"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

dimanche 7 octobre 2012

"Le prochain amour"
Yves Simon
Livre de Poche


Une jolie analyse du roman ici, et une petite biographie ici.


Note de l'éditeur

Ce roman raconte l'histoire d'une passion, qui comme toutes les passions, n'avait aucune raison d'advenir. L'homme, un écrivain, qui se croit à l'abri de la folie d'aimer, rencontre Irène, la femme-paradoxe, la fille futile aux étranges blessures, émouvante par ses naïvetés et déroutante par son inconstance. Tout les oppose. Lui n'aspire qu'à l'absolu. Elle, au contraire, n'appartient qu'aux instants et aux désirs éphémères.
Commence alors l'aventure d'un bonheur singulier et vacillant, où les serrements, les étreintes et les malentendus reprennent leur éternel manège. Autour d'eux l'époque se déploie, avec ses rumeurs et ses tumultes --- qui seront comme le tempo de leurs propres sentiments.
De l'océan Atlantique à une chambre d'hôtel qui surplombait Tokyo, un homme et une femme se sont rêvés avant de s'aimer.

Extraits

p. 11 Landsdorff, mon éditeur, me dit, c'est bon un chagrin d'amour, écris, invente, souviens-toi, profite des malheurs de ta vie pour remplir des pages, n'hésite pas, cajole tes larmes, exhibe-toi, tu as toujours écrit sur les jeunes couples urbains ou les vieux écrivains d'Europe centrale, parle de toi à présent, prends le je comme un scalpel et va triturer derrière tes paravents tout ce que tu n'as pas osé dévoiler, c'est ça aussi la littérature, des tremblements, du silence, l'attente d'une sonnerie de téléphone, le Lexomil, les crampes à l'estomac, une vie qui se détruit...

p. 26--27 Madame Bettencourt était honnête. Elle présentait mon avenir comme une catastrophe difficile à éviter, mais qu'à force de convictions et de confiance en l'univers je parviendrais à colmater. "C'est plein de fissures et de brèches et tout sombre dans cette fracture de bateau. Vous êtes un vrai Titanic urbain et c'est pour ça que j'aime vous retrouver, disait-elle. Ne vous en tenez pas à ces ruptures qui vous marquent un temps, imaginez plutôt ce qui va advenir, confiez-vous à cette femme du futur, dites-lui, attendez-là, parlez-lui quand vous êtes sur l'autoroute ou seul dans la forêt, tournez la nuit sur le périphérique dix fois, vingt fois, toutes vitres ouvertes, murmurez, hurlez, inventez-lui des paroles d'amour, racontez le rouge des flamboyants, parlez-lui encore de votre corps, des enfants que vous voulez vous offrir, du parfum et des replis de sa peau, de la pointe de ses seins, ou encore des cigares Rey del Mundo que vous aimez tant. L'univers est une caisse de résonance : à Tokyo, Alger, Seattle, Dublin, au cœur d'une oasis, elle percevra ces bribes de vent que vous lui envoyez chargées de désir. Habituez-vous à cela, insista-t-elle, en ma présence, seul dans le métro ou à l'intérieur de la nuit, prononcez des mots qui vous sembleront sans doute inutiles, mais ensemenceront la planète d'un amour inattendu."

Lorsque nous nous quittions, madame Bettencourt aimait terminer notre séance avec un café turc. Je détestait ça, mais pour le plaisir de rester quelques minutes de plus avec elle, j'acceptai cette fois encore de boire, et le liquide et le solide.


3 commentaires:

  1. Bettancourt ou Bettencourt : dans le deuxième cas, ce serait plus compromettant !

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    1. Oups ! vous avez raison, j'ai fait une faute en recopiant ce patronyme ; je corrige vite !

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  2. Pas grave : Eric Woerth prétend ne connaître ni l'une ni l'autre et encore moins - malgré son clignotement - Yves Simon !

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