"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

lundi 4 août 2014

Massage thaï traditionnel
Ma parenthèse Thaï...


J'ai rêvé que je recevais une invitation gratuite pour un soin découverte dans un institut Thaï. J'avais la possibilité de prendre un soin de 45 mn pour moi seule, ou un soin de 30 mn en duo. Qu'ai-je sélectionné ?

Après avoir imposé mon choix à mon (mal)chanceux amoureux... j'ai commencé à me renseigner sur la chose. Mais je me suis égarée : j'ai cherché massage traditionnel thaï. J'ai trouvé l'idée fort sympathique et me suis instruite sur Internet ; j'ai découvert des massages avec étirements façon hatha-yoga, et des avis d'internautes curieux (réels ou inventés ?) Enfin, d'après ce que j'ai lu : rien de mieux pour se détendre après une journée de travail (ou une journée de vacances, c'est égal...) Mon compagnon d'infortune étant novice en termes d'institut de ce genre, je trouvais adéquat de commencer par un massage habillé. Mais quand même, en relisant l'invitation, le terme « aux huiles essentielles » me laissait perplexe sur ce point.

Un extrait trouvé sur Internet (ici) :
Vieux de plus de 2500 ans, Le massage thai Nuad Bo-Rarn, puise ses origines du shiatsu, du massage indien et du yoga. Les pressions manuelles profondes de ce massage s’exercent avec les paumes sur des zones larges ou les pouces sur les points et lignes d’énergie.
 
Le massage thai utilise néanmoins d’autres ressources telles que : les coudes, les genoux ou les pieds. Cette technique permet d’atteindre tous les tissus de l’organisme, de l’épiderme, des muscles aux ligaments, ainsi que les vaisseaux sanguins.
 
Le massage thaï est un massage rythmé et chorégraphié, dans lequel se succèdent de manière naturelle un grand nombre de séquences, telle une danse. Chaque toucher s’accomplit dans une posture juste, et les nombreux changements de position se réalisent élégamment.

Découvrez le massage Thai en DUO ou en SOLO, le plaisir de partager un moment de détente à deux ou en amoureux dans une cabine double ou vous serez massés en même temps. C'est un voyage unique.
J'étais très fière de ma trouvaille, j'en parlais à mon correspondant, visiblement ému de ce futur partage d'expérience...

Le jour dit, à un quart d'heure du rendez-vous, nous étions sur place. Waouh ! Quel quartier... l'extérieur de la boutique ne payait vraiment pas de mine : un des volets métalliques était tout brinquebalant, de grandes affiches roses empêchaient toute vision de l'intérieur. Un tantinet décontenancés, nous avons failli faire demi-tour. Après avoir longuement hésité (un petit tour de cinq minutes dans le quartier nous a décidés à opter pour l'intérieur d'une boutique plutôt que de trainer plus avant) nous avons courageusement franchi le pas. L'hôtesse d'accueil, qui nous avait repérés de loin, nous a ouvert la porte avant que je ne m'y attende. Le hall d'accueil était pimpant, joliment meublé et rempli d'orchidées. Après les questions d'usage, on nous a demandé de nous asseoir dans un confortable canapé. Puis on nous a apporté des chaussures (sorte de tongs blanches et mal fichues) à usage unique. La galère commençait pour mon binôme...

Puis, nous avons traversé un long et étroit couloir, couvert de boiseries sombres et faiblement éclairé de rouge et attendu devant une large cabine double (sorte de chambre, devrais-je plutôt dire), fermée par des portes coulissantes et toute éclairée de bleu. Lumière tamisée, tentures séparant ou non la chambre en deux, fleurs, tables de massage. Une des masseuses dispose sur chaque table un petit paquet clos par un élastique, mais je ne comprends que la fin de sa phrase : «  un pour Madame, un pour Monsieur ». On nous laisse seuls dix minutes pour se préparer. Deuxième coup de stress pour mon binôme : la découverte du petit truc emballé à son attention...

Finalement, la porte coulisse dans notre dos, je me retourne avec peine et vois deux masseuses, entièrement habillées de noir qui parlent une langue que je ne connais pas ; je pense aux Yamakasi de Luc Besson ! En fait, nous avons bénéficié d'un modelage Thaï aux huiles essentielles (et non un massage traditionnel comme je le pensais initialement). Et je ne m'étais pas préparée à cela (aucune lecture sur le Web, aucun témoignage repéré au préalable). Mon binôme ne mouftait pas, je n'entendais aucun souffle m'indiquant si nous bénéficiions du même traitement. Après coup, il m'a avoué avoir failli éclater de rire, en pensant à une femme, une inconnue, qu'il aurait éconduite dans la journée sans y prendre garde et qui serait venue se venger en piétinant son corps dans la soirée !

