"Autobiographie d'un amour"
Alexandre Jardin
Éditions Folio
Le film "Fanfan" du roman éponyme (ici) est repassé récemment à la télé ; je n'ai revu que le début. Mais il a déclenché l'envie de parcourir le Web. J'y ai trouvé (ici) un blog très riche sur l'auteur Alexandre Jardin. Suite à la lecture de deux notices (ici et là), j'ai voulu en savoir plus, et ai décidé de découvrir moi-même "Fanfan" et "Autobiographie d'un amour".
Encore une notice (ici) sur ce roman. (J'aime bien la présentation du livre, mais moins la fin de cette critique, un peu trop terre-à-terre, mais bon...)
Quelques extraits sélectionnés :
p. 76 (...) Mais d'autres déductions contredisaient cette impression, et il était clair que Jeanne se devait de conduire une vigilante enquête, avec ce qu'il fallait de méthode pour discerner la vérité et de contrainte sur elle-même pour déjouer ses envies obscures. Lucide, elle devinait sa pente, son inclination secrète qui était de persévérer dans l'hésitation. Perpétuer ce doute exquis lui permettait de goûter le plaisir de rencontrer un Alexandre nettoyé de ses impatiences, perfectionné dans l'art de la faire se sentir moins seule, moins tassé d'ambition et de certitudes, tel qu'elle aurait aimé qu'il fût dès les débuts de leur amour. Et, si c'était effectivement Alexandre, elle lui en voulait encore trop pour s'autoriser à le regarder avec des yeux qui le goberaient, avec ce trouble entier qui la besognait et auquel elle se refusait encore à croire ; si c'était Octave, elle était déçue qu'Alexandre n'eût pas mis cette énergie, cette imagination sinueuse pour revenir s'établir dans sa vie. Cette hypothèse trop rectiligne la navrait finalement plus que toute autre.
p. 100-101 (...) Encore occupée à s'interroger sur l'identité véritable de ce Rivière, Jeanne ne comprit pas qu'en se faisant ainsi porter dans la case Octave lui avait révélé une part de son secret. Elle ignorait également que la conversation qui venait de s'achever allait désaxer sa vie. Prisonnière de son psychisme, comme tout un chacun, Jeanne serait bientôt libérée de ses peurs par la persévérance de ce magicien. La seule chose qu'elle sentait, confusément, lorsqu'il répondait à ses questions par d'étranges questions ou par des énigmes, était qu'Octave venait de lui rendre le goût d'exister, l'envie de dévier le cours habituel de ses pensées, de dérégler le système de ses réactions ordinaires. Tout chez cet homme se coalisait pour refaire d'elle une femme, neuve.
Mais comment pouvait-il être si sûr que leur septième rencontre serait décisive ?
p. 128-129 (...) Jeanne goûta alors le délice de se savoir comprise, transpercée par ce regard ingénieux qui l'évitait obstinément. Cette remarque farcie de sous-entendus disait toute sa vérité, sans qu'elle eût à en dessiner elle-même les subtilités. Là était bien sa jouissance la plus enivrante : être devinée... observée scrupuleusement, reconstituée à partir de déductions et enfin reconnue dans sa sinueuse complexité. Ce sport la ravissait lorsqu'il s'appliquait à sa personne si dissimulée, qui plus est avec un tact qui tranquillisait ses pudeurs.
p. 237 (...) Jeanne prit la plume et s'ouvrit sans retenue dans leur cahier, avec cette impudeur qui est la marque de la confiance. Pour la première fois, elle venait de renoncer au rêve de changer son mari, à cette expérience qui a pour filles le reproche sans appel, l'amertume obligée et le désamour. Puis elle s'endormit sûre de leur passion, en croyant à l'aube.

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