"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

mardi 18 septembre 2012

Sylvia Plath
"La cloche de détresse"
Collection L'imaginaire
Gallimard

Par deux fois ce livre m'a été suggéré, je l'ai commandé sans connaître vraiment ni l'histoire, ni l'auteure. Aussitôt reçu, j'ai entrepris sa lecture, que j'ai stoppée aux deux tiers. Depuis, j'ai cherché des biographies sur cette femme poète, mais plus j'en savais sur elle, moins j'ai trouvé trouvé la force de rouvrir ce récit. J'ai hésité avant d'en parler ici, mais après tout, puisque ce ne sont pas tant les histoires qui m'intéressent, mais les images et sensations qu'elles m'évoquent...

C'était donc il y a environ trois ans. Et si j'ai arrêté la lecture ce n'est pas parce que l'histoire ou le style m'ennuyaient. Certes, non. C'est que la rédaction était tellement forte, les descriptions vivantes et l'histoire réelle que j'ai craint de trop bien comprendre les émotions de la narratrice. Je n'ai pas, depuis, oublié l'histoire que j'ai laissée en suspend... Mais je ne doute pas de le reprendre, un jour, de la première à la dernière page.


J'ai trouvé une belle présentation de l'auteure, ici, dont j'ai extrait le texte suivant :

Le monde de Sylvia Plath est enclos, il est sous cloche et il étouffe. Il bruisse de terreurs archaïques, les vieux mythes remontent et nous étranglent encore. Cette modernité, sa névrose à couper au couteau, cette vision des années 60 en plein cœur de nos interrogations actuelles la rend toujours contemporaine. Lire Sylvia Plath provoque des malaises.
Son écriture n'est pas celle d'un poète. Ses images sont rares et parfois banales. Ses mots sont simples et faciles à traduire en surface du moins. On semble lire un récit psychanalytique, mais il se passe quelque chose. Sylvia Plath est cachée dans les marais de notre conscience. Elle dérange, elle saisit. Sa quête identitaire est son but, la poésie un moyen seulement. La force de ses textes est d'être ce miroir déformé du monde qu'elle nous tend. 

Puis une très belle analyse du roman, ici :

Roman initiatique, roman de la fin d’adolescence (qui l’a d’ailleurs faite rapprocher d’un Salinger par les critiques de l’époque) et de la difficulté à faire des choix sur son avenir mais encore roman sur la condition féminine (lui ayant même valu l’étiquette de féministe) sur fond d’Amérique d’Eisenhower (baignant dans l’atmosphère trouble des premiers temps du maccarthysme), la condition et la vocation d’artiste, de poète et surtout roman sur le vertige du vide, de la confusion, la folie, la dépression, le suicide... Une passionnante plongée intérieure dans les méandres d’un esprit d’une haute intelligence et sensibilité qui se bat pour supporter la vie, pour accepter de rester en vie…

4e de couverture 

Esther Greenwood, dix-neuf ans, est à New-York avec d'autres lauréates d'un concours de poésie organisé par un magazine de mode. De réceptions en soirées passées pour tuer le temps, ce sont quelques jours d'une existence agitée et futile que vit la narratrice. En même temps, elle se souvient de son enfance, de son adolescence d'étudiante américaine, des amours qu'elle a connues. Tout bascule lorsque Esther quitte New-York. Tentatives de suicide, traitements de choc, guérison, rechutes, et, pour finir, l'espoir, Esther est à la fois "patiente" dans l'univers hospitalier et observatrice au regard aigu de ce monde, qui a pour toile de fond l'Amérique des années 60.

2 commentaires:

  1. Cette femme, NY-ni... un nom qui sonne comme les Ginsberg ou Ferlinghetti de l'époque => City Lights toujours allumées...

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    1. Oui, mais probablement un témoignage encore transposable à notre époque. Merci pour le lien.

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