Ce modelage en couple à l'huile délicatement parfumée,
consiste en une succession de frictions et de pétrissages
sur tout le corps pour assouplir, raffermir, et apaiser.
Photo trouvée ici.
Tout ce dont je me souviens, c'est que les masseuses étaient très musclées, qu'à un moment elles sont montées sur les tables de massage, qu'elles ont traité chaque partie très fermement (de la pointe des pieds au somment du crâne). Pour moi,  le moins plaisant ayant été le massage pas franchement doux du cuir chevelu... et le plus surprenant, pour nous deux, la compresse bouillante sur les yeux. A la fin, une douce impression de flotter. Une légère fatigue, mais absolument pas désagréable, comme après de doux exercices ayant fait travailler chacun de nos muscles, un à un...

Une fois rhabillés, après avoir parcouru dans l'autre sens le long couloir et croisé un autre couplé également affublé de ces inconfortables chausses en plastique, et de retour dans le salon d'accueil, une tasse de thé nous a été offerte. Nous sommes repartis, mi-surpris, mi-tourneboulés par cette aventure. Un peu étourdis, nous sommes cependant restés très sérieux jusqu'à la fin.

Mon rêve se terminait par un dîner au cours duquel une bouteille de vin rouge d'Alsace grignotait notre réserve habituelle et nous permettait de partager toutes nos impressions et nos ressentis entre deux fous rire à peine retenus dans le restaurant. Et comme c'était une expérience simplement spirituelle, nul besoin de s'inquiéter de l'apparition d'éventuelles douleurs ou courbatures dès le lendemain. N'est-ce pas ?

A recommencer, en vrai cette fois ! Et pourquoi pas, avec un vrai traditionnel thaï ?!

jeudi 31 juillet 2014

Se perdre
Annie Ernaux
Folio

J'aurais dû me méfier. Lire plus attentivement la quatrième de couverture. Être à l'écoute du titre. Au lieu d'être alertée par tous ces indices, j'ai préféré me fier à ma mémoire (ô combien sélective...) Je lis rarement les critiques avant d'aborder un ouvrage. Mais après, oui. J'avais adoré « Passion simple » et l'idée d'approcher la même histoire sous un autre angle, avec un autre style d'écriture m'avait complètement séduite. Je n'avais voulu garder de ma première lecture que les belles impressions, que l'élan positif, le côté magique de ce que je comprenais ou interprétais. C'était sans compter sur le romantisme de la passion, vous savez, ce balancement, ce questionnement perpétuel si bien décrit par Roland Barthes.

Avec une analyse critique, de froides interrogations, l'auteure nous fait revivre l'année qu'elle a déjà écrite une fois. Mais désormais, nous parcourrons avec elle ses longs moments de solitude entrecoupés de purs bonheurs. Que se passe-t-il entre deux rendez-vous avec son amant ? Que signifient ses silences à durée variable ? Faut-il chercher à les interpréter ? Pourquoi le laisse-t-elle décider la date de chacun de leur rendez-vous ? A-telle simplement l'envie ou le courage d'en tirer des conséquences ? Leurs différences (ils ont 12 ans d'écart, mais pas que...) sont-elles un point positif ou bien... On ne sait presque rien de lui, il est Slave. Elle, elle écrit, voyage et corrige des copies. Pourquoi aime-t-elle tant l'attente de le croiser à nouveau ? Que lui apporte cette vie entrecoupée de  montagnes russes ?

L'auteure avait prévenu : A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »...

Ma lecture de ce journal n'a pu se faire que lentement, histoire de ne pas trop m'attacher à ces mots qui résonnent. Il m'a fallu un prendre un certain recul, pour ne lire qu'en spectatrice. Ce texte, en tout cas, ne laisse pas indifférent : voir cet article de 2001 paru dans l'Express ! Une autre critique, parue dans le Parisien à la même époque, est fort éloquente... J'omets volontairement d'autres critiques trop virulentes.

Un document exceptionnel, fascinant et accablant. (Josyane Savigneau, Le Monde,  01/01/2007)

jeudi 24 juillet 2014

Mimmo Rotella, La malicieuse (détail)
L'écriture comme un couteau
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
2/2


Deux autres critiques de ce livre de correspondances avec un journaliste, durant environ une année : la première , et l'autre ici.

Évidemment, j'ai eu très envie, moi aussi, de comparer Se perdre et Passion simple. Je vous dirai, enfin, dès que...


