Daniel Meynard
Éditions Eden
Collection Folies d'encre
Une présentation de l'auteur ici.
Ci-dessous, quelques extraits sensibles (mais il en existe de beaucoup plus forts dans le roman) qui ne dévoilent absolument rien de l'intrigue.
pp. 49-50 (...) Ma vue se brouille, c'est tout juste si je peux décrypter les estafilades qui lui zèbrent les bras et les épaules. Je ne vois pas quelle pommade passer sur tant de chairs meurtries, quel onguent lui administrer pour qu'elle se sente moins mal dans sa peau et découvre, peu à peu, le réconfort de la mienne, en supporte le contact, ne puisse bientôt plus s'en passer.
Je me jure de sauver cette offrande déjà trop massacrée, me propose de la soigner jour après jour, sans précipitation, même si j'ai hâte de me répandre en elle, même si elle est encore plus impatiente que moi, pantelante d'un désir que, loin de combler, je creuse d'avantage, en sorte qu'elle souffre le martyre de n'être pas brisée d'amour et, pour tout dire, assassinée, j'en ai l'intime conviction, elle ne survivrait pas à notre étreinte.
p. 69 Elle desserre légèrement la pression de ses mâchoires et j'en profite pour la plaquer sur notre couche, l'immobilisant de mes mains, de mes jambes. Elle sourit, comme si d'être dominée lui donnait l'avantage et que je fusse à sa merci. Elle a raison, pourtant je ne le lui dirai pas. Ni que je ne peux plus me passer d'elle. Elle le sait. Elle est de celles qui devinent les choses ou les inventent quand elles ne correspondent pas à ce qu'elles ont imaginé. Elle sait qu'on va bientôt ne plus jamais se quitter. Qu'on a toujours été ensemble, elle et moi, avant de se rencontrer, avec notre soif inextinguible de silence.
p. 72 Je pose cette fois tout mon séant sur le tabouret, prends une profonde inspiration comme avant une apnée et m'apprête à plonger lorsque je me souviens qu'on ne sort jamais indemne de ce genre d'immersion. Je me revois, si jeune encore, pour ainsi dire adolescent, lorsque je me suis lancé dans l'ambitieux récit d'un homme qui se tronque jusqu'à devenir un arbre et finit en rouleau de papier pour écrire son histoire. J'avais passé des années sur ce texte, et n'en étais pas vraiment revenu, comme si j'avais gardé à tout jamais quelque chose d'un hêtre, la voussure du dos, des craquements imperceptibles et permanents au niveau des cervicales et du sacrum, le bruissement inaudible et pourtant ininterrompu du vent dans mes oreilles, la sensation d'être partout déraciné, écorché vif, en proie à d'incessantes démangeaisons sous l'épiderme, entre écorce et aubier, fourmillant d'idées, mais hésitant, désormais à retraverser le miroir de l'écriture.
p. 73 Avant l'assaut, au moins, les soldats ont droit à une double ration de vin et je ne suis ivre que de manque, liquéfié à l'idée de ne pas être à la hauteur, celle qu'on se fixe en débutant un ouvrage et que dépasse, ligne après ligne, l'écriture en s'élevant vers le lecteur.
***
Curieusement, l'extrait de la page 72, recopié ci-dessus, m'a fait penser à une illustration contenue dans l'ouvrage "L'art d'aimer" pp. 52 et 53 que voici :
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| Quelques explications ici. |


"Je pose cette fois tout mon séant sur le tabouret" (4ème §) : un peu bizarre, comme style !
RépondreSupprimerPar contre, l'illustration avec le platane est très jolie.
Oui, cette gravure je l'ai trouvée très belle, riche d'interprétations possibles et très amusante !
RépondreSupprimerImaginez ces arbres et drôles d'oiseaux bordant les routes de France ;-)