"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

samedi 27 octobre 2012

"Le désir d'amour"
Dieter Wellershoff
Éditions de Fallois


Autre extrait (pas du tout représentatif de l'histoire, mais que j'aime bien quand même)


pp. 236--237 Comme, par exemple, l'impressionnante partie occidentale des ruines du château de Greifenstein. Les deux hautes tours rondes en lourds moellons, très proches l'une de l'autre, constituaient les deux piliers d'angle de la partie du mur intérieur où se trouvait la porte principale. Elles étaient en outre reliées, au-dessus du mur, par un chemin de ronde en forme de pont, ce qui renforçait encore l'impression d'unité qu'elles donnaient. Les tours étaient de force et de taille égales, la seule différence était que  l'une avait un toit pointu et l'autre un toit rond un peu aplati. C'était surtout cela qui en faisait un couple à ses yeux. Elles représentaient  l'homme et la femme, et ce, sous la forme d'une union égalitaire, étroite et inattaquable entre deux partenaires de valeur égale. C'était sa conception secrète du couple idéal.

(...) Cette vue la réjouissait chaque matin, quand elle allait mettre le couvert du petit déjeuner sur la terrasse. (...) Car elle aussi ne considérait ce qui s'offrait à eux  sous un éclairage chaque jour un peu différent que comme un décor pittoresque. Elle se sentait en harmonie avec sa vie et son mariage, et n'avait pas besoin de se dire, qu'ici, à la vue des deux tours du château fort, elle se trouvait dans la zone de sécurité d'un puissant symbole. L'exprimer ainsi eût d'ailleurs été ridicule, mais cette idée s'intégrait au flou de son rêve diurne où tout avait sa place :  les étreintes nocturnes avec son mari, la lumière claire du matin et les premières heures de la chaleur, les rangées de collines échelonnées comme des crêtes de vagues, l'odeur du café, la première gorgée, enfin l'image des deux tours, promesse de durée et d'inaltérable stabilité. Tout cela composait l'image de son bonheur.

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