Extrait p. 38

De ces deux circonstances --- le délai de dix ans et l'existence d'un livre --- la seconde est principale, c'est elle qui motive la publication. Sans doute, le délai est important : c'est lui qui me permet de jeter sur le journal un regard objectif, froid, de considérer le « je » comme un autre, une autre, et, surtout, de voir au-delà du contexte de ce temps là, au-delà des sentiments exprimés, de voir, sentir devrais-je dire, l'écriture, la vérité produite par l'écriture.  Mais la publication du journal me permet de faire « jouer » le premier texte, de lui donner un autre éclairage, au risque de déstabiliser le lecteur qui se trouve devant ces deux "versions" de la passion, par exemple avec Se perdre et Passion simple. Une version longue, écrite au jour le jour, dans l'opacité du présent, l'autre, brève, épurée, tournée vers la description de la réalité de la passion. A chaque fois, le texte du journal (« Je ne suis pas sortie de ma nuit » comme Se perdre) est plus violent, cru, que l'autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n'ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, « fournir toutes les pièces »... Démystifier aussi la clôture de l’œuvre.

jeudi 17 juillet 2014

L'écriture comme un couteau
Annie Ernaux
Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet
Folio
1/2


Pour lire une version intégrale d'un entretien paru dans « le Nouvel Observateur » du 8 décembre 2011, c'est ici.

Pour trouver une analyse fine de « l'écriture plate » d'Annie Ernaux, cliquer ici.

Extrait p. 98

C'est un fait, d'abord insidieusement, à la publication de La place, puis ouvertement à la parution de Passion simple, des critiques en majorité parisiens et masculins, occupant des positions de pouvoir dans les médias, se sont déchaînés contre ce que j'écris. Contre le contenu et contre l'écriture. Ce qu'on me reproche, c'est une double obscénité, sociale et sexuelle. Sociale, parce que, dans des livres comme La place, Une femme, La honte, mais aussi Journal du dehors, je fais de l'inégalité des conditions, des cultures, la matière du texte, en évitant le populisme, qui serait tellement rassurant, acceptable... Sexuelle, parce que dans Passion simple, qui a mis le feu aux poudres, j'ai décrit tranquillement et précisément la passion d'une femme mûre --- vécue sur le mode adolescent et celui de la « romance », mais aussi très physique --- sans les marques affectives, la déploration, sans cette « romance » qu'on attend dans les écrits des femmes. De plus, une transgression des genres : il s'agit d'un récit autobiographique, mais portant sur un moment très court, rédigé de façon clinique.

mardi 15 juillet 2014

La contrainte 
in Un mariage à Lyon
Stefan Zweig


Extrait p. 148

Il se tenait sur le perron de la deuxième gare avant son pays natal. De l'autre côté, bien distinct dans la lumière mate, un pont enjambait la rivière : c'était la frontière. Son esprit vidé essayer de donner une signification à ce mot. De ce côté ci donc on avait encore le droit de vivre, de respirer, de parler librement, d'agir à sa guise, de travailler à une œuvre importante, et à huit cents pas au-delà de ce pont on enlevait toute volonté à votre corps, comme on arrache les entrailles d'un animal, il fallait obéir à des inconnus et poignarder d'autres inconnus. C'était tout cela que représentait ce petit pont, dix douzaines de poteaux de bois reliés par deux traverses. Et pour cette raison deux hommes se trouvaient là, dans des costumes de couleur différente, absurdes, avec des fusils, pour en assurer la garde. Un sentiment vague le torturait, il s'apercevait qu'il ne parvenait plus à réfléchir clairement mais ses pensées défilaient toujours. Que voulaient-ils empêcher auprès de ce morceau de bois ? Que quelqu'un ne passe d'un pays à l'autre, fuyant celui où on vous vidait de votre volonté pour se réfugier de l'autre côté ? Pourtant lui-même, ne voulait-il pas traverser ? Oui, mais c'était différent, il quittait la liberté pour...
Il s'interrompit dans ses considérations. L'idée de la frontière l'hypnotisait. Depuis qu'il la voyait, concrète, bien réelle, surveillée par deux hommes en habits de soldats qui s'ennuyaient, il y avait quelque chose en lui qu'il ne comprenait plus tout à fait. Il chercha à rassembler ses esprits : c'était la guerre. Mais seulement dans ce pays là-bas --- la guerre était un kilomètre plus loin, ou plus exactement elle commençait à un kilomètre moins deux cents mètres.

Photo prise ce 14 juillet 2014

Photo prise ce 14 juillet 2014

vendredi 4 juillet 2014

Indochine au stade de France 
27 juin 2014

Quelques photos « maison » du grand soir et un avant-goût du final... (les fichiers sont © EF, sauf les 3 premiers).



 








Il était impossible de publier ici les 7 mn de la vidéo, nous n'avons pu garder que le début :



mercredi 2 juillet 2014