"Intimités"
Laurie Colwin
J'ai choisi ce livre, sans connaître l'auteure (ni sa nationalité, ni
les thèmes généralement traités par elle). J'ai emprunté deux ouvrages
d'elle. Le premier, que voici, je l'ai remarqué à cause de son titre
"Intimités" avant de lire la 4e de couverture. La présentation sur cette
page offre un extrait, un peu coquin, qui m'a plu, puis une note de
l'éditeur qui m'a intéressée. J'y voyais un ouvrage sensible, des clés à
explorer.
J'ai
recherché des avis extérieurs sur ce livre. Les deux premiers que j'ai
trouvés sont dithyrambiques et présentent le même extrait (la nouvelle
du couple dont la femme aime nager). Ce n'est pas celle qui m'a le plus
marquée. J'aime bien le style, les nouvelles sont vraiment courtes,
c'est juste une tranche de vie (j'aurais aimé plus de détails sur chaque
famille, on a à peine le temps de connaître les personnages qu'il faut
en changer). Néanmoins l'auteure arrive très bien à brosser le portrait
psychologique des intervenants, on a assez d'éléments pour se construire
son propre avis.
Voici deux blogs qui en parlent ici et ici (et évidemment, je ne suis pas d'accord avec le terme "empathie" utilisé par la journaliste, tout en bas de son post).
p. 46 "Le pélerin solitaire"
(...) Voilà comment cela a commencé. Je suis rentrée chez moi, j'ai
terminé ma dernière commande et j'ai commencé à produire ce que j'ai
fait de mieux pour Gilbert Seigh.
Nous travaillions élégamment ensemble. C'était l'accord parfait. Il
m'emmenait souvent déjeuner, sans jamais même me frôler le bras de sa
manche. On disait qu'il fréquentait une avocate, qui occupait une place
dans sa vie depuis qu'il avait divorcé. C'est donc à Gilbert que j'ai
offert mon cœur. Je pensais à lui en permanence. Le fait d'être
amoureuse de lui m'apportait toutes les choses sur lesquelles je
comptais dans la vie : un sentiment de désir, quelque chose à tourner
encore et encore dans ma tête, et cette lucidité légèrement
déséquilibrée qui vient quand l'amour n'est pas réciproque. Chaque ligne
que je traçais était une sorte de dédicace. Choisir une police,
parcourir des échantillonnage de papier, concevoir et dessiner, examiner
des épreuves avec lui, tout cela me donnait un sentiment extrême et
grisant de plaisir. Qu'est-ce que l'amour, si ce n'est pas cela ?
Intimité
p.
90 (...) Il fallut encore quelques jours à William, mais avec
délicatesse et habileté il amena Martha à tomber amoureuse aussi
facilement que l'on glisse d'un rocher tiède pour plonger dans une eau
claire et douce. Elle savait à peine ce qu'elle ressentait avant d'être
dans les bras de William. Une fois qu'elle l'eut reconnu, elle s'habitua
au premier sentiment de bonheur en amour qu'elle eût jamais connu. Le
beau temps était de leur côté. Ils allèrent en excursion dans la
campagne. Ils firent des explorations. Ils consultèrent leur guide et
visitèrent des ruines, des châteaux et des monastères. William restait
en Angleterre deux semaines après le congrès. La bourse de Martha
incluait un an à l'université de Londres. Ils avaient quatre semaines
ensemble. Cela accéléra les choses : ils furent sérieux tout de suite,
en dehors de tout contexte. Ils avaient l'impression de mener leur
histoire d'amour en dehors du temps, au bord de l'univers. En ce court
laps de temps ils établirent ce que la période de cour était censée
ratifier : la facilité et la confiance qui viennent aux amants
suffisamment chanceux pour avoir trouvé un ami en la personne de l'être
aimé. Quand William revint enfin en Amérique, ils se jurèrent de rester
en contact et, en fait, ils s'étaient écrit régulièrement pendant ces
six années.
p. 91 (...) Mais ces choses là
(le fauteuil de la grande-tante de Robert, la photo sur la table de
nuit, ou celles que William conservait dans son portefeuille) perdaient
de leur substance à côté du pur bonheur qu'ils éprouvaient à être
réunis. Elle n'arrivait pas à se lasser de le regarder. La tête lui
tournait à l'idée qu'elle pouvait fermer les yeux et qu'il serait là
quand elle les ouvrirait. C'était merveilleux d'entendre sa voix.
p.
98 (...) Son thé était prêt. Elle l'emporta dans le salon où William
l'attendait. En le voyant, elle sentit son cœur se renverser. Il avait
l'air triste et plein d'attente. Pendant un instant, ils ne furent que
deux amants avec un passé entre eux.
Il sembla à Martha
que c'était le premier vrai moment de son mariage ; non pas de son
mariage avec Robert, mais de son sens d'elle même en tant que femme
mariée. Elle se sentait divisée en deux parts égales entre la femme
qu'elle était à présent et la femme qu'elle avait été. Le monde dans
lequel elle avait été la maîtresse de William et le serait à nouveau,
l'endroit où elle lui écrivait ses lettres et où elle conservait les
siennes --- l'endroit où elle se tenait maintenant --- n'appartenait
qu'à elle.
William avait allumé une lampe. Elle
éclairait le visage de Martha, ce visage grave qu'il connaissait si
bien. Ce qu'il appelait son air farouche de Quaker avait disparu. Elle
paraissait seulement sérieuse et pensive. Il se leva et lui prit la
main. Elle était convaincue qu'elle tremblait. Ils allèrent dans le
couloir et se rendirent à la chambre de l'inconnu. Dans l'encadrement de
la porte, William l'embrassa. Elle lui rendit son baiser, mais il
aurait été plus approprié, se dit-elle, de lui serrer la main pour
insister sur le caractère formel et grave de l'occasion.

C'est cool et win-win...
RépondreSupprimerGagnant-gagnant vous voulez dire ?
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