"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

jeudi 8 novembre 2012

École romantique, Dupuy vers 1830 (ici)
"Conte crépusculaire"
in Brûlant secret
Stefan Zweig



p. 99 (...) A pareil moment, lorsqu'on est assis l'un en face de l'autre et qu'on se regarde sans parler, le visage familier vous paraît vieilli, étranger, lointain ; il semble qu'on se voie sous un jour inconnu, en dehors du temps et des ans. Mais tu désires à présent que nous parlions, parce que, dis-tu, ton cœur se serre en écoutant la pendule hacher le temps en menus morceaux et que, dans le silence, notre respiration devient bruyante comme celle d'un malade. Tu veux que je te raconte quelque chose. Volontiers. Certes, je ne te parlerai pas de moi car dans ces villes immenses notre vie est pauvre en aventures ou du moins elle nous paraît telle, parce que nous ne savons pas ce qui nous appartient en propre. Mais je vais te conter une histoire qui convient à l'heure présente, laquelle, à vrai dire, n'aime que le silence. Et je voudrais qu'elle eût un peu de cette lumière crépusculaire, chaude, douce, fluide qui s'étend comme un voile sous nos fenêtres.

2 commentaires:

  1. Stefan Zweig aux mots si recherchés qu'ils semblent toujours couler de source,
    au langage bien plus profond que celui des grossiers psychanalystes...
    Je suis une inconditionnelle :-)

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    1. Tout à fait d'accord Saravati. J'ai même noté une citation de Stefan Zweig à propos de Magellan à l'exposition "L'âge d'or des cartes marines" (à venir bientôt).

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