"Femmes qui courent avec les loups"
Histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage
Clarissa Pinkola Estés
Quatrième de couverture (extrait) :
Psychanalyste et conteuse, fascinée par les mythes et légendes, auteur également du
Jardinier de l’Éden, Clarissa Pinkola Estés nous propose de retrouver cette part enfouie, pleine de vitalité et de générosité, vibrante, donneuse de vie. A travers des fouilles "psycho-archéologiques" des ruines de l'inconscient féminin, en faisant appel aux traditions et aux représentations les plus diverses, de la Vierge Marie à Vénus, de Barbe-bleue à la petite marchande d'allumettes, elle ouvre la route et démontre qu'il ne tient qu'à chacune de retrouver en elle la Femme sauvage.(...)
Première de couverture : Détail du tableau "Deux femmes courant sur la plage", Picasso.
Chapitre 9 : Rentrer chez soi : retour à soi-même
p. 389 Il est bon, il est nécessaire que les femmes affirment, par tous les
moyens, leur droit à rentrer chez soi. Chez soi, c'est un état d'humeur
ou une impression qui nous permet d'éprouver de manière soutenue des
sentiments que l'on ne peut pas toujours éprouver de la sorte dans la
vie courante : l'émerveillement, la vision, la paix, l'absence de soucis
et de demandes à notre égard. Ces trésors doivent être dissimulés dans
la psyché afin de servir plus tard, dans le monde du dessus.
Il y a de nombreux endroits psychiques où l'on peut se rendre pour
"sentir" le chemin du retour vers ce domicile très particulier, mais
l'endroit physique lui-même n'est pas ce chez soi. Il est seulement le
véhicule pour endormir le moi, afin que nous puissions continuer seules
la route. Ces véhicules sont nombreux, par exemple la musique, l'art, la
forêt, les embruns, le lever du soleil, la solitude. Ils nous
conduisent vers un monde intérieur nourricier, qui a des idées, un
ordre, une subsistance propre.
Ce chez-soi, c'est la vie instinctuelle qui fonctionne de manière
parfaitement huilée, où tout est à sa place, où chaque bruit a sa raison
d'être, où la lumière est bonne et où les odeurs nous calment au lieu
de nous alarmer. Ce qui se passe au retour n'a guère d'importance. Ce
qui en a, c'est ce qui renforce l'équilibre. Et c'est cela, chez soi.
p. 406 Jung disait : "Il serait beaucoup plus simple d'admettre notre pauvreté
spirituelle... quand l'esprit se fait lourd, il se change en eau... Le
chemin de l'âme... mène donc à l'eau." Nos retours vers notre chez-soi,
les moments que nous passons à converser avec le phoque sur le rocher
sont des actes d'écologie innée et intégrale, car ils représentent un
retour à l'eau, une rencontre avec l'amie sauvage, celle qui, plus que
tout autre, nous aime inconditionnellement. Il nous suffit de plonger
notre regard dans ces yeux qui expriment l'âme et qui sont "sauvages,
sages et aimants".
Chapitre 8 : l'instinct de conservation : identifier les pièges, cages et appâts empoisonnés
p. 331-332 Les femmes trichent souvent ainsi avec elles-mêmes. Elles ont laissé
détruire leur trésor, quel qu'il soit, mais elles en récupèrent des
petits bouts comme elles le peuvent. Écrivent-elles ? Oui, mais en
secret et personne ne peut leur donner une opinion, les encourager.
Sont-elles ambitieuses ? Oui, mais elles prétendent que non, tout en
souhaitant leur réussite, celle de leurs proches, de l'univers dans
lequel elles vivent et elles restent avec leurs rêves, obligées de se
battre et d'avancer en silence. Ne pas avoir de confident, de guide,
rester sans personne pour nous encourager est mortel.
C'est là un mode de vie minimal. Elles ne montrent rien, mais dès qu'un
rai de lumière apparaît, leur soi affamé sort d'un bond et se précipite
vers la forme de vie la plus proche, se dépense follement, danse
jusqu'à l'épuisement, puis tente de regagner sa cellule obscure avant
qu'on se soit aperçu de son absence.
On trouve ce comportement chez les femmes mal mariées, chez celles
auxquelles on fait sentir leur infériorité, celles qui craignent le
ridicule, l'humiliation, la punition, celles dont l'instinct est
endommagé. Or, une telle attitude n'est bonne
que dans la mesure
où les petits bouts de vie dérobée sont les bons, c'est-à-dire ceux qui
vont jouer un rôle positif et conduire à la libération de la femme
captive en donnant à l'âme la détermination de cesser ce genre de chose
et de mener au grand jour la vie qui lui convient.
Voyez-vous, il y a quelque chose, dans l'âme sauvage, qui ne nous permet
pas de subsister indéfiniment grâce à des miettes, grâce à quelques
goulées d'air pur et qui nous oblige à nous nourrir, à respirer
pleinement. Même si, comme un enfant, vous essayez de retenir votre
respiration ou de n'aspirer que quelques goulées d'air, le moment vient
où une force viscérale vous oblige à prendre une grande inspiration. Et
vous respirez de nouveau normalement.
Par bonheur, cela se passe aussi comme ça dans l'âme/psyché. Elle prend
les commandes et vous oblige à inspirer à fond. D'ailleurs au fond de
nous-mêmes, nous savons que nous ne pouvons pas vivre ainsi. La force
sauvage qui se trouve dans l'âme de la femme réclame l'accès à ce bon
air.
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| "Deux femmes courant sur la plage" (la course) Picasso. |