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| Laurence Dréano ; des sculptures uniques pour célébrer la vie à l'intérieur comme à l'extérieur ! |
in Brûlant secret
Stefan Zweig
p. 178-179
Comment cela était-il possible ? Je faisais tous mes efforts, dans l'horreur que j'avais maintenant de moi-même, pour repousser cette constatation inattendue, mais mon sentiment était trop véhément et trop puissant pour que je pusse l'écarter. Non, ce qui bouillonnait ainsi dans mon sang, ce n'était pas de la honte, de l'indignation, un dégoût de moi-même ; c'était de la joie, une sorte d'ivresse qui flambait en moi et au-dessus de laquelle étincelaient les flammes claires et ondoyantes de l'orgueil. Car je sentais que dans ces minutes là j'avais pour la première fois depuis des années réellement vécu, que ma sensibilité avait été simplement paralysée et n'était pas encore morte, que quelque part, sous les sables superficiels de mon indifférence, coulaient encore les sources ardentes de la passion et que, touchées par la baguette magique du hasard, elles venaient de jaillir toutes vives et d'envahir mon cœur.
Ainsi donc, en moi aussi, dans cet atome palpitant d'univers que j'étais, brûlait encore ce germe volcanique de toute existence terrestre qui parfois s'épanouit sous la poussée tourbillonnante du désir. Moi aussi, je vivais, j'étais vivant, j'étais un être humain, avec des envies mauvaises et pleines d'ardeur.
Le déferlement de cette passion venait d'ouvrir avec violence une porte de mon être ; un abîme venait de se creuser en moi ; avec volupté, je regardais fixement cet inconnu qui était en moi et qui à la fois m'effrayait et me rendait heureux ; lentement (tandis que la voiture traînait avec nonchalance mon corps à travers le monde de la société bourgeoise), je descendais degré par degré dans l'abîme d'humanité qui s'était ouvert en moi, seul dans cette marche silencieuse et dominé seulement par le vif et haut flambeau de ma conscience soudain embrasée de lumière. Et, tandis que mille personnes me frôlaient en riant et bavardant, je m'occupais à découvrir dans mon intérieur le moi que j'avais gaspillé, je tâtais le contenu de mes années passées dans le couloir magique de mon esprit.

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