"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

mardi 9 décembre 2014

Les derniers jours de Roland B.
Hervé Algalarrondo
Ed. Stock

Extrait de la quatrième de couverture :
A la fin des années 1970, Roland Barthes est internationalement reconnu. Professeur au Collège de France, auteur de best-sellers, il traîne derrière lui une foule de disciples. Journaux et magazines se disputent sa parole.
L'auteur, Hervé Algalarrondo est journaliste au Nouvel Observateur.

Mon avis est mitigé après la lecture de cet ouvrage paru en 2006 et que je découvre maintenant ; il contient beaucoup de détails intimes sur l'auteur des Fragments, mais ce n'est pas vraiment ce que je recherchais. Je reconnais cependant que cette lecture m'a été fort utile pour comprendre, dans un second temps, certains passages ou tournures de son ouvrage de référence auprès du grand public.
J'ai trouvé assez peu d'avis sur le Web : un article très négatif (mais la personne a avoué qu'elle n'avait pas lu le livre en question !) et un second qui, selon moi, exprime une opinion tout à fait objective sur cette biographie, je vous suggère donc la lecture de cet article publié sur le site parutions.com.

mardi 28 octobre 2014

Site officiel de la Vallée d'Aoste (ici)
Aoste en été
La cité idéale
Nord-Ouest de l'Italie


Aoste est une ville italienne de taille moyenne (35.000 habitants)  localisée non loin de la frontière et de la sortie du tunnel du Mont-Blanc (à environ 60 km de Chamonix). Située dans la vallée d'Aoste autonome et bilingue, elle offre de très nombreux vestiges de l'époque romaine.

Wikipédia les recense ainsi :
La ville est particulièrement connue par son important patrimoine artistique et architectonique d'époque romaine, dont la plupart est encore visible en élévation.
Le périmètre d'enceinte des fortifications romaines de la ville demeure visible en de nombreuses endroits. De plus, les tours sont également visibles comme la Tour du Bailliage, la Tour Fromage, la Tour du Pailleron, la Tour de Bramafam, la tour du lépreux (évoquée dans le roman Le lépreux de la cité d'Aoste de Xavier de Maistre), la Tourneuve, la Tour des Seigneurs de Quart à Saint-Ours (aussi Porte de l'Insinuation).
La Tour du Bailliage tire son nom de son utilisation par le bailli pendant le Moyen Âge.
Plan de la ville :



L'Arc d'Auguste :



Le pont de pierre :



La porte prétorienne (remodelée au Moyen-Âge) :





Le majestueux théâtre romain :





Il reste très peu de choses de l'amphithéâtre romain (un petit monticule dans un verger privé), juste quelques dessins de ce qui était le quartier des spectacles et représentations de la ville :



Le cryptoportique :





Nos points de vue concernent essentiellement les vestiges romains. Je ne montre pas volontairement la ville touristique, ses petites rues commerçantes et ses larges places ensoleillées mettant en valeur des édifices plus contemporains (comme l'hôtel de ville ou le musée archéologique régional). Photos copyright EF et SK.

lundi 25 août 2014

L'usage de la photo
Annie Ernaux
Marc Marie
Gallimard


Quatrième de couverture :

Souvent, depuis le début de notre relation, j'étais restée fascinée en découvrant au réveil la table non desservie du dîner, les chaises déplacées, nos vêtements emmêlés, jetés par terre n'importe où la veille au soir en faisant l'amour. C'était un paysage à chaque fois différent.
Je me demande pourquoi l'idée de le photographier ne m'est pas venue plus tôt. Ni pourquoi je n'ai jamais proposé cela à aucun homme. Peut-être considérais-je qu'il y avait là quelque chose de vaguement honteux, ou d'indigne. En un sens, il était moins obscène pour moi de photographier le sexe de M. 
Peut-être aussi ne pouvais-je le faire qu'avec cet homme-là et qu'à cette période de ma vie.


