"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

dimanche 22 juillet 2012

"Intimités"
Laurie Colwin 


Nouvel extrait : L'amant immature 

p. 68 (...) Et puis, du coin de l’œil, elle aperçut Cordy qui la regardait, appuyé contre une voiture de l'autre côté de la rue. Elle se dit qu'il serait facile de jeter quelques pièces sur la table, de franchir la porte et de courir vers lui. Elle pouvait sentir ses bras autour d'elle.

Au lieu de cela, elle lui rendit son regard. Elle avait compris. Il était à présent en train de se priver d'elle. Elle pensa tristement qu'il était comme un avare qui aime les fleurs, qui se promène avec de l'argent dans les poches, qui traîne autour des boutiques de fleuristes pour sentir gratuitement les roses et les œillets sans jamais rien acheter.

Un homme comme celui-là est capable de rester des heures à regarder un gardénia qu'il pourrait facilement se payer. Mais pourquoi voudrait-on avoir un gardénia, se demande-t-il, et qu'est-ce qu'on peut faire avec ? Un tel homme se rapprochera tout près de la porte d'entrée de la boutique, il franchira même peut-être le seuil, juste pour regarder. Il demandera le prix d'un gardénia à l'employé et il saura qu'il pourrait en acheter sept. Ce gardénia attend d'être acheté, mais pas par lui ; pas s'il n'y a aucune raison pratique à cet achat. Et puis, c'est tellement plus profondément satisfaisant de ne pas le faire.

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