comme La place, Une femme, La honte, mais aussi Journal du dehors, je fais de l'inégalité des conditions, des cultures, la matière du texte, en évitant le populisme, qui serait tellement rassurant, acceptable... Sexuelle, parce que dans Passion simple, qui a mis le feu aux poudres, j'ai décrit tranquillement et précisément la passion d'une femme mûre --- vécue sur le mode adolescent et celui de la « romance », mais aussi très physique --- sans les marques affectives, la déploration, sans cette « romance » qu'on attend dans les écrits des femmes. De plus, une transgression des genres : il s'agit d'un récit autobiographique, mais portant sur un moment très court, rédigé de façon clinique.
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