Pour plus d'information sur la construction de cet ouvrage, je vous conseille cet entretien paru en 2005 ici. C'est un des ouvrages biographiques les plus durs que j'ai eu à lire jusqu'à présent.  La charge émotionnelle étant un peu atténuée par l'exercice de duettiste qui nous est offert.

lundi 18 août 2014

Se perdre
Annie Ernaux
Folio
Article 2/2


Extrait p. 211--212

Samedi 8

Je ne sais pas ce que je vais commencer d'écrire, ni si même j'écrirai. De toute façon, une fois de plus, je l'aurai payé très cher. Nuit où le désir de mort était si fort, la souffrance morale si vive, que je comprenais le recours à n'importe quoi, tranquillisants, drogue. Heureusement, je n'avais sous la main qu'un malheureux Spasfon-Lyoc.. La raison n'en est pas vraiment S. --- la lucidité étant maintenant un peu plus acquise sur notre relation --- mais la nécessité absolue d'écrire, que je distingue mal de la douleur de vivre apparue depuis la fin avril.  C'est-à-dire que je suis dans le creux où fusionnent mort, écriture, sexe, voyant leur relation mais ne pouvant la surmonter. La dévider en un livre.
Et c'est toujours le même silence de l'été. Autrefois c'était l'attente  (qu'il arrive quelque chose, une rencontre évidemment). Maintenant, je sais que l'attente ne débouche jamais sur autre chose que la catastrophe (C.G. --- Philippe, S.) et je ne peux compter que sur les mots pour remplir ce vide.

Dimanche 9

Cette souffrance --- un peu mieux surmontée aujourd'hui --- est due à la conjonction de deux faits : la nécessité d'écrire et la lucidité sur l'absence d'amour de S. Les deux sont liés. Il fallait que la vérité se fasse pour que j'écrive. Mais il n'y a pas plus de vérité qu'avant, simplement un changement de croyances. Je renonce seulement à la passion pour écrire. Mais le passage de l'un à l'autre est atroce, très ambigu aussi : j'attends tout de même un appel de S. avant son départ pour Moscou.

lundi 11 août 2014

Le tour du monde en 80 jours
9e saison
Théâtre du Splendid
rue du Fg Saint-Martin
75010 Paris



Désormais, cette pièce adaptée en 2006 par Sébastien Azzopardi d'après l’œuvre de Jules Verne a été jouée plus de 2700 fois et en est à sa 9e saison. Et on comprend pourquoi ! Je vous conseille vraiment d'aller voir une des représentations de cette comédie (respectueuse du roman tout en le pimentant d'allusions contemporaines). Rires garantis.

Distribution de samedi dernier :
Dans le rôle de Phileas Fogg : Pierre Hélié
Pour Passe-partout : Guillaume Beaujolais
Pour princesse Aouda : Margaux Maillet
Dans le rôle d'un des consuls... : David Talbot
Pour l'inspecteur Fix : Frédéric Imberty

La carte du voyage (merci Wiki !) :

Carte du voyage de Phileas Fogg,
illustration originale d'Alphonse de Neuville et de Léon Benett


Un extrait datant de 2012, ici :

lundi 4 août 2014

Massage thaï traditionnel
Ma parenthèse Thaï...


J'ai rêvé que je recevais une invitation gratuite pour un soin découverte dans un institut Thaï. J'avais la possibilité de prendre un soin de 45 mn pour moi seule, ou un soin de 30 mn en duo. Qu'ai-je sélectionné ?

Après avoir imposé mon choix à mon (mal)chanceux amoureux... j'ai commencé à me renseigner sur la chose. Mais je me suis égarée : j'ai cherché massage traditionnel thaï. J'ai trouvé l'idée fort sympathique et me suis instruite sur Internet ; j'ai découvert des massages avec étirements façon hatha-yoga, et des avis d'internautes curieux (réels ou inventés ?) Enfin, d'après ce que j'ai lu : rien de mieux pour se détendre après une journée de travail (ou une journée de vacances, c'est égal...) Mon compagnon d'infortune étant novice en termes d'institut de ce genre, je trouvais adéquat de commencer par un massage habillé. Mais quand même, en relisant l'invitation, le terme « aux huiles essentielles » me laissait perplexe sur ce point.

