"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

jeudi 31 juillet 2014

Se perdre
Annie Ernaux
Folio

J'aurais dû me méfier. Lire plus attentivement la quatrième de couverture. Être à l'écoute du titre. Au lieu d'être alertée par tous ces indices, j'ai préféré me fier à ma mémoire (ô combien sélective...) Je lis rarement les critiques avant d'aborder un ouvrage. Mais après, oui. J'avais adoré « Passion simple » et l'idée d'approcher la même histoire sous un autre angle, avec un autre style d'écriture m'avait complètement séduite. Je n'avais voulu garder de ma première lecture que les belles impressions, que l'élan positif, le côté magique de ce que je comprenais ou interprétais. C'était sans compter sur le romantisme de la passion, vous savez, ce balancement, ce questionnement perpétuel si bien décrit par Roland Barthes.

Avec une analyse critique, de froides interrogations, l'auteure nous fait revivre l'année qu'elle a déjà écrite une fois. Mais désormais, nous parcourrons avec elle ses longs moments de solitude entrecoupés de purs bonheurs. Que se passe-t-il entre deux rendez-vous avec son amant ? Que signifient ses silences à durée variable ? Faut-il chercher à les interpréter ? Pourquoi le laisse-t-elle décider la date de chacun de leur rendez-vous ? A-telle simplement l'envie ou le courage d'en tirer des conséquences ? Leurs différences (ils ont 12 ans d'écart, mais pas que...) sont-elles un point positif ou bien... On ne sait presque rien de lui, il est Slave. Elle, elle écrit, voyage et corrige des copies. Pourquoi aime-t-elle tant l'attente de le croiser à nouveau ? Que lui apporte cette vie entrecoupée de  montagnes russes ?

L'auteure avait prévenu : A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »...

Ma lecture de ce journal n'a pu se faire que lentement, histoire de ne pas trop m'attacher à ces mots qui résonnent. Il m'a fallu un prendre un certain recul, pour ne lire qu'en spectatrice. Ce texte, en tout cas, ne laisse pas indifférent : voir cet article de 2001 paru dans l'Express ! Une autre critique, parue dans le Parisien à la même époque, est fort éloquente... J'omets volontairement d'autres critiques trop virulentes.

Un document exceptionnel, fascinant et accablant. (Josyane Savigneau, Le Monde,  01/01/2007)

jeudi 24 juillet 2014

Mimmo Rotella, La malicieuse (détail)
L'écriture comme un couteau
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
2/2


Deux autres critiques de ce livre de correspondances avec un journaliste, durant environ une année : la première , et l'autre ici.

Évidemment, j'ai eu très envie, moi aussi, de comparer Se perdre et Passion simple. Je vous dirai, enfin, dès que...


Extrait p. 38

De ces deux circonstances --- le délai de dix ans et l'existence d'un livre --- la seconde est principale, c'est elle qui motive la publication. Sans doute, le délai est important : c'est lui qui me permet de jeter sur le journal un regard objectif, froid, de considérer le « je » comme un autre, une autre, et, surtout, de voir au-delà du contexte de ce temps là, au-delà des sentiments exprimés, de voir, sentir devrais-je dire, l'écriture, la vérité produite par l'écriture.  Mais la publication du journal me permet de faire « jouer » le premier texte, de lui donner un autre éclairage, au risque de déstabiliser le lecteur qui se trouve devant ces deux "versions" de la passion, par exemple avec Se perdre et Passion simple. Une version longue, écrite au jour le jour, dans l'opacité du présent, l'autre, brève, épurée, tournée vers la description de la réalité de la passion. A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »... Démystifier aussi la clôture de l’œuvre.

jeudi 17 juillet 2014

L'écriture comme un couteau
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
1/2


Pour lire une version intégrale d'un entretien paru dans « le Nouvel Observateur » du 8 décembre 2011, c'est ici.

Pour trouver une analyse fine de « l'écriture plate » d'Annie Ernaux, cliquer ici.

