"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

samedi 13 octobre 2012

"Le désir d'amour"
Dieter Wellershoff
Éditions de Fallois


Photo de couverture : Johannes Hüppi, sans titre, 1998

Note de l'éditeur

L'amour survit-il au mariage ? Le mariage résiste-t-il à l'amour ? La passion est-elle condamnée à l'échec ?

Sur ce thème éternel --- celui du couple --- Dieter Wellershoff a écrit un roman d'un grand classicisme et d'une totale originalité.
Les quatre personnages de cette histoire sont comme quatre pions sur le terrain, qui bougent selon une logique implacable. Dans l'art du roman, l'auteur fait preuve d'une maîtrise parfaite. Aucun mot qui soit superflu ou qui manque. Et la composition de cette œuvre intimiste est si rigoureuse que beaucoup de détails ne prennent leur sens qu'à la fin, lorsque l'on connaît toute cette tragique histoire.

"Un chef d’œuvre... J'ai rarement vu, dans notre littérature contemporaine, une aussi bonne représentation de l'amour..."
Marcel Reich-Ranicki, Literarischen Quartett

 "Wellershoff nous apporte la preuve que le roman n'est pas mort, qu'il peut encore peindre les passions et toucher la sensibilité."
 Volker Hage, Der Speigel

Extrait 

p. 32 J'acceptais tout cela, peut-être parce que mon travail était un échec et qu'il m'en distrayait en ne me parlant que de ce qui l'intéressait. J'étais depuis longtemps dans une impasse. Mais auprès de lui, je ne me sentais pas coupable de ne rien faire, ni de n'avoir rien à dire. Je remarquai que je me défaisais de mon ambition comme d'un vieux fardeau superflu.
Il paraissait décidé à me soulager de tout, car c'était sa façon à lui de se rapprocher de moi : non pas directement, mais par le détour des choses quotidiennes. Lorsqu'il venait, il avait toujours fait les courses. Et il lui arrivait de me chasser de la cuisine, parce qu'il voulait me faire la surprise d'un plat de célibataire. Tous ses gestes m'invitaient à lui faire confiance et à me laisser dorloter par lui. Je n'étais pas toujours sûre d'aimer ça. Je ne le connaissais pas vraiment, mais je m'habituais à lui. Sans me sentir mauvaise conscience, je passais des heures à me détendre sur la terrasse, allongée sur une chaise longue. Je me disais que j'avais besoin de ce répit. Et plus je me complaisais à cet état, plus je me mettais à penser qu'avais surgi à mes côtés un homme qui m'ouvrait la porte de la vie.

Johannes Hüppi (ici).

2 commentaires:

  1. Je préfère les toiles de Johannes Hüppi (surtout la deuxième) à ce roman dont il est dit, de manière plutôt rigolote, qu'il est "d'un grand classicisme et d'une totale originalité".

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    1. C'est vrai que cette phrase m'a interpellée également...

      Depuis j'ai un peu progressé dans la lecture de ce roman et je dois rajouter une certaine mise en garde : l'histoire n'est pas des plus optimistes et comme les descriptions sont très réalistes on peut facilement et rapidement en être affecté(e)...

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