"Vingt-quatre heures de la vie d'une femme"
S. Zweig
C'est avec ce roman que j'ai commencé une longue réflexion ; dans un TGV en direction d'Epinal... Je ne connais pas les adaptations cinématographiques que j'ai découvertes ici. On peut se référer à une analyse du jeu et de l'amour, sur ce blog. Ou encore ici.
La première de couverture. A nouveau, un détail d'une reproduction d'un Gustave Klimt : Portrait de Sonia Knips.
Deux extraits que j'ai appréciés :
On ne vit une heure pareille qu'une seule fois dans sa vie, et cela n'arrive qu'à une personne parmi des millions ; moi non plus, je ne me serais jamais doutée, sans ce terrible hasard, avec quelle force de désespoir, avec quelle rage effrénée un homme abandonné, un homme perdu aspire une dernière fois la moindre goutte écarlate de vie ; éloignée pendant vingt ans, comme je l'avais été, de toutes les puissances démoniaques de l'existence, je n'aurais jamais compris la manière grandiose et fantastique dont parfois la nature concentre dans quelques souffles rapides tout ce qu'elle a en elle de chaleur et de glace, de vie et de mort, de ravissement et de désespérance. Et cette nuit fut tellement remplie de luttes et de paroles, de passion, de colère et de haine, de larmes de supplication, d'ivresse qu'elle me parut durer mille ans et que nous, ces deux êtres humains qui chancelaient enlacés vers le fond de l'abîme, l'un enragé de mourir, l'autre en toute innocence --- nous sortîmes complètement transformés de ce tumulte mortel, différents, entièrement changés, avec un autre esprit et une autre sensibilité.
Cependant parfois, très rarement, il y a des jours où cette beauté s'exalte, où elle s'impose, où elle fait crier avec énergie ses couleurs vives, fanatiquement étincelantes, où elle vous lance à la tête victorieusement la richesse bariolée de ses fleurs, où elle éclate et brûle de sensualité. C'était un pareil jour d'enthousiasme qui avait alors succédé au chaos déchaîné de la nuit d'orage ; la rue lavée de frais était toute brillante, le ciel était turquoise et partout dans la verdure saturée de sève s'allumaient des bouquets, des flambeaux de couleurs. Les montagnes apparaissaient soudain plus claires et plus rapprochées dans l'atmosphère calmée et baignée de soleil : elles se groupaient curieuses le plus près possible de la petite ville scintillante et astiquée à plaisir ; dans chaque regard on sentait l'invitation provocante et les encouragements de la nature, qui vous saisissait le cœur malgré tout.

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