Un extrait trouvé sur Internet (ici) :
Vieux de plus de 2500 ans, Le massage thai Nuad Bo-Rarn, puise ses origines du shiatsu, du massage indien et du yoga. Les pressions manuelles profondes de ce massage s’exercent avec les paumes sur des zones larges ou les pouces sur les points et lignes d’énergie.
 
Le massage thai utilise néanmoins d’autres ressources telles que : les coudes, les genoux ou les pieds. Cette technique permet d’atteindre tous les tissus de l’organisme, de l’épiderme, des muscles aux ligaments, ainsi que les vaisseaux sanguins.
 
Le massage thaï est un massage rythmé et chorégraphié, dans lequel se succèdent de manière naturelle un grand nombre de séquences, telle une danse. Chaque toucher s’accomplit dans une posture juste, et les nombreux changements de position se réalisent élégamment.

Découvrez le massage Thai en DUO ou en SOLO, le plaisir de partager un moment de détente à deux ou en amoureux dans une cabine double ou vous serez massés en même temps. C'est un voyage unique.
J'étais très fière de ma trouvaille, j'en parlais à mon correspondant, visiblement ému de ce futur partage d'expérience...

Le jour dit, à un quart d'heure du rendez-vous, nous étions sur place. Waouh ! Quel quartier... l'extérieur de la boutique ne payait vraiment pas de mine : un des volets métalliques était tout brinquebalant, de grandes affiches roses empêchaient toute vision de l'intérieur. Un tantinet décontenancés, nous avons failli faire demi-tour. Après avoir longuement hésité (un petit tour de cinq minutes dans le quartier nous a décidés à opter pour l'intérieur d'une boutique plutôt que de trainer plus avant) nous avons courageusement franchi le pas. L'hôtesse d'accueil, qui nous avait repérés de loin, nous a ouvert la porte avant que je ne m'y attende. Le hall d'accueil était pimpant, joliment meublé et rempli d'orchidées. Après les questions d'usage, on nous a demandé de nous asseoir dans un confortable canapé. Puis on nous a apporté des chaussures (sorte de tongs blanches et mal fichues) à usage unique. La galère commençait pour mon binôme...

Puis, nous avons traversé un long et étroit couloir, couvert de boiseries sombres et faiblement éclairé de rouge et attendu devant une large cabine double (sorte de chambre, devrais-je plutôt dire), fermée par des portes coulissantes et toute éclairée de bleu. Lumière tamisée, tentures séparant ou non la chambre en deux, fleurs, tables de massage. Une des masseuses dispose sur chaque table un petit paquet clos par un élastique, mais je ne comprends que la fin de sa phrase : «  un pour Madame, un pour Monsieur ». On nous laisse seuls dix minutes pour se préparer. Deuxième coup de stress pour mon binôme : la découverte du petit truc emballé à son attention...

Finalement, la porte coulisse dans notre dos, je me retourne avec peine et vois deux masseuses, entièrement habillées de noir qui parlent une langue que je ne connais pas ; je pense aux Yamakasi de Luc Besson ! En fait, nous avons bénéficié d'un modelage Thaï aux huiles essentielles (et non un massage traditionnel comme je le pensais initialement). Et je ne m'étais pas préparée à cela (aucune lecture sur le Web, aucun témoignage repéré au préalable). Mon binôme ne mouftait pas, je n'entendais aucun souffle m'indiquant si nous bénéficiions du même traitement. Après coup, il m'a avoué avoir failli éclater de rire, en pensant à une femme, une inconnue, qu'il aurait éconduite dans la journée sans y prendre garde et qui serait venue se venger en piétinant son corps dans la soirée !

