"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

jeudi 19 juillet 2012

"Tous mes vœux"
Anne Weber


J'aime beaucoup la présentation de ce roman rédigée ici (surtout l'image du crapaud illustrant l'article !) Ce roman a tout pour me plaire : une histoire d'amour dans laquelle l'auteure confronte et mélange le réel et le virtuel. Pourtant j'ai trouvé des avis très partagés sur le Web (deux négatifs ici et ici) et un autre positif ().


Chapitre 1 (extrait)

Le dernier mot est écrit, le manuscrit terminé. J'avais voulu faire croire que tout cela ne m'était pas arrivé à moi mais à une autre, une amie proche, par exemple, aux malheurs de laquelle j'aurais assisté de près et dont j'aurais été bien placée pour raconter l'histoire, mon Dieu, la pauvre, comment s'est-elle mise là-dedans, je me le demande, ce n'est pas à moi que ce serait arrivé en tout cas, ni à vous, j'imagine. Même les romanciers les moins doués réussissent ce genre de transpositions, je devient il, blond devient brun, gros devient maigre. Et justement, moi, je n'arriverais pas à mettre cette histoire idiote et parfaitement atroce sur le dos d'une autre ?

J'ai essayé, j'ai raconté toute l'histoire à la troisième personne, pour constater à la fin : Non, en effet, je n'y arrive pas.

C'était censé être une histoire d'amour et, pour que personne ne puisse penser qu'elle me fût arrivée --- ne suis-je pas bien trop pudique pour dévoiler publiquement ma vie amoureuse ? ---, j'ai commencé, dans le manuscrit, par m'appeler Léa et par me baptiser, puis je me suis dotée de la nationalité française et d'une mère russe. Léa ne me ressemblait pas du tout, bien sûr, non seulement elle faisait une demi-tête de moins que moi, mais elle était châtain clair aux yeux bleus et, en allemand, langue dans laquelle le manuscrit était rédigé,  avoir les yeux bleus ne signifiait pas seulement avoir les yeux bleus, mais être naïf ou crédule, ce que, bien sûr, je ne suis pas du tout.

L'histoire de mon roman, disons, se passait en partie à Paris, ce qui ne prouvait pas non plus qu'elle me fût arrivée car, s'il est vrai que j'habite cette ville, celle-ci doit abriter plusieurs millions d'individus en âge et en état de vivre des histoires d'amour --- alors pourquoi pas une Léa ?

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