Extrait p. 98

C'est un fait, d'abord insidieusement, à la publication de La place, puis ouvertement à la parution de Passion simple, des critiques en majorité parisiens et masculins, occupant des positions de pouvoir dans les médias, se sont déchaînés contre ce que j'écris. Contre le contenu et contre l'écriture. Ce qu'on me reproche, c'est une double obscénité, sociale et sexuelle. Sociale, parce que, dans des livres comme La place, Une femme, La honte, mais aussi Journal du dehors, je fais de l'inégalité des conditions, des cultures, la matière du texte, en évitant le populisme, qui serait tellement rassurant, acceptable... Sexuelle, parce que dans Passion simple, qui a mis le feu aux poudres, j'ai décrit tranquillement et précisément la passion d'une femme mûre --- vécue sur le mode adolescent et celui de la « romance », mais aussi très physique --- sans les marques affectives, la déploration, sans cette « romance » qu'on attend dans les écrits des femmes. De plus, une transgression des genres : il s'agit d'un récit autobiographique, mais portant sur un moment très court, rédigé de façon clinique.

mardi 15 juillet 2014

La contrainte 
in Un mariage à Lyon
Stefan Zweig


Extrait p. 148

Il se tenait sur le perron de la deuxième gare avant son pays natal. De l'autre côté, bien distinct dans la lumière mate, un pont enjambait la rivière : c'était la frontière. Son esprit vidé essayer de donner une signification à ce mot. De ce côté ci donc on avait encore le droit de vivre, de respirer, de parler librement, d'agir à sa guise, de travailler à une œuvre importante, et à huit cents pas au-delà de ce pont on enlevait toute volonté à votre corps, comme on arrache les entrailles d'un animal, il fallait obéir à des inconnus et poignarder d'autres inconnus. C'était tout cela que représentait ce petit pont, dix douzaines de poteaux de bois reliés par deux traverses. Et pour cette raison deux hommes se trouvaient là, dans des costumes de couleur différente, absurdes, avec des fusils, pour en assurer la garde. Un sentiment vague le torturait, il s'apercevait qu'il ne parvenait plus à réfléchir clairement mais ses pensées défilaient toujours. Que voulaient-ils empêcher auprès de ce morceau de bois ? Que quelqu'un ne passe d'un pays à l'autre, fuyant celui où on vous vidait de votre volonté pour se réfugier de l'autre côté ? Pourtant lui-même, ne voulait-il pas traverser ? Oui, mais c'était différent, il quittait la liberté pour...
Il s'interrompit dans ses considérations. L'idée de la frontière l'hypnotisait. Depuis qu'il la voyait, concrète, bien réelle, surveillée par deux hommes en habits de soldats qui s'ennuyaient, il y avait quelque chose en lui qu'il ne comprenait plus tout à fait. Il chercha à rassembler ses esprits : c'était la guerre. Mais seulement dans ce pays là-bas --- la guerre était un kilomètre plus loin, ou plus exactement elle commençait à un kilomètre moins deux cents mètres.

Photo prise ce 14 juillet 2014

Photo prise ce 14 juillet 2014

vendredi 4 juillet 2014

Indochine au stade de France 
27 juin 2014

Quelques photos « maison » du grand soir et un avant-goût du final... (les fichiers sont © EF, sauf les 3 premiers).



 








Il était impossible de publier ici les 7 mn de la vidéo, nous n'avons pu garder que le début :



mercredi 2 juillet 2014

lundi 28 avril 2014

Musée de Montmartre
Jardin de Renoir
12--14 rue Cortot
75018 Paris


Ce week-end de Pâques, le musée de Montmartre organisait une chasse aux œufs dans les jardins Renoir. Occasion de visiter le musée, son exposition temporaire « Picasso à Montmartre – la BD « Pablo » de Julie Birmant et Clément Oubrerie » (jusqu'au 31 août 2014) et de profiter de la vue sur les environs.

Pour apercevoir plus de photos (dont cette image), cliquer ici :

Cette photo de Musée de Montmartre est fournie gracieusement par TripAdvisor

Les photos de l'exposition n'étant pas autorisées, il ne nous restait plus qu'à prendre la maison (du XVIIe s.), son jardin, les vignes avoisinantes (du Moyen-Âge, mais replantées en 1933) et l'architecture typique de ce quartier (copyright EF).