"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

jeudi 22 novembre 2012

© Ad Vitam
Lady Chatterley
Film de Pascale Ferran



Ce film, réalisé en 2006, est repassé dimanche soir à la télé. Et sur le site allocine, j'ai retrouvé quelques photos et deux extraits qu'il me plait de partager avec vous. Je suis sûre (et espère bien) que cette évocation va évoquer en vous quelques images...



Petits arrangements avec l'amour 

Pascale Ferran livre son point de vue sur l'ouvrage de D.H. Lawrence et précise ses intentions : "C'est clairement une domination croisée. Une domination sociale et une domination homme/femme ; chacun des deux protagonistes étant à la fois dominant sur un terrain et dominé sur l'autre (...) il y a spontanément deux grands axes de travail assez distincts. Le premier est de considérer que ce thème-là : l'amour plus fort que toutes les barrières sociales, reste le centre du livre. Et, dans ce cas, pour restituer quelque chose du scandale de l'époque, il faut effectuer une transposition. Ça peut donner Loin du paradis de Todd Haynes , par exemple. L'autre, qui est mon hypothèse de départ, est de penser que le centre est plutôt à chercher du côté de la naissance d'un couple. De l'amour comme possibilité d'accès à une vérité intime. Comment, à partir de l'attraction de deux corps que tout oppose, un processus peut se mettre en place. Et comment ce processus d'amour ne fait qu'un avec l'apprentissage des différences de pensées - quelles que soient celles-ci -, l'apprentissage d'une langue commune, l'invention d'une forme de confiance, l'acceptation d'un abandon à l'autre, etc."


Venus et fleurs 

Pascale Ferran parle de la scène au cours de laquelle les deux amants décorent leurs corps de fleurs : "Moi, quand je la lis, je la trouve sublime. Je pourrais me damner pour la filmer. Des corps et des fleurs. J'ai l'impression que l'intégralité de mes enjeux intimes d'adapter le livre sont réunis là (...) Il y a la situation d'abord : comment, à un moment précis, former un couple, c'est aussi le plaisir d'être idiots ensemble. Et puis il y a la question de l'inversion entre le fond et la figure. La façon dont les corps des personnages deviennent le paysage et les fleurs, la figure. C'est aussi le moment où Constance, après avoir abandonné la passivité sur le terrain sexuel, accepte de nouveau, mais de façon active cette fois ci, d'être passive entre les mains de Parkin. Jusque-là, on peut parfois avoir l'impression que c'est elle qui invente l'homme de ses désirs et, à ce moment-là précis, c'est lui qui l'invente elle. En la modelant. Comme une sculpture ou un tableau. Voilà, c'est deux corps, une caméra, quelques fleurs, et la cristallisation de tout un film."
 


2 commentaires:

  1. Beau film (pas pu le revoir à la télé dimanche) qui ose montrer une certaine force allant au-delà de l'aspect "mièvre" que certaines scènes "fleuries" pourraient cantonner faussement dans un aspect "convenable".

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    1. Mais, voyez-vous, j'ai à dessein choisi deux photos "convenables" et deux jolis extraits d'interview : ainsi nous avons tous le libre choix de laisser, ou non, vagabonder notre imagination ;-)

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