"Combien de fois je t'aime"
Serge Joncour
Éditions J'ai lu
Une très brève mais très belle présentation ici, je pense à peu près la même chose de ce recueil de nouvelles. A peine la première histoire finie que je savais que j'allais le suggérer sur mes pages.
Évidemment que je l'ai extrait du rayonnage pour son titre, et évidemment, je suis tombée sous le charme de la photo de la couverture. J'ai même lu la première nouvelle dans les locaux de la bibliothèque (en attendant la fin d'une averse). C'est un signe...
Depuis j'ai cherché des informations sur l'auteur, et ai repéré qu'il sortait un nouveau roman dans quelques jours.
p. 9 L'amour moderne
Elle avait toujours un bon quart d'heure d'avance, non pas vraiment par impatience, ni par trop vive envie de me voir, mais pour une simple question d'horaire. Sa coupure commençait vers seize heures ou dans ces eaux-là, pour elle ça n'avait pas de sens de repasser d'abord par la maison, et d'en ressortir dix minutes après pour venir me prendre. Alors elle se plantait là, dans cette rue sans boutique, elle m'attendait parfois salement, je pense aux jours de pluie, ou à tous ceux où il faisait froid. Je ne m'en rends compte que maintenant, pourtant j'aurais dû songer au dévouement que cela représente, surtout l'hiver, ce long quart d'heure qu'elle passait seule sur ce bout de trottoir, sans le moindre abri. (...)
Je nous revois avancer dans la rue, comme si je nous voyais de face, petit couple en déséquilibre, elle a le regard déjà tendu vers son travail de ce soir, elle reprendra à sept heures et ne finira pas avant minuit, quand elle rentrera je dormirai déjà. On a tout juste deux heures à nous, toujours les deux mêmes, on y fera toujours plus ou moins les mêmes choses, elle s'assiéra devant moi, à la table de la petite cuisine, elle retiendra son envie de fumer, le temps que je prenne mon bol de chocolat, elle m'écoutera lui répondre à des questions qu'elle n'a même pas franchement envie de poser. (...)
Lui, il aurait trouvé les attitudes et les mots, les gestes surtout, pour lui faire oublier, à ma mère, que deux heures de coupure dans une journée, ça coupe tout justement. Non, avec lui ces deux heures ça serait devenu tout autre chose, elle y aurait vu un éclair de liberté, un moment de folie, ces deux heures de coupure ils en auraient fait une journée en soi, une virée à deux, hors du temps. (...)

Attention aux coupures sans collage d'un petit sparadrap.
RépondreSupprimerC'est tout à fait exact : beaucoup plus de coupures et sparadraps que de nuages en forme de cœur !
RépondreSupprimer