Ce modelage en couple à l'huile délicatement parfumée,
consiste en une succession de frictions et de pétrissages
sur tout le corps pour assouplir, raffermir, et apaiser.
Photo trouvée ici.
Tout ce dont je me souviens, c'est que les masseuses étaient très musclées, qu'à un moment elles sont montées sur les tables de massage, qu'elles ont traité chaque partie très fermement (de la pointe des pieds au somment du crâne). Pour moi,  le moins plaisant ayant été le massage pas franchement doux du cuir chevelu... et le plus surprenant, pour nous deux, la compresse bouillante sur les yeux. A la fin, une douce impression de flotter. Une légère fatigue, mais absolument pas désagréable, comme après de doux exercices ayant fait travailler chacun de nos muscles, un à un...

Une fois rhabillés, après avoir parcouru dans l'autre sens le long couloir et croisé un autre couplé également affublé de ces inconfortables chausses en plastique, et de retour dans le salon d'accueil, une tasse de thé nous a été offerte. Nous sommes repartis, mi-surpris, mi-tourneboulés par cette aventure. Un peu étourdis, nous sommes cependant restés très sérieux jusqu'à la fin.

Mon rêve se terminait par un dîner au cours duquel une bouteille de vin rouge d'Alsace grignotait notre réserve habituelle et nous permettait de partager toutes nos impressions et nos ressentis entre deux fous rire à peine retenus dans le restaurant. Et comme c'était une expérience simplement spirituelle, nul besoin de s'inquiéter de l'apparition d'éventuelles douleurs ou courbatures dès le lendemain. N'est-ce pas ?

A recommencer, en vrai cette fois ! Et pourquoi pas, avec un vrai traditionnel thaï ?!

jeudi 31 juillet 2014

Se perdre
Annie Ernaux
Folio

J'aurais dû me méfier. Lire plus attentivement la quatrième de couverture. Être à l'écoute du titre. Au lieu d'être alertée par tous ces indices, j'ai préféré me fier à ma mémoire (ô combien sélective...) Je lis rarement les critiques avant d'aborder un ouvrage. Mais après, oui. J'avais adoré « Passion simple » et l'idée d'approcher la même histoire sous un autre angle, avec un autre style d'écriture m'avait complètement séduite. Je n'avais voulu garder de ma première lecture que les belles impressions, que l'élan positif, le côté magique de ce que je comprenais ou interprétais. C'était sans compter sur le romantisme de la passion, vous savez, ce balancement, ce questionnement perpétuel si bien décrit par Roland Barthes.

Avec une analyse critique, de froides interrogations, l'auteure nous fait revivre l'année qu'elle a déjà écrite une fois. Mais désormais, nous parcourrons avec elle ses longs moments de solitude entrecoupés de purs bonheurs. Que se passe-t-il entre deux rendez-vous avec son amant ? Que signifient ses silences à durée variable ? Faut-il chercher à les interpréter ? Pourquoi le laisse-t-elle décider la date de chacun de leur rendez-vous ? A-telle simplement l'envie ou le courage d'en tirer des conséquences ? Leurs différences (ils ont 12 ans d'écart, mais pas que...) sont-elles un point positif ou bien... On ne sait presque rien de lui, il est Slave. Elle, elle écrit, voyage et corrige des copies. Pourquoi aime-t-elle tant l'attente de le croiser à nouveau ? Que lui apporte cette vie entrecoupée de  montagnes russes ?

L'auteure avait prévenu : A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »...

Ma lecture de ce journal n'a pu se faire que lentement, histoire de ne pas trop m'attacher à ces mots qui résonnent. Il m'a fallu un prendre un certain recul, pour ne lire qu'en spectatrice. Ce texte, en tout cas, ne laisse pas indifférent : voir cet article de 2001 paru dans l'Express ! Une autre critique, parue dans le Parisien à la même époque, est fort éloquente... J'omets volontairement d'autres critiques trop virulentes.

Un document exceptionnel, fascinant et accablant. (Josyane Savigneau, Le Monde,  01/01/2007)