"Une affaire conjugale" Eliette Abecassis
Albin Michel
ISBN : 9 782226215147
C'est une amie qui m'a conseillé ce livre quand il est sorti. J'ai été emballée --- évidemment --- par la page de garde reproduisant Le baiser de Gustave Klimt. L'histoire, racontée à la première personne, est tout à fait touchante, on y retrouve le thème de l'emprise et le mélange réel/virtuel (clin d'oeil à FaceBook). Le style est très dynamique. Curieusement, on ressort plutôt revigoré par ce partage d'émotions fortes.
p.25 Pour bien faire, il faudrait commencer par divorcer. Et se marier ensuite. On ne connaît pas un homme dans le mariage. On ne connaît pas son conjoint quand on lui fait l'amour. On ne le connaît pas non plus lorsqu'on lui fait un enfant. Tout cela nous égare vers des chemins qui ne sont pas ceux de la connaissance mais ceux de la vie. Non. La seule façon de connaître vraiment son conjoint, c'est le divorce. Là, on prend la pleine mesure de sa qualité humaine, morale, psychologique. On a accès à l'essence. Avant, je croyais connaître mon mari. Je pensais qu'il était la personne la plus proche de moi. J'étais sûre qu'il m'aimait. Que nous avions construit ensemble une maison, un foyer, une famille. J'ignorais que je ne voyais que la partie non immergée de l'iceberg. Je n'ai découvert la vérité sur lui que pendant l'année du divorce, année durant laquelle j'en ai appris beaucoup plus à son sujet qu'au cours des dix ans de vie commune.
p.68-69 Toute relation est inscrite dans les premiers mots, comme dans toute musique les premières notes donnent le ton, le genre, le tempo : on sait dès le début d'un morceau, s'il s'agit de rap, de jazz ou de trip-hop. Dans les premiers mots échangés, on se dit l'essentiel, ce que l'on est, ce que l'on veut, ce à quoi on aspire : ce sont des morceaux de dévoilement, même à travers les échanges les plus anodins, on dit qui l'on est vraiment, mais aussi ce que sera la relation. On peut mettre des mois, des années, voire une vie à se rendre compte que tout était là, en gestation, dans l'attente de son déploiement. Comme l'incipit d'un livre en dévoile tous les motifs et les thèmes, les premiers moments d'une relation contiennent la vie à venir, depuis ses prodromes jusqu'à sa fin. Au début d'Une vie, Maupassant campe un personnage de jeune femme à la sortie du couvent, qui a fait ses malles et est impatiente de partir, même sous une pluie battante. Tous les espoirs sont permis. Mais l'horizon est sombre, la fenêtre ouverte sur le monde ne sera bientôt que faux-semblants et illusions amères. Henry James commence Portrait de femme par la discussion entre un vieux gentleman et son fils sur les femmes et le mariage. Faut-il épouser une jolie femme ou une femme intéressante, indépendante, de celles qui font peur aux hommes ? Le livre pose la question du mariage de ces femmes-là, qui préfèrent courir à leur perte, en épousant un certain type d'homme, plutôt que de choisir la liberté dont elles sont éprises.
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