"Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de mer. Plus tard, j'ai cru que c'était mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme." Annie Ernaux (in Passion Simple)

dimanche 15 juillet 2012

"Fuir" 
J.-P. Toussaint
Les éditions de Minuit 


Je ne commente pas, des spécialistes l'ont fait mieux que moi ici (j'adore la présentation de Bernard Pivot) !

Quelques uns de mes extraits favoris :

"De nouveau Marie me cherchait avec fièvre, (...) Mon absence lui était devenue comme une déchirure supplémentaire, une douleur invisible, d'inquiétude sans prise, d'anxiété qui tournait à vide. Elle marchait et revenait sur ses pas, elle divaguait sur des places ensoleillées, des pensées insensées lui traversaient l'esprit, parfois de disparition, d'inquiétude et de mort, parfois d'exaltation, si elle me retrouvait d'ici moins d'une heure, elle se promettait d'entrer dans une église et de convaincre le prêtre de faire sonner les cloches à toute volée pour célébrer nos retrouvailles."

"Marie avait créé une collection de robes en sorbet qui fondaient sur le corps des mannequins et se mêlaient à leurs chairs en filaments liquides, tabac blond et vieux rose. C'était devenu une des ses œuvres emblématiques, une collection de l'éphémère, un printemps-été archimboldesque, glaces, sorbets, granita, frulatto et frappé, qui fondaient sur la chair nue des modèles, le long de leurs épaules et sur le contour de leurs hanches, leur peau dressée de chair de poule et les pointes de leurs seins hérissées par le froid."

"Accoudé au parapet, pensif, je regardais la surface noire et ondulante du fleuve dans l'obscurité, et je songeais à Marie avec cette mélancolie rêveuse que suscite la pensée de l'amour quand elle est jointe au spectacle des eaux noires dans la nuit."

"On ne s'entendait plus sur le banc et je m'approchai d'elle, mais plutôt que d'élever la voix pour couvrir la musique, je continuais de lui de lui parler à voix basse en frôlant ses cheveux de mes lèvres, tout près de son oreille, je sentais l'odeur de sa peau, quasiment le contact de sa joue, mais elle se laissait faire, elle ne bougeait pas, elle n'avait rien entrepris pour se soustraire à ma présence (...) et je compris que quelque chose de tendre était en train de naître."

"Je gardai son cadeau à la main, sans l'ouvrir, et, pour mettre un terme au trouble réciproque dans lequel nous nous trouvions, je me rapprochai d'elle et lui fis gauchement la bise au milieu de la foule, avec une timidité maladroite, qui me troubla d'autant plus que nos regards se croisèrent et que nos lèvres s'effleurèrent pas si fortuitement que ça."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire